"Sundays"

Se libérer du "connu" qui n'est qu'une réalité indue.

VIDÉO - Avec seulement 51 000 dollars, le jeune réalisateur Mischa Rozema a réussi son pari: son court-métrage est tellement impressionnant que la Warner a décidé d'en acheter les droits pour en faire un film.

Stupéfiant. Sundays fait partie de ces courts métrages maîtrisés, dont le matériau d'origine est si riche qu'il mériterait une adaptation au long cours.

Les images sont si fortes qu'elles parlent d'elles-mêmes. Des satellites en perdition s'écrasent sur la terre comme des météorites. Un enfant fasciné par le spectacle assiste à ce feu d'artifice morbide, tandis qu'un Boeing s'écrase derrière lui dans un nuages de fumée...

L'intrigue, sibylline, plante le décors d'un monde au bord de l'implosion, où un fonctionnaire anonyme perd confiance progressivement confiance dans le fonctionnement de la société. Tel un héros de Kafka, son travail, son identité, l'accès au bonheur et surtout l'accès à l'amour: tous ses repères tombent les uns après les autres. S'ensuit une remise en question existentielle, une quête de sens au milieu de l'humanité qui se désagrège. «La réalité n'est pas ce qu'elle prétend être» écrivait Philip K. Dick, ce philosophe sauvage, auteur du célèbre Ubik et de Blade Runner.

La critique de la (fausse) consience de notre identité, celle qui définit notre réalité propre, prend ainsi une place fondamentale dans cet ovni filmique, comme en atteste la citation d'introduction de Daniel C. Dennett (philosophe contemporain connu notamment pour sa critique de l'héritage de la dualité cartésienne, ndlr): «Ce que tu peux imaginer dépend de ce que tu sais».

Bref, ce récit dystopique, qui oscille entre l'univers paranoïaque du 1984 d'Orwell, et l'emblématique citation de Calderon de la Barqua: «La vie est un songe. Et les songes ne sont que des songes» reste avant tout une pépite cinématographique de 14 minutes d'une beauté visuelle éclatante, pour le moins inhabituelle pour ce genre de format.

Des scènes qui empruntent à Matrix

Mis en scène par Mischa Rozema et produit par Jairo Alvarado, le rendu sort tellement des annales que la Warner a décidé d'en acheter les droits. Sur le plan visuel, beaucoup d'effets sont dignes des plus gros blockbusters: scènes de destruction urbaine qui n'a rien à envier aux Avengers, visions cosmiques comme Interstellar peut nous en offrirhélicopètes et architecture fortifiée tout droit sortis de District 9. Bref, le court ne fait pas que suggérer, il montre.

Sundays a de nombreuses inspirations, riches et variées, il cite à tout-va, par des plan-hommages. On retrouve presque à l'identique l'un des derniers plans de Fight Club, lorsque le narrateur se rend compte du dédoublement de sa personnalité et du plan de son alter-ego Tyler Durden. Plusieurs scènes empruntent à l'imaginaire de Matrix (le personnage principal ressemble d'ailleurs étrangement à Néo): celle du réveil -douloureux- de la conscience, et celle du dédoublement de l'agent Smith.

À bien des égards, Sundays est un court-métrage très prometteur, et donne envie d'en voir plus. Espérons juste que cet intrigant petit film en forme d'amuse-bouche soit à la hauteur des attentes qu'il suscite.

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