Consommation.

"Y a-t-il appellation plus fausse que celle de notre monde occidental baptisé à tort "société de consommation" alors même que rares sont ses membres pouvant prétendre avoir "consommé" quoique ce soit au sens PREMIER du terme : du latin "consummare", faire la somme, mener une chose au terme de son accomplissement, achever, couronner, parfaire, sinon leur propre délabrement intellectuel et spirituel.

La quantité d'excitations imposées, bon gré mal gré, à nos sens saturés nous barre souvent l'accès à une certaine perfection. La multiplication sans fin des expériences supplante la qualité et l'approfondissement sans pour autant éliminer refoulement et frustration. "

 Gilles FARCET


« Si vous faites attention, vous ne pouvez pas être concentrés. »

 

Un travail en classe sur cette idée que l’attention est une nécessité.

 

« Fais attention quand tu écris, quand tu calcules, quand tu apprends ta leçon…! »

 

Et bien non justement. L’attention est source de dispersion et elle est très représentative du fonctionnement actuel de ce monde « moderne. »

Lorsque nous faisons attention, nous sommes à l’écoute de tout ce qui nous environne, dans un florilège de perceptions liées à nos sens, attentifs justement à ne rien laisser passer, une discussion, un bruit, un mouvement, tout ce qui peut nous remplir de cette activité ambiante, une espèce de « caméra sensorielle », capable de distinguer le moindre déplacement, le moindre son, la moindre odeur, le moindre frôlement. Il faut imaginer un réseau routier sur lequel notre attention bifurquerait anarchiquement.

 

La concentration implique au contraire l’établissement d’un horizon limité, une interdiction de changer de chemin, comme si une voie unique était tracée et qu’elle devait être empruntée sans aucune interférence, dans le refus de toutes perceptions étrangères, une lobotomie sensorielle, uniquement attachée à la validation du travail entamé. Il n’y a qu’un objectif et rien ne doit s’y greffer.

 

Le silence et la solitude sont des alliés de choix.

 

Il me semble que cette fameuse attention est très représentative de cette dispersion ambiante. Les marchands, les médias, les autres, les contraintes sociétales, sont des éléments perturbateurs.

Les marchands sont d’ailleurs passés maîtres dans l’art d’entretenir l’attention.

« Attention, ce nouveau smartphone va révolutionner votre vie, attention cette nouvelle voiture sera une compagne fidèle, attention cette nouvelle série télé est un évènement, cette télé réalité va vous bouleverser, attention, attention, attention, ne manquez pas tout cela, vous le regretteriez. Soyez dans le coup !»

 

Et les consommateurs ne cessent de faire attention sans jamais se concentrer. L’attention est un phénomène tourné vers l’extérieur, la concentration est une plongée intérieure. Dès lors, elle est un ennemi de la consommation. Un ermite silencieux est un citoyen économiquement sans intérêt…

La concentration implique une observation de soi afin de ne pas quitter la voie intérieure. Alors que ce monde moderne est une ouverture constante sur l’extérieur.

Bien sûr qu’il est profitable de faire attention lorsqu’on marche en forêt. Il n’est pas question de le nier ou de rejeter ces bonheurs multiples. On peut par contre y adjoindre une certaine concentration dans la plénitude qu’on y trouve. Comme si la nature ramenait immanquablement l’individu vers soi. Une boucle en quelque sorte. Marcher en montagne est autant une ouverture aux sens qu’un état de méditation dans l’intériorisation que l’activité déclenche. Encore faut-il aller marcher avec des personnes oeuvrant à l’exploration intérieure et non aux commentaires des dernières nouveautés technologiques ou de la campagne présidentielle…Il y a des sujets de discussion qui sont des insultes aux arbres.

 

Quand j’entends mes élèves discuter du dernier jeu vidéo à la mode, alors qu’ils marchent en montagne, sous les frondaisons des arbres, au bord d’un torrent, je me dis que le travail à faire est gigantesque avant de les amener au silence…De l’attention à la concentration, le chemin est long et parsemé de pièges de toutes sortes.

 

Cette attention pourrait être visualisée sur un plan horizontal, une espèce d'extension destinée à capter tous les éléments générés par les esprits engagés dans le même fonctionnement.

La concentration implique un mouvement vers le centre. Une plongée verticale déclenchant simultanément une élévation du même ordre. Les perceptions environnementales ne sont plus des interférences dispersives mais des phénomènes aléatoires qui s'estompent naturellement. Juste des risées sur l'Océan intérieur.

 

Alors oui, effectivement, "la société de consommation" porte mal son nom étant donné qu'elle en appelle à l'attention et que celle-ci ne permet pas de "consommer" mais uniquement de grapiller.

Il s'agit également de cette opposition entre l'émotion choc et l'émotion contemplation. La première est épisodique, éphémère, exacerbée, sans cesse mue par l'envie de renforcer ce choc, jusqu'à l'addiction.

L'émotion contemplation incite à opérer une concentration qui va générer une plongée intérieure jusqu'à l'extrême saisissement de tout ce que l'expérience contient. La précipitation n'est pas de mise. Là, il s'agira bien de "consommation" dans le sens d'achèvement absolue de la situation, dans un plan matériel, intellectuel, physique, existentiel, spirituel...Rien ne sera délaissé, tous les champs de connaissances seront explorés. 

 

La "société d'addiction" ne s'intéresse pas à cette exploration. Elle n'est pas rentable. Que ferait-elle d'individus qui passent des jours, des semaines, des années, une vie entière à viser la plénitude ?

blog

Commentaires (2)

Thierry
  • 1. Thierry | 23/02/2012

La "pleine attitude", oui, c'est exactement ça Isabelle.

kallenborn isabelle
  • 2. kallenborn isabelle | 23/02/2012

la plénitude peut être aussi assimiler a la plein attitude pour remplir un vide que nous laisse cette fade société :)

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau