Dialectique

Lors de notre dernière randonnée, pendant une descente relativement raide, j'ai un genou qui a commencé à crier misère, une douleur lancinante.

J'ai donc établi une discussion avec lui en lui expliquant que j'avais bien pris en considération sa situation, que j'allais tenter de le soulager au mieux, que j'étais désolé pour lui mais qu'il fallait de toute façon continuer à descendre et que je lui étais reconnaissant des efforts qu'il allait continuer à produire, que nous étions de toute façon irrémédiablement liés et que je ne pouvais pas le laisser au bord du chemin.

La douleur a disparu.

Il y a longtemps déjà que je ne considère pas "avoir un corps". Je suis un corps. Tout est lié et forme une entité. Chaque parcelle identifiée constitue le territoire. Le territoire doit apprendre à considérer chaque parcelle avec bienveillance et jamais comme un adversaire ou un danger.

Ce genou n'était pas séparé à travers cette douleur de ce territoire et le territoire ne devait pas le rejetter ou tenter de le maîtriser par la force. Seul l'amour pouvait l'apaiser.

  Il s'agit par conséquent d'entrer en communication, de maintenir coûte que coûte cet échange, cette reconnaissance, cette prise en considération, qu'il s'agisse d'une douleur ou d'un bien être.

Il s'agit d'ailleurs là aussi de ne jamais oublier de bénir chaque parcelle du territoire lorsqu'elles participent, toutes à leur mesure, à ce bien être et à ne pas leur attacher d'importance uniquement lorsqu'elles se révèlent par des messages douloureux.

La dialectique prend une importance considérable dans ce fonctionnement.

Si je dis par exemple :

"J'ai mon genou qui me fait mal." Il y a donc un "Je" , un "mon genou" et un "me"...Consternant.

ou

"Mon genou me fait mal", cela signifie que je considère qu'il y a une entité qui se nomme "me" et une entité qui s'appelle "mon" genou et que ce genou fait du mal à me. Une parcelle est donc devenue un danger pour l'identité du territoire. Une espèce de supra organisme...Totalement mégalomane le bonhomme...

"J'ai mal à mon genou." Il m'est impossible d'avoir mal au genou de quelqu'un d'autre...

"J'ai mal au genou." ou "J'ai un genou qui fait mal." Ces deux phrases-là semblent considérer qu'effectivement l'entité "genou" n'est pas dissociée du Je qui le perçoit, les deux restent unifiés et la conscience insérée dans le territoire a identifié une parcelle qui dysfonctionne mais il n'y a pas de rejet. L'entité entière prend en considération le symptôme ressenti.

La phrase la plus appropriée à mon sens resterait pourtant :

"Je suis mal au genou".

Et c'est là que la conscience unifiée peut établir un contact avec cette parcelle parce qu'elle la perçoit avec cette bienveillance salvatrice du Tout qui s'attache à son propre maintien. Rien en moi n'est séparé.

Le plus effroyable dans tout ça reste le conditionnement institué dans l'esprit des enfants...Un véritable désastre.

C'est là qu'il faut absolument les renvoyer constamment à l'observation de soi, dans toutes circonstances.

Ce matin, à la piscine, ceux et celles qui ne parvenaient pas à ressentir le battement de leurs pieds dans la nage crawlée, je les ai arrêtés et je leur ai dit :

"Pendant que vous nagez, vous devez vous survoler avec votre esprit, vous devez vous observer. Regardez votre corps qui nage, ne vous contentez pas de battre des pieds, car vous ne nagerez pas vraiment. Pour nager vraiment, il faut que votre esprit regarde votre corps qui nage. Rien ne sera parfait tant que vous laisserez votre corps nager sans l'observer. Lorsque vous serez parvenus à vous observer et que vous pourrez juger de la qualité de votre geste, que vous parviendrez à rester lucides, calmes, attentifs, précis, économes en énergie, que votre respiration sera régulière, que vous aurez ressenti le bonheur du geste fluide, souple et en même temps puissant, que vous aurez ressenti ce bonheur du corps qui glisse dans l'eau, vous reviendrez à l'intérieur de votre corps et vous l'observerez de l'intérieur, juste par les sensations de glisse dans l'eau, par le bonheur, par le plaisir. "

En fin de séance, pour beaucoup d'enfants, le bonheur du corps dans l'eau, ils l'avaient éprouvé. Maintenant, ils vont vraiment progresser.

"Je ne suis pas un nageur, je suis la nage, je suis l'eau, je suis un univers condensé de particules qui traversent le champ de particules de l'eau, je suis celui qui disparaît dans le bonheur."

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Commentaires (2)

thierry
  • 1. thierry | 06/09/2013
ouais mais j'ai décroché de toute lecture...Quelque part ça m'énerve un peu de voir tous les bouquins de gens connus qui sortent alors qu'il existe des tonnes d'auteurs inconnus qui galèrent comme des rats morts et qui mériteraient amplement d'être lus. Mafia corporatiste et je ne veux pas y participer alors je ne lis plus. :)
JM
  • 2. JM | 06/09/2013
Salut Thierry,
Belle expérience...
Je suis en train de lire "journal d'un corps" de Daniel Pennac. Original et souvent à pisser de rire...ah ça fait du bien.
Bon we

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