Apprendre à recevoir

Dans mon  parcours de vie, j'ai souvent eu affaire aux kinés et à leurs massages. Un dos détruit.

Je suis frappé quand j'y repense par le fait que chaque séance se déroulait dans un dialogue constant, des paroles diverses entretenues par les soignants eux-mêmes...J'y participais naturellement, sans m'interroger sur la finalité de la chose. 

Mais qu'en est-il pronfondément de la qualité du soin  dès lors que ces massages n'étaient que des gestes techniques privés de la dimension spirituelle du silence...

Comment peut-on absorber les biens prodigués dès lors que l'esprit n'est pas concentré, dès lors qu'il n'est pas dans un état complet de réception, d'absorption ?

Si on me parle, je fais attention à l'autre, je m'extrais par conséquent de moi parce que les mots ont pour finalité de créer une passerelle. Je me retrouve donc suspendu entre moi et l'autre.

Si je m'insère dans le silence, je me place dans un état de concentration et l'autre favorise cette exploration par ses soins.

Peut-on attendre d'un travail corporel des effets bénéfiques si l'esprit n'y est pas associé ?

Il me semble indispensable d'amener l'esprit à s'unifier à l'expérience.

Le soignant est engagé dans un don d'énergie. Ce qui émane de lui a pour intention de libérer le soigné de ses douleurs.

On peut imaginer que cette pratique générale des kinés qui consiste à parler de tout et de rien a pour finalité de libérer l'individu de la présence obsédante de la douleur. Mais le corps en lui-même est un transmetteur et l'esprit est l'analysant. Il est inconcevable de mettre de côté l'esprit en l'occupant de façon artificielle et espérer simultanément une amélioration durable de l'état physique. La parole n'est plus qu'un paravent posé, un voile fluctuant, fragile, éphémère...Il suffira que la douleur se réveille lorsque les soins seront finis pour que la hantise du mal reprenne le pouvoir. L'esprit sera de nouveau broyé et le corps hurlera de plus belle.

Il faut donc visualiser ce transfert d'énergie. Il faut donc entrer dans la dimension spirituelle et le silence est la clé.

Le soignant donne. Le soigné reçoit.

On pourrait établir un parallèle avec l'écoute d'une Symphonie. Celui qui parlerait pendant le concert, commenterait les mouvements ou critiquerait la décoration n'entendrait qu'un vague chaos. Il est évident qu'il serait rapidement exclu de la salle. 

Pour entendre, il faut écouter.

Alors que viennent faire toutes ces paroles entre le kiné et le soigné, sinon engendrer inévitablement une cacophonie délictueuse. 

Celui qui masse extrait de lui l'Amour envers l'autre. L'Amour de son Bien-être, l'apaisement, le délice de l'attention. On peut concevoir un courant vibratoire sortant de l'individu et enlaçant le soigné jusqu'à se fondre en lui comme un courant calorique, une énergie bienfaitrice.

Celui qui reçoit se doit d'apprendre à recevoir. S'abandonner au flux, s'ouvrir, créer en lui une brèche, briser le mur de ses contractures, abattre les citadelles qui l'enferment. Les mots ne sont dans ce travail qu'un crépis rajouté. Effet inverse à celui espéré.  

Ces deux pôles énergétiques, celui qui donne, celui qui reçoit, se nourriront l'un l'autre. C'est parce que le soigné s'ouvrira que le soignant pourra donner tout ce qu'il porte. C'est parce que le soignant aimera la Vie du soigné qu'il pourra en dénouer les douleurs.

Ne pas parler, ne pas penser, ne pas s'extraire du flux d'énergie, être là, dans l'instant, physiquement, spirituellement, ne jamais scinder les entités constituantes. Le corps n'est plus qu'une mécanique s'il n'est pas vécu dans sa dimension spirituelle.

Aucun kiné ne m'a jamais soigné...Ils m'ont soulagé. Je ne leur en veux pas, bien entendu. Je cherche juste à comprendre. Le poids de la formation universitaire, l'absence de considération au regard de cette dimension spirituelle, autre que la volonté "d'amener le soignant à penser à autre chose..."

Mais il ne s'agit pas de penser à autre chose, il s'agit DE NE PAS PENSER.

Suivre le parcours des mains, imaginer le flux d'énergie jusqu'à le ressentir. On ne peut entendre que ce qu'on écoute...On ne peut percevoir que ce qu'on ressent.

Il est évident qu'il en est de même dans l'acte d'aimer. 

On devrait absolument apprendre aux enfants à aimer le silence, à aimer se "dé-penser", à aimer cette fusion si belle entre le corps et l'esprit, à aimer l'individu dans son unité. Ils apprendraient à devenir des adultes aimants, à être des aimants qui diffusent des polarités qui s'unissent... 

On n'est jamais seul quand on est en soi. Et dès lors, on n'a pas besoin que l'autre vienne occuper un vide insupportable.

On devrait masser nos enfants pour qu'ils apprennent à aimer la Vie en eux. 


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