Deuil : la malle

 

2ème séance :

LA MALLE

« Voilà, allongez-vous confortablement, retrouvez vos ancrages habituels, la position qui vous convient, les jambes étendues, parallèles, les bras le long du corps ou les mains sur votre ventre, cherchez le relâchement et commencez à suivre votre respiration, intérieurement, visualisez-là, parcourez votre corps, lentement, avec un regard bienveillant, ne vous préoccupez pas de vos tensions ou de vos douleurs, laissez-les se diluer avec votre respiration, sans même chercher à les rejeter, laissez-les exister, sans leur donner la moindre énergie supplémentaire, vos pensées sont des carburants, elles entretiennent les tourments, alors ne vous en occupez pas, ne cherchez pas à les faire partir car cela reviendrait à les faire grandir, restez juste concentré sur votre respiration, une respiration longue et calme, comme le va-et-vient de l’océan sur une plage, des allers-retours très doux, sans agitation, cette respiration vous emplit, intégralement.

…Silence…

Je vais maintenant compter de dix à un et à chaque palier vous descendrez de plus en plus profondément en vous-même…

Dix. Votre visage est détendu, vos mâchoires sont relâchées, votre front est lisse, il n’y a aucune tension. Neuf. Vous descendez et vous ressentez cette détente dans vos épaules, votre nuque, le haut de votre dos, toutes les contractions disparaissent, votre respiration est un nettoyeur, un diffuseur de calme et de paix. Huit. Vos bras, vos poignets, vos mains, vos doigts s’enfoncent dans l’immobilité, tout est lourd, apaisé. Sept. Vous descendez encore un palier, en toute confiance, porté par le bien-être du souffle en vous, la vie sait où vous devez aller, laissez-vous guider par elle. Six. Votre thorax s’ouvre, s’élargit, votre plexus solaire se remplit, votre abdomen accompagne votre respiration, vous sentez l’air qui vous nourrit. Cinq. Votre ventre est relâché, vous laissez la respiration le libérer de ses tensions. Quatre. Votre bassin, vos hanches, vos cuisses, la totalité de vos jambes pèsent et tout, en vous, s’enfonce dans la paix. Trois. Vous sentez peut-être de la chaleur dans vos pieds, dans vos orteils, ou peut-être ne sentez-vous rien. Accueillez simplement ce qui est là, sans aucune colère ni volonté, sans aucune attente, aucune pensée négative, restez juste dans l’acceptation de ce qui est là. Deux. Vous êtes empli de cet abandon, votre respiration est un mouvement naturel qui vous relie à la vie. Un. Votre inconscient ouvre en vous un espace de paix, le lieu favorable à la rencontre avec vous-même.

Je vous laisse quelques instants de silence.

Devant vous se présente votre Enfant Intérieur. Retrouvez-le, accueillez-le…Comment est-il ?

-Il a huit ans, à peu près. Il est dans sa chambre.

-Bien, très bien. Maintenant, vous voyez devant vous une malle, une malle vide et ouverte. Approchez-vous. Observez-la…Comment est-elle ?

…Silence…

-C’est un coffre en bois, comme un coffre de pirates. Avec des ferronneries et des petits clous. C’est un vieux coffre.

-Est-ce qu’il y a une malle devant votre Enfant Intérieur ?

…Silence…

-Oui…Mais c’est une boîte en bois, une petite boîte, avec un couvercle plat.

-Très bien. Vous allez maintenant chercher en vous, dans votre tête, dans votre cœur, des souvenirs, des photos, des images de votre passé avec votre frère, avec Christian, des souvenirs de ce que vous avez vécu ensemble, toutes les émotions que vous avez connues. Vous n’oublierez rien, vous n’allez rien effacer mais vous allez rendre ces émotions au passé. Ce passé n’existe plus et ces émotions doivent y retourner. Vous ne pouvez pas vous libérer de ce qui est limitant et vouloir garder seulement les émotions agréables. Ce passé n’existe plus, ces émotions n’ont plus de raison d’être. Prenez le temps de retrouver ces souvenirs et tout ce qu’ils transportent, prenez-les et déposez-les dans la malle. Vous et votre Enfant Intérieur. Chacun de vous fait ce travail. Tout le passé qui a été et qui n’existe plus. Tout ce qui vous a comblé tout autant que ce qui vous a fait souffrir. Posez tout cela chacun dans votre coffre. Les joies comme les colères, les bonheurs comme les tristesses.

…Silence…

Pensez à accompagner votre Enfant Intérieur dans ce travail. Lui aussi a gardé des émotions associées à ses souvenirs. Des moments de jeux ou de disputes, des regrets ou des espoirs, des attentes ou des désillusions, des éloignements ou des retrouvailles, des partages ou des secrets…

…Silence…

Maintenant, je vous demande de retrouver en vous tout ce que vous aviez imaginé et qui ne s’est pas réalisé. Tout ce que vous espériez vivre avec votre frère et que sa mort a rendu impossible, tout ce passé qui n’a existé que dans vos désirs. Des journées d’escalade, peut-être des vacances en montagne que vous auriez voulu partager, des sorties de vélo, des journées en famille, vos enfants communs qui grandissent et jouent ensemble à chaque rencontre, des discussions sur vos épreuves, sur votre histoire, sur vos douleurs, des confidences, des secrets révélés, des rires sur vos meilleurs souvenirs, tout ce que vous auriez aimé vivre avec Christian, tout ce qui n’a jamais existé et n’existera jamais. Ce sont des chimères qui vous alourdissent et qui n’ont plus aucune raison d’être.

…Silence…

Si votre Enfant Intérieur a fini son travail, laissez-le s’asseoir et vous attendre.

…Silence…

Je vous demande maintenant d’imaginer ce à quoi vous n’avez peut-être même pas pensé. Un futur lointain, vous et votre frère aux prochains anniversaires, les vôtres ou ceux de vos proches, de vos enfants, des repas de famille, dans cinq ans, dix ans, plus loin encore, des retrouvailles, des projets, des voyages, votre vieillesse côte à côte, toutes ces images qui ne pouvaient exister qu’au fil du temps qui avance. Mais tout cela n’existera jamais.

…Silence…

Vous pouvez écrire quelques mots sur un papier et le déposer dans la malle avant de la fermer. Vous pouvez dire à Christian que vous l’aimez, que vous ne l’oublierez jamais, qu’il sera toujours là mais que ce passé émotionnel, vous vous en libérez. Vous êtes ici et maintenant.

Je vous laisse quelques instants, dans le silence.

Votre Enfant Intérieur et vous-mêmes, vous fermez vos coffres, vous les fermez à clé. Vous allez les détruire. Vous pouvez choisir de les enterrer, de les brûler ou autre chose mais il n’en restera rien, vous ne pourrez plus jamais les ouvrir et retrouver ce contenu.

…Silence…

-Je veux les mettre dans la mer.

-Celui de votre Enfant Intérieur, vous le mettez dans votre coffre ou vous le laissez en dehors ?

-Je le mets dans le grand coffre.

-Bien, comme vous voulez. Ces coffres sont lourds de toute votre histoire, ils vont couler, rejoindre les grandes profondeurs, la mer va les dissoudre, tout va se disperser, se fondre avec l’immensité, il n’en restera rien.

-Je les vois qui s’enfoncent…

-Bien, très bien. Comment vous sentez-vous ? Qu’est-ce qui se passe en vous ?

…Silence…

-C’est bien, ça va…Je n’ai pas de tristesse. Rien. Juste de la paix en moi.

-Laissez tout cela se diffuser en vous, ici et maintenant, dans vos fibres, dans votre corps tout entier, à cet instant et pour tout le reste de votre vie… »

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