Là-Haut

Comment pourrais-je parler d'autre chose ?

Thierry LEDRU Par Le 27/07/2026 0

Huit kilomètres aujourd'hui pour arroser tous nos jeunes arbres avec mes arrosoirs de dix litres dans chaque main. J'ai sué et je leur ai parlé à chaque fois que je les arrosais, "Tenez bon, je ne vous laisserai pas, même si je dois prendre l'eau sur le réseau et payer une facture dantesque, je suis responsable de vous, c'est moi qui vous ai plantés ici, je suis responsable de vous."

Nathalie arrose le potager, sème pour les prochains mois, désherbe, coupe, paille, récolte, accroche des plantes grimpantes. Tous les deux, une matinée entière, 8 h - 13 heures.

La source a besoin de trois jours minimum sans tirage pour remonter suffisamment dans le bassin avant qu'on puisse s'en servir. Et je pense à tous ceux et celles qui n'ont pas de source et qui doivent arroser avec le réseau pour sauver leurs productions parce qu'ils en vivent, parce que c'est leur gagne-pain. Un maraîcher du coin se lève à 4 heures tous les jours et finit sa journée à 21 heures, épuisé. Il nous dit que c'est sa dernière année.

Et on guette tous l'horizon, à longueur de journée, pour repérer une fumée suspecte.

On connait très bien le village du Porge, c'est dans ce secteur de la côte qu'on a passé de merveilleux moments avec nos trois enfants, des balades à VTT dans les forêts, des journées plage à jouer dans les vagues, on reconnaît des maisons, des quartiers sur les vidéos de vues aériennes, la boule au ventre pour ces gens qui ont perdu leur bien, 175 maisons totalement détruites. On entend les habitants qui disent que le secteur de Lège Cap Ferret a été rendu prioritaire, on connaît aussi ce secteur et ces villas luxieuses avec des terrains immenses, totalement mûrés, je comprends parfaitement les gens qui parlent de "lutte des classes", le village du Porge, ce sont des gens comme vous et moi (je n'imagine pas qu'un multi millionnaire soit en train de lire mon blog...). Ce qui semble évident dans ces décisions prises par les pompiers de lutter à tel endroit plutôt qu'un autre, c'est bien le manque de matériel et de personnel. Ce qui les oblige à faire des choix, non pas, je l'espère, pour protéger certains secteurs en raison d'un caractère social de la population mais bien pour limiter l'extension des feux. C'est comme un chirurgien de guerre qui décide de sauver tel blessé plutôt qu'un autre parce que le premier a davantage de chance de survivre. Et je n'ose imaginer le conflit intérieur que ça déclenche. Un pompier a le sens de sa mission et devoir choisir est nécessairement douloureux. 

Bon, il y aurait tant à dire, tellement de colère, de dégoût envers les gouvernants, ceux de maintenant comme les précédents et ceux à venir. Ils n'en ont rien à faire. Il faut bien en avoir conscience, se rappeler que Macron a fait tabasser les pompiers par les "forces de l'ordre", que la préfette de la Gironde "ne veut pas voir les agriculteurs se promener avec leurs citernes à eau" sur les incendies en soutien aux pompiers, que Attal a refusé l'enveloppe pour le renforcement de la flotte des canadairs etc etc etc etc etc etc etc.

Des pyromanes. Tous.

Il reste pourtant à chercher à comprendre, à quitter les réseaux sociaux pour aller fouiner, sortir les informations passées pour comprendre le présent, analyser la situation en cours pour comprendre les décisions prises, se projeter à partir de tout ça pour tenter de trouver des solutions pour l'avenir. Même si le mot "avenir" est devenu particulièrement anxiogène et qu'on préférerait ne pas en entendre parler.

Une première chose : il est certain que les pompiers vont devoir stopper les feux avant qu'ils n'atteignent la région bordelaise, non pas seulement pour les habitations mais parce que s'y concentrent un nombre conséquent de sites répertoriés dans la catégorie SEVESO, et là on entre dans le domaine de la catastrophe dont les conséquences ne sont pas à l'échelle de l'imaginable. 

Je remets en lien ces anciens articles qui, à mon sens, ont toutes raisons d'être lus. De notre côté, l'évacuation est préparée, depuis plusieurs années, c'est une règle de vie : sacs à dos, vêtements, papiers photocopiés, clés USB, pharmacie, réserves d'eau et filtres, nourriture lyophilisée, lampes frontales, sacs à viande et duvets, tapis de sol gonflables etc... On peut penser que c'est exagéré, que vivre dans la peur, c'est malsain etc etc. Ce sont des arguments que j'ai entendus mille fois et je n'en parle plus à personne. Ici, je m'en fiche, j'ai l'habitude de recevoir des commentaires moqueurs et parfois injurieux. Je les supprime, c'est tout. Mais expliquer de vive voix pour quelles raisons il est essentiel d'anticiper, ça ne m'arrive plus. Comme disait ma Mémé Crédou "A chacun sa merde et les culs seront bien torchés" Merci Mémé.

Quant à ceux qui ont un doute sur l'anticipation, qu'ils aillent écouter les témoignages des gens qui ont été évacués à 3 heures du matin. Le temps de s'habiller et c'est tout...Et là, ils pleurent. 

Site gouvernemental sur les risques majeurs

Carte des risques naturels

 

 

Ils doivent bien discuter au sein du gouvernement au vu des risques sur la région bordelaise. C'est sûr que les lotissements des "sans-dents", ne seront pas les priorités.

Bordeaux et sa région, des bastions de l’industrie militaire menacés par les flammes

26 juillet 2026Ecologie, État d'urgence

Guerre et écocide, premières menaces pour la population

 

La France est le deuxième pays exportateur d’armes du monde, et des usines militaires se trouvent dans tous les départements. Nous écrivions il y a quelques jours que l’industrie de l’armement et le changement climatique étaient une bombe à retardement.

Le 8 juillet, c’est dans le département du Cher qu’une catastrophe a été évitée de peu. Un incendie menaçait une usine de la firme KNDS, qui produit des munitions, notamment des obus. Le feu a atteint le périmètre du site, en enjambant une route départementale, à cause de cendres incandescentes emportées par le vent, et a commencé à toucher les clôtures barbelées de l’entreprise. Les flammes se sont approchées du bâtiment où se trouve «le stockage, ce que l’on appelle la soute à munitions» et les travailleurs évacués en urgence. Par miracle, le feu a été stoppé, faute de quoi, toute la zone aurait été soufflée, des riverains tués et les sols pollués pour longtemps.

Autour de Bordeaux, le risque prend une dimension infiniment plus inquiétante encore. La périphérie de la ville est le cœur du complexe militaro-industriel de la France. Une véritable poudrière, au sens littéral du terme, dont les médias dominants préfèrent ne pas trop parler.

À Mérignac, en banlieue immédiate de Bordeaux, se situe le siège principal de l’entreprise Dassault qui produit les avions de guerre Rafale. On y trouve donc de la très haute technologie militaire, et des chantiers d’avions de guerre, conçus pour larguer des missiles et des bombes nucléaires. Dans la même commune, il y a la firme Thalès qui produit notamment des drones tueurs et des composants électroniques. Toujours à Mérignac se trouvent trois centres nationaux de décision militaire. Au total, ce sont près de 15.000 emplois liés à la production d’armes concentrés sur une même commune.

Juste à côté, à Saint-Médard-en-Jalles, à 15 kilomètres du cœur de Bordeaux, il y a des sites d’ArianeGroup. Des ingénieurs et des ouvriers y construisent des missiles balistiques M51. Il s’agit d’énormes fusées contenant chacune 10 têtes nucléaires, pouvant être propulsées à 10.000 kilomètres, à une vitesse supersonique. Chacune des têtes est 10 fois plus puissante que la bombe d’Hiroshima. Sur ce site d’ArianeGroup, on charge ces missiles en propergol, un produit chimique servant à la propulsion des fusées, hautement dangereux, instable et toxique. Un autre site de la même entreprise, dans la commune de Sainte-Hélène, produit des explosifs.

Plus au sud, à Biscarosse, il y a le Centre d’essais missiles, considéré comme le cœur de la «dissuasion nucléaire française». Ce site est «spécialisé dans les essais en vol de missiles et de cibles aériennes» : l’armée y teste ses nouveaux systèmes de destruction. C’est à Biscarosse que se trouve le deuxième grand incendie qui ravage en ce moment la Gironde.

Le feu s’approche aussi du centre Centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine (CESTA), situé à Barp, à 30 kilomètres de Bordeaux. Un site du Commissariat à l’énergie atomique, chargé de concevoir les têtes nucléaires. Il héberge le Laser Mégajoule, un outil qui concentre une énergie destructrice phénoménale grâce à des faisceaux, permettant de recréer les conditions qui règnent lors d’une explosion nucléaire.

Pour ne rien arranger, la commune d’Ambès abrite un site de Yara, entreprise polluante stockant de grandes quantités d’engrais, explosifs au contact du feu. Yara a fait l’objet de multiplies alertes dans l’estuaire de la Loire pour non-respect des règles de sécurité. Un site Yara dans les flammes serait une véritable bombe.

La nuit dernière, la préfecture de Gironde expliquait que l’incendie s’est «propagé rapidement sous l’effet combiné de la végétation sèche et du vent, avec des rafales pouvant atteindre 40 km/h», et que le feu est désormais «ingérable» pour les pompiers, qui manquent de moyens. Des pare-feux sont actuellement réalisés pour tenter de contenir sa progression, notamment autour des sites industriels SEVESO. Le département de la Gironde compte 36 sites classés SEVESO, dont 18 «seuil haut».

L’ordre capitaliste s’est imposé par la guerre, les empires se sont constitués sur le sang, le vol et la spoliation. L’avènement d’une société de consommation ultra-carbonnée, basée sur l’industrie fossile, est responsable du désastre climatique en cours. Ainsi, ce système mortifère s’auto-alimente : des guerres pour les ressources, des ressources pillées pour financer les guerres, et toujours plus de pollution entraînant d’autres canicules, incendies et chaos.

 

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