Je commence par une ITW de l'ancien ministre de l'agriculture et ensuite un article dans les archives de l'INA.
A chacun d'en tirer ses conclusions.
"Ne reprochons pas aux politiques de ne rien faire" : Marc Fesneau réagit aux alertes de l'Anses sur le cadmium
Publié le 25/03/2026 22:34 Mis à jour le 25/03/2026 22:52
Temps de lecture : 5min - vidéo : 23min
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Article rédigé par franceinfo - Édité par l'agence 6Medias
France Télévisions
Sur le plateau de l'émission "Tout est politique", Marc Fesneau, président du groupe Modem à l'Assemblée nationale et ancien ministre de l'Agriculture, s'exprime sur la surexposition des Français au cadmium.
Ce texte correspond à la retranscription d'une partie de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.
Marc Fesneau, président du groupe Modem à l'Assemblée, a également été ministre de l'Agriculture entre 2022 et 2024. Face à Sonia Chironi et Nathalie Saint-Cricq, mercredi 25 mars, il réagit à l'alerte lancée par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) sur une "imprégnation forte et croissante" des Français en cadmium(Nouvelle fenêtre), un métal lourd présent dans les sols et qu'on retrouve dans l'alimentation.
Sonia Chironi : Quand on mange tous les jours des pâtes, du pain, des céréales... Je crois que c'est le cas à peu près de tout le monde, on s'empoisonne au quotidien ? C'est un scandale de santé publique ?
Marc Fesneau : On ne veut pas dire que c'est à chaque fois un scandale de santé publique. Le sujet est posé depuis un certain temps, d'ailleurs on attendait des résultats de l'Anses. Je pense que ce qui est important, ce que vous avez dit d'une certaine façon, c'est qu'il faut se baser sur la science.
Le mieux, c'est qu'on laisse la science dire et qu'après, en fonction de ce que dit la science de l'exposition, du facteur de risque... qu'on prenne les décisions qui s'imposent. On savait que c'était un produit cancérogène, la question, c'était la dose, comme dans des tas de choses.
Le sujet principal, c'est que les engrais phosphatés, un certain nombre contiennent une teneur en cadmium qui est importante. On a besoin de phosphate pour faire pousser des plantes. C'est juste la dose de cadmium à l'intérieur du phosphate qu'il faut essayer de réduire. C'est là-dessus qu'il va falloir travailler, qu'on enlève du cadmium aux engrais phosphatés, ce qui va renchérir le coût quand même. C'est ça le sujet sur lequel il faut qu'on travaille.
Sonia Chironi : Mais en attendant, plus de la moitié de la population a un niveau supérieur aux limites ?
Marc Fesneau : Ne reprochons pas aux politiques de ne rien faire. L'important, c'est qu'on ait des données sur lesquelles on puisse se baser. Ce n'est pas pour perdre du temps. Le mieux, c'est que la science nous dise. Et qu'après, avec ce qu'on sait, ce que dit l'Anses, c'est l'utilité des autorités scientifiques.
Nathalie Saint-Cricq : Vous savez très bien qu'il y a des choses que la science a pu dire et qui n'ont pas été forcément suivies d'effets, parce qu'on disait soit qu'il n'y avait pas de substituts. Regardez pour le glyphosate...
Marc Fesneau : Si vous écoutez l'Anses et si vous écoutez l'Agence européenne, on dit que sur le glyphosate, justement, il n'y a pas les effets que certains, en particulier certains internautes (dénoncent)...
Nathalie Saint-Cricq : Mais dans certains cas, on nous dit également qu'il y a eu une surestimation en France pour protéger la population et que dans d'autres pays européens on est beaucoup plus laxistes.
Marc Fesneau : Mais ce n'est pas laxiste. Je ne peux pas remettre en cause une autorité sanitaire européenne parce que si je commence à dire je ne suis pas d'accord avec l'autorité sanitaire européenne, il y aura beau jeu de dire aussi je ne suis pas d'accord avec l'autorité sanitaire française. Ce sont les mêmes autorités sanitaires, enfin les mêmes. Ce sont dans les deux cas des scientifiques.
Nathalie Saint-Cricq : Vous comprenez que les Français, ou les gens, ou l'opinion, ou nous, soient inquiets en se disant, d'abord il faut attendre qu'il y ait une étude, deuxièmement qu'elle soit sérieuse, troisièmement qu'elle soit confirmée, quatrièmement qu'elle soit sûre, et ensuite après que ça passe à l'échelon européen. Comment faire quand on dit aussi que l'eau en bouteille est dangereuse, que l'eau filtrée est dangereuse, que l'eau du robinet est dangereuse...
Marc Fesneau : J'essaie de mettre un peu de rationalité dans ce monde. La rationalité, c'est quand même les faits. Et les faits, c'est la science. Je sais que la science, parfois, a besoin de démontrer, et c'est long de démontrer. La science, ce n'est pas les réseaux sociaux. La science, ce n'est pas le fil Twitter. La science a besoin de démontrer des choses. À partir de là, il faut avancer.
Nathalie Saint-Cricq : Le chlordécone, par exemple, ça a mis du temps.
Marc Fesneau : En vérité, la science l'avait dit. Ce sont des décisions politiques à l'époque, sous pression d'un certain nombre de gens, y compris des élus locaux, qui ont laissé faire. Alors que le chlordécone était déjà interdit dans un pays dont on dit qu'il est laxiste sur le sujet : les États-Unis.
Donc la question c'est une fois que la science dit des choses, l'objectif c'est de prendre les décisions puis de trouver une trajectoire. Parce qu'on ne peut pas sortir non plus du jour au lendemain. Donc après, c'est de trouver une trajectoire.
Le cadmium en 1982 : «Une chose certaine, on ne peut pas continuer comme ça»
https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/alerte-cadmium-pollution-sante
Une nouvelle étude de l'Anses alerte sur une surexposition de la population française au cadmium, un métal toxique présent dans l'alimentation. Début juin 2025, des médecins libéraux avaient déjà alerté sur la contamination massive des Français au cadmium, notamment issu des engrais phosphatés. Cette prégnance dans notre environnement est une préoccupation ancienne.
Par Romane Laignel Sauvage - Publié le 12.06.2025 - Mis à jour le 25.03.2026
Alain Bombard sur la pollution de la mer Méditerranée par les métaux lourds - 1982 - 02:29 - vidéo
L'ACTU.
Dans une nouvelle expertise publiée le mardi 24 mars, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) confirme une surexposition de la population française au cadmium dans l’alimentation. Dans son étude, l'Anses a évalué « l'ensemble des sources et voies d'exposition à ce métal tout au long de la vie ». Le cadmium est un métal lourd présent naturellement dans les sols et dont la présence peut être augmentée par l'activité de l'homme. l'étude souligne que « les données les plus récentes témoignent d'une situation préoccupante » et d'une « exposition diffuse touchant une grande variété d’aliments de notre quotidien ». L'alimentation représente 98% de l'imprégnation de la population. Parmi les aliments « les plus contributeurs » l'étude pointe les produits céréaliers : les céréales du petit-déjeuner, les viennoiseries ainsi que les gâteaux et biscuits sucrés. Mais le cadmium est aussi présent dans les pâtes, le riz ou encore les pommes de terre et certains légumes. L'Anses conseille de limiter ces produites et d'introduire plus de légumineuses dans les repas en substitution au blé.
LE CONTEXTE.
« L’État ne peut plus ignorer ce problème. » Début juin 2025, les Unions régionales de professionnels de santé-médecins libéraux (URPS) adressaient une lettre pour alerter l’exécutif sur la prégnance du cadmium, un métal lourd notamment issu de l’épandage d’engrais phosphatés, dans l'alimentation. « Une explosion de la contamination des jeunes enfants existe bel et bien, en rapport avec leur alimentation – en particulier les céréales, pains et dérivés et les pommes de terre et apparentés, qui sont des aliments de la vie courante », explique l'URPS.
Le collectif appelait à adapter l'alimentation, à soutenir l'agriculture biologique et à faciliter le dépistage de la contamination au cadmium. Et de conclure : « L’augmentation de la contamination au cadmium n’est pourtant pas une fatalité comme en atteste l’imprégnation des Américains qui a baissé régulièrement entre les années 1960 et 2020, grâce notamment à une meilleure gestion des boues d’épuration dans les sols agricoles. » Le 10 juin 2025, le ministre chargé de la Santé Yannick Neuder annonçait le remboursement des dépistages du cadmium « à l'automne en médecine de ville ».
En février 2026, un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) relevait déjà un « risque sanitaire » pour trois métaux dont le cadmium.
Le cadmium se trouve de manière naturelle dans l'environnement, mais sa présence est accrue par les activités humaines, en particulier par les rejets de certaines industries et l'utilisation d'engrais phosphatés en agriculture. C'est la raison pour laquelle il est aujourd'hui retrouvé en grande quantité dans l'eau et l'alimentation. L'exposition prolongée à ce métal peut induire une atteinte rénale, une fragilité osseuse, des effets sur l’appareil respiratoire, des troubles de la reproduction ainsi qu’un risque accru de cancer. Il a été classé par le Circ en 2012, cancérogène de groupe 1, c'est-à-dire cancérogène certain pour l’humain.
Les autres grandes causes de l'exposition à ce métal sont le tabagisme et certains secteurs professionnels comme les industries de la métallurgie du zinc ou de la production de pigments. L'intoxication au cadmium (par inhalation) est par ailleurs reconnue comme maladie professionnelle en France depuis 1973. À la télévision, les premières alertes concernant une prégnance toxique du cadmium dans l'environnement datent des années 1980.
LES ARCHIVES.
« Le grand problème, c'est de savoir comment va se terminer cette accumulation dans la chaîne alimentaire. En tout cas, il y a une chose certaine, on ne peut pas continuer comme ça. » 1982, dans l'émission scientifique « Planète bleue » s'intéressait aux risques alimentaires. Alain Bombard, médecin et homme politique brièvement secrétaire d'État à l'environnement en 1981, alertait sur les conséquences des rejets de métaux lourds comme le cadmium en mer Méditerranée. Ceux-ci étaient ensuite retrouvés dans les poissons de grande consommation.
Dans l'archive en tête d'article, il notait l'urgence à agir. « Notre travail à l'heure actuelle doit se centrer sur la diminution de la quantité de métaux lourds qui entre dans l'eau, dans le milieu où va se développer cette chaîne alimentaire. (...) Premièrement, arrêter l'injection de poison. Donc faire des stations d'épuration qui soient des stations d'épuration efficaces. Et ensuite, nettoyer, c'est-à-dire restituer les lieux. »
Au moment où Bombard s'exprime, les rejets de cadmium dans l’environnement et l’alimentation étaient déjà sous surveillance depuis plusieurs années. En 1976, Le Monde rapportait les conclusions d'une enquête sur les quantités de substances toxiques ingérées par les Français. Grâce aux données « analysées par l'ordinateur de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale », le Comité interministériel d'action pour la nature et l'environnement concluait à une alimentation peu polluée, les quantités moyennes ingérées de cadmium correspondant à moins de la moitié des « doses journalières acceptables » déterminées par la FAO, l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Conclusion « rassurante ».
À peu près à la même époque, le journal rapportait des négociations européennes ayant pour vocation de « limiter la pollution des eaux », notamment par le cadmium. Quelques années plus tard, en 1983 on cherchait à dépolluer le Rhin où se trouvent de nombreux résidus de l'industrie, dont des métaux lourds comme le cadmium.
Des rejets sur le littoral
C'est d'abord cette pollution industrielle que la télévision montre. En 1988, un documentaire intitulé « Pitié pour la Méditerranée », dont un extrait est disponible ci-dessous, montrait les conséquences de la pollution au cadmium sur les fonds marins du proche littoral italien. Sur les images, un « désert » écologique : « Dans cette zone, il faut bien constater que le milieu a pratiquement cessé d'exister », détaillait un plongeur italien. À la place des prairies de posidonie, poumon de la Méditerranée, « le cadmium permet la prolifération de ces petites algues rousses typiques de la pollution industrielle ». Un enjeu méditerranéen qui n'est aujourd'hui pas entièrement réglé, en témoigne une enquête récente de Radio France sur une usine de Gabès en Tunisie.
Pollution de la Meditérranée au Cadmium
1988 - 02:28 - vidéo
Le responsable de cette pollution : les résidus industriels, comme le phosphogyspe notamment issu de la production de l'acide phosphorique et des engrais phosphatés. En 1989, France 3 Normandie alertait sur une pollution du genre dans l’estuaire de la Seine. Les usines havraises incriminées assuraient que l'impact sur l'écosystème était circonscrit à la zone de rejet et faire le nécessaire pour diminuer leur volume.
Présent, donc, en grande quantité dans les eaux à proximité de ces zones industrielles, le cadmium était ensuite retrouvé dans les produits pêchés. En août 1990, une nouvelle alerte concernait les huitres sauvages de l'estuaire de la Gironde, comme le dévoilait l’archive ci-dessous. Une pollution découverte en 1983 par les scientifiques de l'Ifremer : « Il s'agit d'une pollution par un métal industriel qui provient de la région du Lot, ce sont des mines qui produisent du zinc, et il y a un sous-produit de cette activité, ce métal le cadmium qui a été déversé dans l'eau de la Garonne et le Lot ». Le préfet envisageait de dynamiter les gisements naturels d'huitre « pour empêcher toute cueillette sauvage ».
Huîtres sauvages polluées dans l'estuaire de la Gironde
1990 - 02:05 - vidéo
Concernant la persistance de métaux lourds sur le littoral français, l'État assurait en 2019 : « La teneur en cadmium dans les mollusques, indicateurs quantitatifs de contamination du milieu marin, décroit globalement depuis les années 1980, du fait du durcissement des réglementations, voire de l’arrêt de certains de ses usages. Localement, l’estuaire de la Gironde et les pertuis charentais sont toutefois marqués par de fortes contaminations provenant d’anciens rejets industriels sur le bassin du Lot. »
Les engrais phosphatés
Désormais l'inquiétude porte sur les conséquences de l'utilisation d'engrais phosphatés. D'une part, leur fabrication peut impliquer de nouveaux rejets industriels toxiques, comme le montre l'enquête à Gabès de Radio France précédemment citée. D'autre part, ce fertilisant peut lui-même contenir du cadmium en grande quantité et passer dans les produits alimentaires qui font le quotidien des Français. Cet aspect apparait beaucoup plus tard dans les archives. Exemple en 2020, en Bretagne avec l'archive ci-dessous.
Etude sur les pommes de terre au cadmium
2020 - 02:14 - vidéo
Du cadmium était retrouvé dans des pommes de terre bretonnes. L'enquête de France 3 sur un petit échantillon de Bretons dévoilait une quantité plus importante que celle recommandée par l'ANSES de ce métal lourd chez 21 % des sondés. Le commentaire se montrait cependant rassurant : « Le seuil de toxicité du cadmium est de cinq microgrammes par gramme de créatinine, soit dix fois plus que la norme recommandée par l'ANSES. »
Une première étude de Santé publique France avait estimé l'imprégnation du cadmium dans la population française en 2006-2007, puis une seconde fois en 2014-2016. « Une sur-imprégnation était observée dans la population de l’étude Esteban par rapport aux autres pays européens et nord-américains. Les niveaux d’imprégnation par le cadmium en France en 2014-2016 en population générale chez les adultes étaient plus élevés par rapport aux niveaux en 2006-2007 », concluait Santé publique France. C'est notamment sur cette base que les médecins appellent aujourd'hui à une action de l'État.
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