De l'usage politique de la peur.

Deux mois en montagne, dans le camion, deux mois coupés en grande partie des médias. On a bien entendu parler succinctement des accidents de train, des règlements de compte à Marseille et de quelques autres nouvelles du monde du même genre mais le silence radio entre les murailles rocheuses est un délice sans fin. J'en prends encore plus conscience une fois "rentré."

J'ai plutôt l'impression d'être sorti de la réalité en disant que je suis rentré...La réalité, elle était au coeur de ce monde d'en haut, avec des gens chaleureux, curieux, accueillants, ouverts, passionnés, amoureux de la terre, respectueux des Anciens, des gens ancrés dans une vie parfois rude au regard des aléas des saisons, de leur isolement, de l'exode montagnard, de l'abandon irrémédiable des valeurs associés à cette terre d'en haut . Nous avons rencontré des gens qui "luttent" pour maintenir une qualité de vie réelle.

Ici, dans ce monde de communications routières, de communications marchandes, de réseaux hertziens, de réseaux de cuivre et de wifi, dans ce monde où les hommes sont "reliés" par des systèmes dont l'organisation leur échappe, je redécouvre encore une fois l'usage de la peur, du drame, de la violence, des menaces, l'usage immodéré de l'émotionnel, du sensationel et de l'outrage, du sordide et de l'horreur, ce fatras d'informations jetées en pâture dans des esprits avides.

Je suis rentré dans une maison de la presse pour chercher une revue de philosophie que j'aprécie. Il m'a fallu explorer un bon moment les fonds d'étagères les plus perdues pour la découvrir. Un seul exemplaire...

Dans la file d'attente, j'ai regardé toutes les premières pages visibles : les photos "sexe" des people, leurs ruptures sentimentales, la grand-mère découpée par un psychopate, un enfant jeté dans un égout par une mère droguée, les phrases des hommes politiques, les guerres de clans, les combats des chefs, les guerres réelles et les civils massacrés, un catalogue "d'informations" quotidiennes, une espèce de bouillie infâme qui ressemblait surtout à une dose de camés...Une seringue remplie d'un amalgame toxique rapidement dilué dans le cerveau et créant automatiquement un état de manque.

Si ces journaux existent et sont présentés par dizaines d'explaires, c'est bien qu'ils se vendent et donc qu'il y a des toxicomanes.

"Quelle est la catastrophe du jour ?" "Combien y a-t-il de morts ?" "Où aura lieu le prochain attentat ?" "Comment sera la prochaine épidémie ?" "Combien de gens abattus à Marseille dans la nuit ?" "Ben laden n'est pas mort, nous l'avons rencontré." "Washington ferme ses ambassades au Moyen orient." "Fukushima va tous nous tuer". "Le Gulf Stream a disparu dans la nuit de lundi à mardi". "Le poisson rouge de Mimi Mathy est mort de la grippe aviaire;" "Le sein gauche de Nabilla est plus petit que le droit." "Valls a invité Taubira au bal masqué de la police".

Il reste à faire le tri.

Et ensuite à gérer la quantité astronomique d'informations restantes.

En oubliant donc l'objectivité étant donné que les infomations sont forcément subjectives.

En délaissant les informations du reste du monde, celui dont personne ne parle parce qu'il n'est pas vendeur. Qui a entendu parler de la Tasmanie dernièrement, par exemple ? Ou du Bouthan ? Personne. Ces gens-là ne seraient donc pas intéressants ? Ils n'auraient rien à nous apprendre ?

Le monde actuel est bien moins dangereux que le monde du passé. La peste noire du XIV siècle., des villages entiers vidés de leurs habitants. Pendant la guerre de trente ans, entre 1618 et 1848, la population concernée diminua de moitié. En une seule journée de combat de 14-18 furent tués plus de 300 000 soldats (des civils en uniforme...) Hiroshima et Nagasaki. Inutile de continuer. Nous n'en sommes plus là.

Mais il faut entretenir la peur car elle a un pouvoir de vente gigantesque.

Alors, l'industrie cinématographique, comme celle des jeux vidéos ou celle de la littérature, ou celle de la télé réalité va créer des supports qui font peur.

Et s'en suivra des ventes de supports destinés à apaiser les peurs. Il faut bien que les gens se "détendent".

Tout ça est un marché.

Les hommes politiques vont également s'en délecter en usant de leur pouvoir pour apparaître indispensables, les sauveurs du peuple, ceux qui ont les solutions aux problèmes qu'ils ont créés. 

La crise de la dette publique ? Quelle dette publique ? Il n'y a pas de dette publique. Ce sont des engagements sur des valeurs privées. Tout ça peut être annulé du jour au lendemain. Regardons l'Islande par exemple.

La classe (mafia) politique manipule le peuple à des fins qui leur appartiennent. Ce mélange entre la subjectivité négative des peuples et les calculs carriéristes des dirigeants politiques est à la source de cette culture de la peur.

Se pose dès lors le problème crucial de la notion de démocratie. Car où se trouve cette soi-disant "démocratie" lorsque des peuples entiers subissent des fonctionnements extrêmement pervers, générés par des énarques imbus et incompétents, par des visions électorales et financières ?

Nous ne sommes pas en démocratie. Le droit de vote aujourd'hui est un vol de consciences et rien d'autre.

Et la peur entretenue conduira de nouveau les électeurs vers les urnes...

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