Là-Haut

Les pesticides et l'Etat

Thierry LEDRU Par Le 30/04/2026 0

En fait, je pense que ce qui m'interpelle le plus, c'est de voir la confiance que les gens ont encore envers le gouvernement, de quelque bord qu'il soit. 

Ce sont les financiers qui gouvernent, c'est à dire les lobbies qui distribuent des sommes considérables pour atteindre leur but. Et ces buts ne sont pas en notre faveur, ni celle des agriculteurs, ni celle des consommateurs, ni celle de la nature. Alors, oui, je conçois que les articles qui se succèdent n'ont rien de réjouissant mais de quoi pourrais je bien parler alors que ça occupe l'essentiel de mes pensées, de mes lectures, de mes recherches.

J'en suis même arrivé à avoir mis de côté l'écriture du tome 4 de la quadrilogie.

Autant je trouve les guerres effroyables, autant celle au Moyen Orient, si elle pouvait avoir un impact majeur sur l'économie mondiale, je pense que j'en arriverais à me réjouir, malgré toutes les difficultés que ça engendrerait dans la population. De savoir que les avionneurs ont déjà commencé à réduire leur nombre de vols en raison des limites de kérosène disponible est pour moi une excellente nouvelle. Que le marché des engrais et des pesticides commence à être tendu a le même effet. Que les pénuries en hélium ralentissent la fabrication de ces millions de smartphones, ordinateurs et autres hightech, j'espère juste que ça incitera les gens à arrêter de changer de matériel tous les ans juste pour avoir un gadget de plus àç leur disposition. Personnellement, mon ordi a plus de dix ans (acheté d'occasion) et mon smartphone est un appareil reconditionné. Pas de télévision, une voiture qui n'a quasiment aucune électronique, un MP3 qui doit dater des années 2010... 

Quant au sujet même de cet article de "Reporterre", il m'amène juste a penser qu'en habitant dans une zone où les vergers pulullent, il est probable que notre potager ne soit pas vraiment bio et c'est affreux. 

 

EnquêteAgriculture

https://reporterre.net/Pulverisation-des-pesticides-l-Etat-promeut-un-outil-defaillant-concu-par-un-geant-du

Pulvérisation des pesticides : l’État promeut un outil défaillant… conçu par un géant du secteur

 

Pulvérisation des pesticides : l'État promeut un outil défaillant… conçu par un géant du secteur

Les pouvoirs publics mettent en avant un outil numérique « d’aide à la décision » de pulvérisation de pesticides, élaboré par une multinationale du secteur. Censé servir à respecter la réglementation, il présente un manque de fiabilité flagrant.

Benoît Merlo s’acharne jusqu’à ce que la nuit tombe à désherber mécaniquement ses champs à Saint-Didier-d’Aussiat (Ain) pour cultiver les meilleurs produits bio. Sauf qu’en 2025, il n’a pas pu vendre sa récolte de sorgho, une céréale sans gluten, victime collatérale de la pulvérisation par son voisin d’un herbicide, comme Reporterre l’a dévoilé. Le nom du coupable ? Le prosulfocarbe, vendu par Syngenta.

Son complice ? L’outil numérique d’« aide à la décision » Quali’Cible, mis à disposition par… Syngenta. L’application web a donné le feu vert à son voisin pour arroser sa parcelle de ce produit chimique alors que la réglementation ne le permet pas. Celle-ci exige de ne pas utiliser cet herbicide extrêmement volatil à moins de 500 mètres ou 1 kilomètre — selon les circonstances — des cultures non ramassées à l’automne, période de pulvérisation massive des exploitants intensifs de céréales et de pommes de terre, notamment. Sauf que le champ de Benoît Merlo se situe seulement à une centaine de mètres de celui de son voisin.

Quali’Cible aurait dû le prendre en compte et afficher un avertissement en rouge, et donc mettre un stop à la pulvérisation pour limiter le risque de contamination : l’outil propose un code couleur aussi simple qu’un feu de circulation pour conseiller sur l’usage particulièrement complexe, du fait de la pollution environnante qu’il provoque, du deuxième pesticide le plus utilisé en France juste derrière le glyphosate.

« Le fabricant ne devrait pas être à la fois juge et partie »

En février 2026, Quali’Cible ne prenait toujours pas en compte sa parcelle, Benoît Merlo l’a vérifié sur la page internet dédiée. Alors il s’est ému de la problématique auprès d’Annie Genevard, par courrier. Dans sa réponse datée du 19 mars 2026, la ministre de l’Agriculture reconnaît le manque de fiabilité apparent de Quali’Cible puisqu’elle écrit avoir demandé à « la firme qui gère cet outil » de « procéder sans délai à une actualisation de ses données parcellaires » à l’occasion d’un rendez-vous qui aurait eu lieu la veille, comme elle l’indique.

La société Syngenta s’y est-elle attelée ? Le numéro 1 de l’agrochimie en France n’a pas répondu aux questions de Reporterre. Mais surtout, comment ces géants ont-ils réussi à s’imposer auprès des pouvoirs publics comme acteurs de référence du bon usage de leurs propres produits chimiques et contrôler ainsi tous les maillons de la chaîne, de la fabrication aux recommandations d’utilisation ?

Dans tous les cas, l’État n’a pas à se défausser, selon Julien Jansen, agriculteur bio à Civray (Cher). Avec regret, il a arrêté la culture de sorgho, « trop risquée », après avoir subi une contamination au prosulfocarbe deux années d’affilée, en 2024 et en 2025.

« Le problème, c’est de déléguer au privé la surveillance de l’utilisation dans les clous des pesticides. Le fabricant ne devrait pas être à la fois juge et partie », déplore le paysan bio.

Un service mis à disposition gratuitement et promu par l’État

Quali’Cible est même mis en avant par l’État sur ses plaquettes d’informations à destination des agriculteurs dans le cadre du plan gouvernemental de réduction de l’usage des pesticides Ecophyto.

« Syngenta s’est chargé de la rédaction des parties sur les conditions d’utilisation de Quali’Cible, puis nous avons tout relu. Cet outil numérique est bien utile même si c’est le privé qui l’a conçu. En plus, il est gratuit », assume Adeline Chastrusse, cheffe du service agronomie Ecophyto à la chambre d’agriculture des Pays-de-la-Loire qui a élaboré la fiche technique sur le prosulfocarbe.

Dans le document, le site de la firme apparaît, de même que son numéro payant « conseils pro ». Concernant ce coup de publicité offert par l’État à un géant des pesticides, « il s’agit juste d’un petit encadré », minore-t-elle.

Dans la plaquette Ecophyto fournie par les services publics, l’outil développé par Syngenta.

« Les producteurs de pesticides n’ont aucune obligation de fabriquer des outils de conseil à la pulvérisation et l’État n’a pas considéré que ça relevait de ses fonctions d’aider au respect de la règle. Il y en a une mais la limite, c’est clairement que l’État ne se donne pas les moyens d’aider à ce qu’elle soit bien appliquée ni de le vérifier », dénonce Xavier Reboud, chercheur en agroécologie au sein de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

Interrogée sur les garanties de sûreté de Quali’Cible présenté comme « un outil pour aider au respect de la réglementation » alors qu’il peut visiblement inciter à pulvériser à mauvais escient, Adeline Chastrusse renvoie vers Syngenta. Dans sa réponse à Benoît Merlo, la ministre de l’Agriculture indique : « J’ai demandé que, pour 2026, mes services ciblent particulièrement — et ce, à l’échelle nationale — l’utilisation du prosulfocarbe dans le cadre des contrôles effectués en France sur les conditions d’utilisation des produits phytopharmaceutiques. » Questionné par Reporterre sur ses objectifs et le nombre de contrôles réalisés en 2025, le ministère n’a pas répondu.

Des centaines de milliers d’euros en lobbying

Syngenta n’est pas la seule entreprise à proposer ce type d’outil. Les deux autres leaders du marché des pesticides, Bayer et BASF, proposent aussi les leurs, à grands renforts de lobbying. Les trois principaux producteurs dans l’Hexagone dépensent tous les ans, chacun, entre 100 000 et 500 000 euros pour faire pression sur les décideurs publics, selon le registre de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique.

Reporterre l’a épluché et a étudié leurs actions d’influence déclarées, comme demander de « prendre en compte les nouvelles techniques d’application de précision dans les processus d’évaluation des produits phytopharmaceutiques et soutenir leur mise en œuvre par les agriculteurs », s’agissant de Syngenta.

La page d’accueil de l’outil de Syngenta. © Mathieu Génon / Reporterre

Des éléments de langage censés faire passer la pilule de la poursuite de l’usage des pesticides, qui serait « raisonné », repris par le ministère de l’Agriculture. En réalité, l’agriculture dite « de précision » n’empêche pas de contaminer ni les champs des agriculteurs voisins, ni même nos potagers.

La firme signale avoir également œuvré à « présenter les activités et les solutions de Syngenta pour accompagner la transition agro-écologique et renforcer la maîtrise des risques ». « Ces outils numériques comme Quali’cible sont mis en avant comme instruments pour maîtriser les risques et contribuent à la stratégie des vendeurs de pesticides de se présenter comme acteurs responsables pour blanchir leur image, afin de rester au cœur des prises de décisions et d’éviter les interdictions de leurs produits », traduit François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures.

Vous êtes témoin de faits ou d’agissements qui méritent l’attention du grand public ? Contactez Reporterre de manière sécurisée.

Les autres fabricants labourent aussi le terrain depuis longtemps. BASF, qui a refusé de répondre à nos questions, a signifié à la HATVP avoir présenté les avantages de son « nouveau système de pulvérisation intelligente pour une utilisation réduite des herbicides » dès 2023.

En 2021, le deuxième plus gros vendeur de pesticides en France, Bayer, a mentionné sur le registre « sensibiliser les pouvoirs publics sur la nécessité de soutenir l’innovation pour développer des alternatives pouvant contribuer à la réduction d’utilisation des produits phytosanitaires ».

« Les fournisseurs de produits phytosanitaires ne sont pas fous, ils savent qu’ils doivent inciter à en réduire l’usage et développer des outils pour éviter les problèmes et ainsi, que leur substance active ne soit interdite », analyse Baptiste Buatier, le voisin de Benoît Merlo, le paysan bio à la récolte de sorgho souillée. L’agriculteur a accepté de recevoir Reporterre dans sa ferme, qu’il a reprise cinq ans auparavant.

«  Les fournisseurs de produits phytosanitaires ne sont pas fous, ils savent qu’ils doivent inciter à en réduire l’usage  », dit Baptiste Buatier. © Mathieu Génon / Reporterre

Le trentenaire connaît particulièrement bien les méthodes et outils numériques des géants des pesticides pour avoir travaillé chez Bayer en apprentissage pendant près de trois ans. Interrogé sur ce mélange des genres entre son rôle de fabricant et de conseiller en agrochimie, le puissant groupe allemand se dérobe en indiquant que l’un de ses outils utilisé dans les vignes, Movida GrapeVision, « ne formule pas directement de recommandation d’intervention, mais apporte des éléments de pilotage clés permettant aux viticulteurs d’ajuster leur stratégie de protection ».

Ce type de solutions numériques est utilisé comme référence en coopérative, où Baptiste Buatier a également exercé avant de s’installer. Il s’agit d’une courroie de transmission essentielle sur le terrain : elle joue à la fois le rôle direct de prescriptrice et celui de vendeuse de pesticides aux agriculteurs.

« La coopérative relaie les arguments des fabricants, qui missionnent des équipes commerciales pouvant s’apparenter à celles des visiteurs médicaux », dénonce François Veillerette. D’ailleurs, Bayer reconnaît bien auprès de Reporterre « former les distributeurs à l’utilisation et au fonctionnement des outils digitaux ». Pour le leader de l’industrie agrochimique mais aussi pharmaceutique, une même stratégie d’influence payante.

 

Ajouter un commentaire

Anti-spam