"En-saignants" du Primaire.

13.11.2012
5 réactions

Enseignants du primaire : qui sont les Dindons de l'éducation ? Interview

Se sen­tant exclus des débats sur la refon­da­tion de l'école, des ensei­gnants du pri­maire se sont regrou­pés dans un col­lec­tif bap­tisé les Dindons de l'éducation. Ils espèrent ainsi se faire mieux entendre du gou­ver­ne­ment. Vousnousils les a interrogés.
http://www.vousnousils.fr/2012/11/13/enseignants-du-primaire-lexpression-dindons-de-la-farce-nous-colle-a-la-peau-537230

Dindons de l'éducationQui est à l'origine de la créa­tion du col­lec­tif des Dindons de l'éducation et dans quel but ce col­lec­tif a-t-il été constitué ?

A l'origine, nous sommes quelques ensei­gnants du pri­maire, un peu par­tout en France, dis­cu­tant par le biais de forums. Chacun dans notre coin, nous nous deman­dions à quelle sauce nous allions être man­gés, en voyant les ministres et les réformes se suc­cé­der. Le gou­ver­ne­ment Hollande a annoncé une véri­table refon­da­tion, et nous avons voulu mon­trer que nous étions atten­tifs à ces chan­ge­ments, sou­hai­tant que M. Peillon ne passe pas à côté de cette refon­da­tion. Le but de notre col­lec­tif est avant tout de don­ner la parole aux ensei­gnants du pri­maire qui se sentent les grands oubliés de cette réforme. Et de trou­ver des espaces de dis­cus­sions à ce sujet, éven­tuel­le­ment avec les autres acteurs concernés.

C'est pour­quoi nous avons créé ce ras­sem­ble­ment d'enseignants par le biais d'une page Facebook et d'un blog qu'une dizaine de rédac­teurs ali­mentent de réflexion sur les chan­ge­ments, sur les dys­fonc­tion­ne­ments de notre métier et sur les manques. Aujourd'hui, la page Facebook réunit 2 300 fans. La péti­tion que nous avons lan­cée en début de semaine compte quant à elle plus de 4 500 signatures.

Nous tenons à pré­ci­ser que nous sommes non syn­di­qués, non poli­ti­sés. Nous ne sou­hai­tons ni prendre la place des syn­di­cats, qui dis­cutent pour nous des mesures à prendre avec le gou­ver­ne­ment, ni leur faire de l'ombre.

Pourquoi avoir choisi ce nom de Dindons ?

"Etre le din­don de la farce", une expres­sion fran­çaise qui nous colle à la peau tel un maillot de corps du début du siècle der­nier, nous, ensei­gnants du pri­maire, mis soi­gneu­se­ment à l'écart de ces soi-disant concer­ta­tions, de ces pseudo-débats média­tiques, et qui, une fois n'est pas cou­tume, allons encore lais­ser des réfor­mettes rui­ner l'école de nos élèves...

Alors, non ! Cette fois-ci, le din­don ouvre son bec, redresse fiè­re­ment sa queue, secoue effron­té­ment sa caron­cule et sort de sa basse-cour pour glou­glou­ter haut et fort qu'il ne lais­sera pas l'école de ses enfants par­tir en miettes !

Quelle est votre posi­tion sur le retour de la semaine de 4,5 jours dès 2013, défendu par Peillon ?

Pour nous la ques­tion n'est pas aussi simple! Un chan­ge­ment de rythmes sco­laires, quel qu'il soit, nous semble pré­ci­pité pour la ren­trée 2013.

L'Association des maires de France l'a elle-même annoncé : ils ne seront pas en mesure d'organiser cor­rec­te­ment ce chan­ge­ment de rythme à la ren­trée pro­chaine. Il y a une réflexion en pro­fon­deur à mener en ce qui concerne les rythmes sco­laires qui sont cen­sés abou­tir à une amé­lio­ra­tion du niveau des élèves, et ce avec tous les acteurs concer­nés (élèves, ensei­gnants, col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales, asso­cia­tions spor­tives et cultu­relles, parents...). Or il nous semble que les pre­mières mesures annon­cées ne répondent pas à cet objec­tif et risquent d'être des mesu­rettes adop­tées à la va-vite sans réelle mesure des consé­quences pour cha­cun des acteurs.

Le ministre a affirmé que les ensei­gnants, dans l'intérêt géné­ral, « accep­te­ront, sans doute, de tra­vailler une demi-journée sup­plé­men­taire sans être payés davan­tage ». Etes-vous d'accord avec ses propos ?

Quel employé accep­te­rait de tra­vailler plus pour gagner moins (car il faut quand même poin­ter qu'un jour de tra­vail de plus non payé aura un coût en charge pour nous, et les col­lec­ti­vi­tés territoriales) ?

Le fait d'être fonc­tion­naire implique-t-il d'être cor­véable à merci? A chaque réforme, notre métier se modi­fie, et nous l'acceptons sans bron­cher, nous nous met­tons à niveau sur notre temps libre, nous com­blons les manque du sys­tème par notre bonne volonté...

La phrase de M. Peillon sug­gère que, pour les beaux yeux de nos élèves et sur­tout leur bien-être, nous ne pour­rons qu'accepter ce tra­vail en plus (et ces frais en plus!) au nom du ser­vice public dû aux petits Français. Si nous refu­sons, c'est nous qui ne sommes pas com­pré­hen­sifs des dif­fi­cul­tés écono­miques du pays, et qui ne vou­lons pas faire d'efforts pour l'ensemble de la popu­la­tion. Nous ne vou­lons pas nous lais­ser faire à ce niveau. Soit la demi-journée mise en place s'équilibre avec un vrai allè­ge­ment des 4 autres jour­nées pour les élèves, mais égale­ment pour nous, soit une contre­par­tie sala­riale doit avoir lieu.

Quels sont les autres thèmes de reven­di­ca­tion des Dindons ?

Nous pen­sons que les prio­ri­tés de la refon­da­tion ne sont pas abor­dées dans le bon ordre.

Nous deman­dons l'abandon immé­diat de la remise en ques­tion des rythmes sco­laires, abso­lu­ment pas prio­ri­taire à nos yeux, tant que d'autres points fon­da­men­taux n'ont pas été revus.

Les prio­ri­tés de cette refon­da­tion doivent être l'allègement des pro­grammes sco­laires du pri­maire, la baisse des effec­tifs par classe, la remise en place des RASED (qui ont été détruits ces der­nières années) et la prise en charge des élèves por­teurs de handicap.

Nous deman­dons aussi la reva­lo­ri­sa­tion du sta­tut de Professeur des écoles, des jour­nées de décharge pour tous les direc­teurs et la péren­ni­sa­tion des postes d'aide à la direc­tion (EVS).
Mais nous ne vou­lons pas for­cé­ment à tout prix faire des éclats de notre action. Nous sommes en train de réflé­chir actuel­le­ment à des ini­tia­tives, ori­gi­nales si pos­sibles, qui nous feraient connaitre davantage.

Propos recueillis par Elsa Doladille

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Vos réactions :

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marie
le 13 novembre 2012

Je ne com­prends pas votre reven­di­ca­tion concer­nant la rému­né­ra­tion des ensei­gnants si l'obligation des heures de cours repasse à 26 ou 27 heures : je suis ensei­gnante dans le pre­mier degré depuis 1981 et donc j'ai ensei­gné 27 heures ( le samedi matin à l'époque...) pen­dant de nom­breuses années. Je ne crois pas que ce genre de consi­dé­ra­tion soit à mettre en lien avec le sens de notre métier : faire réus­sir nos élèves au mieux. Et puis, bien sûr beau­coup de choses sont à revoir (pro­gramme, rased...) mais les rythmes sco­laires aussi et enfin un ministre s'y met... Il était temps non ? Je ne crois pas que nous puis­sions refu­ser de les modi­fier pour mieux les adap­ter au rythme des enfants d'abord...
Comment avons-nous pu ne pas refu­ser et nous mobi­li­ser pour que les enfants les plus en dif­fi­culté aient des jour­nées plus longues avec le sou­tien sco­laire ( sou­vent inutile...) ; eux qui déjà n'aiment pas l'école, sans par­ler du fait qu'ils avaient encore les devoirs à faire en ren­trant le soir... Alors, mobilisons-nous, oui mais en pen­sant d'abord aux enfants.

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Fanny
le 14 novembre 2012

Marie,
Comment peut-on encore com­pa­rer notre métier actuel à celui de 1981 ?? Les choses ont changé. A l'époque, les pro­grammes n'étaient pas ce qu'ils sont aujourd'hui, les élèves non plus d'ailleurs. Et un ins­tit en 1981 gagnait bien sa vie, ce qui n'est plus du tout le cas aujourd'hui...

Bravo Elsa pour toutes ces réponses. Je m'y retrouve complètement !

Fanny

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Boulu
le 14 novembre 2012

Si nous res­tons à 26 heures d'enseignement heb­do­ma­daire com­pre­nant les 2 heures d'aide indi­vi­dua­li­sée aux élèves en dif­fi­culté, ne comp­tez pas sur moi pour mani­fes­ter contre la semaine de 4 jours et demi. L’intérêt des élèves d'abord.

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Bravo les dindons
le 14 novembre 2012

Je suis d'accord: il faut revoir le nombre d'enfants par classe et les pro­grammes. Les rythmes pour­ront être revus cor­rec­te­ment quand le gou­ver­ne­ment pourra y accor­der les moyens finan­ciers néces­saires car en fai­sant les choses à moi­tié on voit ce que ça donne (cf le pas­sage à 4 jours en 2008 qui a été fait sans concer­ta­tion et qu'on remet déjà en cause!)

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Coco
le 14 novembre 2012

Oui les din­dons c'est bien nous !!
Dans mon école on assure l'aide per­son­na­li­sée déjà le mer­credi matin... pour le bien être des enfants !! C'est mieux de tra­vailler le matin, reposé !
Mais halte ! Arrêtez Mr le ministre de nous prendre pour des din­dons, de dire sur les ondes que l'on ne fai­sait pas ce tra­vail pour l'argent !!! Les prix sont les mêmes pour tous ! Notre pou­voir d'achat ne cesse de bais­ser, on est les O.S de l'Europe !
Faire les devoirs à 25 ? Est-ce bien sérieux ?
Encore de grandes messes pour accou­cher de pauvres sou­ris ! 32 ans d'ancienneté et tou­jours les mêmes pos­tu­lats...
Vivement la retraite !

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