Ecriture et caméra intérieure

Dans la création cinématographique, le réalisateur fait appel au jeu de l'acteur. L'acteur vit son rôle et le réalisateur saisit ce que l'acteur vit.

Dans la création littéraire, l'écrivain tient les deux rôles. Il est l'acteur, il vit intérieurement les émotions, les sentiments, il souffre, aime, se réjouit, se lamente, se découvre, se perd et il doit simultanément tenir la caméra pour saisir chaque évènement de l'intérieur.

Il ne s'agit donc pas de se contenter de décrire ou d'analyser. On serait sinon dans une démarche scientifique, cognitive, matérialiste, évènementielle. Un chirurgien qui opère ne doit pas éprouver la moindre émotion pour son patient, c'est une question de survie pour l'opéré.

L'auteur doit donc plonger à l'intérieur, au plus profond de l'humain. Comme une caméra qui irait fouiller les tréfonds de l'âme.

Mais dans ce travail, l'auteur n'est plus l'acteur, il est le réalisateur qui saisit ce que l'acteur éprouve.

Mais s'il n'est plus acteur, l'auteur devient émotionnellement inerte. Comme un chirurgien.

C'est donc un dédoublement existentiel qui s'impose. 

 

J'ai mis dix ans à comprendre qu'on ne décrit pas une scène. On la vit.

J'ai encore mis dix ans à réaliser que je devais tenir la caméra sans influencer cette vie, sans la pervertir par des interprétations conditionnées, sans me glorifier d'être un chirurgien alors que justement je devais me libérer de ce rôle.

Il me faudra bien encore dix ans pour parvenir à restituer clairement la musique qui résonne maintenant en moi.

 

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