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Rythmes scolaires: Compiègne refuse, l’inspection prend la main
Les élus compiégnois ont décidé vendredi 16 mai de ne pas appliquer la réforme des 4,5 jours à la rentrée prochaine. 
L’Inspection académique promet de le faire à leur place d’ici l’été.

« Nous ne pouvons pas prendre la responsabilité d’appliquer cette réforme. Ni sur le plan budgétaire, ni vis-à-vis des parents, des enfants et des enseignants. » Philippe Marini a clairement annoncé, lors du conseil municipal du vendredi 16 mai, son intention d’enterrer la semaine de 4,5 jours dans les écoles primaires. « Il vous est par conséquent proposé de maintenir à l’identique les horaires des écoles maternelles et élémentaires pour l’année 2014/2015. » Seuls les trois élus de gauche ont voté contre. C’est donc acté.

Les raisons de ce refus sont toujours les mêmes. En substance : une réforme concoctée hâtivement, qui ne prend pas en compte l’ensemble des situations locales, des charges de fonctionnement importantes, des rythmes familiaux bouleversés, les difficultés pour recruter des animateurs… Sans parler du coût de la mise en place, estimé à 500 000 euros par la majorité compiégnoise.
Une promesse faite lors de la campagne électorale

« Monsieur le maire, à Compiègne, vous choisissez le désordre tout simplement parce que, pour des raisons politiciennes, lorsqu’une réforme à appliquer vient d’un gouvernement de gauche, vous la refusez et sombrez dans l’excès et l’extrémisme que l’on vous connaît », s’est offusqué Richard Valente, chef de file socialiste.

Philippe Marini dément catégoriquement. « Cette prise de position n’est pas une fantaisie, c’est la suite logique de toutes les réunions que nous avons tenues dans toutes les écoles, a assuré l’élu. Nous avons même fait le tour deux fois. » Et d’ajouter que c’était, pour sa majorité, une promesse faite lors de la campagne électorale.
Et d’affirmer que la « perplexité » compiégnoise est « largement partagée » par ses collègues de l’Oise. « Les chiffres officiels sont faux, assure Philippe Marini, au sujet de la position des communes. Beaucoup attendent d’ailleurs notre vote de ce soir pour décider. Cela devrait notamment conforter la ville de Beauvais dans une approche similaire. »

71 % des écoles de l’Oise sont partantes, selon l’inspection
De quels chiffres parle-t-on ? Sylvie Oger-Dugat, adjointe aux affaires scolaires, a indiqué vendredi que « le Conseil départemental de l’Éducation nationale qui s’est tenu au mois de février 2014 a constaté que seules 45 communes de l’Oise, sur 693, ont mis en place cette réforme ». Ce mardi 20 mai, l’Inspection académique donnait bien d’autres chiffres. « À ce jour, 71 % des écoles de l’Oise ont présenté des projets d’organisation du temps scolaire qui ont, ou qui vont être validés, affirme Françoise Petreault, l’inspectrice d’académie. Ce qui représente 644 écoles, sur un total de 904, et 357 communes. » Les maires qui souhaitent appliquer la réforme ont jusqu’au mois de juin pour le faire savoir.

Dans le cas contraire, la loi prévoit que, dans les villes et villages où les élus sont récalcitrants, l’inspection prenne la main. Philippe Marini a laissé entendre, vendredi soir, qu’il n’y croyait pas. Trop de travail. Trop peu de temps.

C’est sans compter la détermination de l’Inspectrice d’académie. « À Compiègne, comme ailleurs, nous aurons pour mission de mettre en place l’organisation, appuie Françoise Petreault. L’inspection se mettra en ordre de marche. On fera le travail. » Avant septembre ? Le délai est-il suffisant ? « Non. Avant même la fin de l’année scolaire, assure la responsable. Que les parents et les enseignants aient le temps de s’organiser en conséquence. » Un sacré défi.

À Thourotte, ce n’est pas un grand succès
Patrice Carvalho, maire de Thourotte et député de l’Oise en a appelé directement au ministre de l’Éducation nationale. Dans sa commune, la réforme a été appliquée dès la rentrée dernière. L’élu reconnaît qu’elle « repose, sans aucun doute, sur une appréciation fondée des rythmes d’apprentissage de l’enfant », mais regrette une « improvisation » qui « aboutit à la discréditer, ce qui est regrettable ». Il précise que lui-même disposait déjà des équipements, des activités périscolaires et des animateurs nécessaires. « Malgré cet environnement favorable, il faut néanmoins constater que moins de 20 % des élèves participent aux activités et que nous retrouvons les enfants, pour un certain nombre d’entre eux, livrés à eux-mêmes dans les rues et les cages d’escaliers. »
Il poursuit en indiquant que de plus grandes difficultés encore sont recensées dans sa circonscription, notamment en milieu rural « pour assurer le recrutement des animateurs et pour assurer la logistique ». Enfin, « un grand nombre de communes ne sont pas en mesure d’assurer les financements, quand bien même l’État leur accorde un apport de 50¤ par enfant ».

PUBLIÉ LE 21/05/2014
JULIEN BARBARE
http://www.courrier-picard.fr/region/rythmes-scolaires-compiegne-refuse-l-inspection-prend-ia190b0n375487

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