Et maintenant, je fais quoi ?...

J'ai reçu aujourd'hui ce mail de la part d'Estelle, une lectrice de deux sites littéraires, "La cause littéraire" et "Reflets du temps".

Un commentaire pour mon roman "Ataraxie".

Jean est guide de haute montagne. Il va à Paris au salon du livre pour y représenter un livre de photographies. Blandine, sa femme l'accompagne.

Station Saint-Michel du RER. L'attentat.

Sa femme meurt à ses côtés et il se réveille à l'hôpital. Il a été amputé d'une jambe.

Une lente reconstruction au coeur des montagnes. Une introspection plus redoutable que tous les sommets qu'il a atteints.


"Cette fois je suis comblée.

« Jean », dont j’aurais pu assurément tomber amoureuse, ne meurt pas à la fin. Au contraire, il renaît. Il revit. Une autre vie.

J’ai encore beaucoup aimé ce texte. J’admire cette puissance chez vous à « tenir très fort dans vos mains » une drôle d’histoire, pas drôle, à la tendre à votre narrateur, afin qu’il nous la restitue et nous la raconte à souffle tendu, en apnée, au-delà de toute notion de temps, au-delà de l’imaginable. Et quelle histoire ! L’attentat de St Michel ! Fichtre ! Quelle audace !

 Et donc, que dire encore que je ne vous aie déjà dit de vos autres textes ? Au risque de me répéter, au risque de vous lasser, et de descendre du « piédestal » d’où je vous écris, puisque, dites-vous avec générosité, vous êtes « fan » de ce que je vous écris… (c’est possible ça… ?), je ne vois pas quoi ajouter à tout ce que j’ai déjà dit, écrit, exprimé pour dire la force de vos textes, la force de votre écriture, la force de vos histoires. La force incroyable de votre vie qui transpire dans vos livres. Cette force qui nous secoue. Malmène. Effraie. Ravit. Nous explose parfois. Nous remue et nous fait fondre d’émotion, de tendresse, d’amour, de peur, ne nous laisse jamais indemne. Votre écriture, c’est un ravissement. La passionnée que je suis est comblée par la passion de votre écriture. Par la passion avec laquelle vous menez votre vie, tous les instants de votre vie, aujourd’hui, hier, demain, malgré les douleurs passées, malgré les blessures, malgré tout. Vraiment vous me ravissez. Dans tous les sens du mot. Je ne vois pas d’autre mot.

 Le troisième livre, donc, que je lis de vous. Il n’en fallait pas plus pour que dès les premières lignes, les premières pages, j’entende déjà votre « musique », la musique de vos mots, de votre style, la musique même des battements de votre cœur qui scandent votre écriture. Il n’en fallait pas plus pour que dès le début du texte, je reconnaisse « de loin » votre style et la mélodie qui s’en dégage. A présent, je sais comment vous « composez » vos livres, j’en connais les notes, et la partition. Le refrain de vos mots est entré dans ma tête, je peux le fredonner comme une chanson qu’on aime, qu’on a tout le temps envie d’écouter. Vous avez une « patte d’écrivain », à vous. Pour moi, c’est ça un vrai écrivain.

 Pourtant, je ne suis pas particulièrement réceptive à tout ce qui touche à l’irrationnel, à la vie après la mort, et à tous ces témoignages que beaucoup de gens rapportent après avoir frôlé la mort, après une sorte de coma où ils se sont vus dans une sorte de tunnel, éblouis par une étrange lumière. Où ils ont ressenti comme une paix intérieure en revenant à la vie.

Mais « qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse... »

 J’ai lu tout à l’heure sur votre blog votre petit texte « Je ne peux pas faire autrement ». Et vous savez à quoi ce passage-là:

(Ce qui m'importe d'ailleurs, c'est que le lecteur rencontre lui aussi sa propre disparition. Que l'histoire, nourrie par "cette écriture exigeante" devienne un effaceur de l'individu, qu'il disparaisse lui-même dans les atermoiements, les élévations, les tourments, les révélations, les drames, les rencontres, les fusions, l'inexplicable, l'invisible, l'irrationnel, que la vie du lecteur soit aspirée par cette exigence, que les mots, les idées, les pensées, les émotions l'envahissent jusqu'à ce qu'il n'ait plus conscience de lire, jusqu'à ce que la vie du livre coule en lui, jusqu'à ce que les mots résonnent en lui indéfiniment, qu'il ne puisse plus s'en défaire, qu'ils deviennent des compagnons, que le livre lui-même n'existe plus et qu'il ne reste que ce fil de vie qui relie l'existence des personnages et celui qui les accompagne et plus beau encore, qu'ils ne fassent plus qu'un) m’a fait penser ?

Le mot est un peu fort et audacieux, je le concède, mais ça m’a sauté aux yeux : quand vous écrivez, vous « faites l’amour » à votre lecteur(trice).

 Cet après-midi, profitant du soleil sur mon balcon, je m’y suis installée avec un petit bouquin acheté récemment, qui vient de sortir : « Madame Céline ». Un petit recueil de témoignages d’écrivains ou d’artistes ayant côtoyé Lucette Destouches, qui aura 100 ans le 20 juillet prochain, qui est la veuve de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline.

 

Et un témoignage m’a particulièrement touchée, et m’a fait penser à vous. C’est Christophe Malavoy, acteur de théâtre et de cinéma, qui a écrit un livre sur Céline, et qui écrit ces lignes, dont je vous offre en cadeau quelques petits passages :

 

« La première chose qui frappe quand on rencontre madame Destouches, et que l’on sait toutes les duretés et misères que cette femme a subies aux côtés de son mari durant la guerre et après la guerre, c’est son étonnante douceur, sa bienveillance qu’elle vous offre avec un sourire dont elle a le secret. Aucune amertume, aucune souffrance, pas une ombre de rancune dans ce visage apaisé. « Un frisson d’eau sur de la mousse » dirait Rimbaud.

 

« Lucette Destouches a une personnalité qui intrigue et l’on ressent assez vite la force de caractère que la longue et patiente pratique de la danse a forgée. C’est une humilité qui s’impose au premier regard et l’on comprend à ses côtés qu’il n’y a rien à faire que d’être soi et non pas un autre. En toute chose, cherchez l’humilité. C’est cela que madame Destouches vous invite à faire, partager quelque chose d’intime, d’humble, une relation vraie, dénuée d’arrière-pensées.

 

« Cette première rencontre fut donc très émouvante, et malgré la pudeur qui était la nôtre, nous avons avancé pas à pas, laissant nos âmes se rapprocher et se raconter ces choses que les mots ne connaissent pas. Ce fut très simple, sans heurts, et rien ne pouvait nous combler davantage que cette relation où l’on ne cherchait pas à se plaire mais bien plutôt à faire naître une complicité, une estime, et bien au-delà encore, ce qu’on appelle une « âme sœur ». Nous nous sommes quittés avec le goût et l’impatience de nous revoir comme deux jeunes adolescents qui se promettent un ciel qui les protège.

 

« A chacune de mes visites à Meudon, je suis reparti avec cette force que dégage madame Destouches, une force empreinte de fragilité, de douceur et d’humour. Une force empreinte d’une infinie patience. La patience, mère de toutes les persévérances. De sa petite voix qui s’échappe et reste légèrement en suspens telle une danseuse sur les pointes, Lucette Destouches donne le tempo et vous convainc qu’il n’y a pas autre chose à faire que de prendre les choses pour ce qu’elles sont. C’est tout simple, mais nos vies agitées en tous sens nous éloignent si souvent de cette force intime où chaque minute qui passe doit être vécue pour elle-même, et il est bien plus sage de s’en tenir à cela quand nous cherchons tant à vouloir vivre ce qui n’est pas.

Voilà ce que Lucette nous apprend : qu’il n’est rien nécessaire sinon trouver en nous notre humilité, ce discernement qui met en avant l’être plutôt que le paraître. Nul doute que la pratique de la danse, tant admirée par Céline, a donné à Lucette le sens de l’effort ainsi que celui de la mesure. Et je dirais qu’il n’y a pas d’humilité, autrement dit de connaissance des autres autant que de soi-même, sans une part de renoncement. La danse c’est le dépassement de soi par le renoncement du moi. C’est cela la grande force de Lucette Destouches, et c’est cela qui me touche et m’émerveille à chacune de mes visites. Cette capacité à être sans rien vouloir.

N’est-ce pas le tempérament de ceux qui ont souffert et qui n’en disent jamais rien ? »

 

Voilà, j’ai trouvé ces lignes particulièrement belles. Comme un écho à beaucoup de vos qualités humaines.

Et si, dans ces extraits, on remplace « danse » par « escalade en montagne », comment ne pas faire, naturellement, le rapprochement avec vous…

 

Ce soir, je commence Noirceur des cimes. Je retourne dans votre musique de mots."

 

Estelle

 


Estelle m'avait également fait l'immense bonheur d'écrire ce commentaire sur "les Eveillés"

http://la-haut.e-monsite.com/blog/commentaires-sur-les-eveilles.html


J'ai eu aussi le bonheur d'être invité dans une radio (Radio France,Pays de Savoie),

http://la-haut.e-monsite.com/blog/interview-radio.html

d'avoir une autre ITW sur le site "mes premières lectures".

http://la-haut.e-monsite.com/blog/coup-de-coeur.html

et encore une autre sur Frenchwriters

http://la-haut.e-monsite.com/blog/quelques-traces-encore.html


J'ai eu des commentaires dans des revues, sur des sites internet, des commentaires élogieux de lecteurs et de lectrices.

J'ai créé ce blog en novembre 2009 et il est est de plus en plus parcouru. Pourquoi ces gens viennent-ils lire ce que j'écris ? Ils doivent bien y trouver quelque chose...


Bien, mais alors POURQUOI les éditeurs refusent-ils mes textes ?

Une question qui tourne en boucle.

D'où vient cette distance immense entre ce que les gens me renvoient et ce que les éditeurs pensent de mes écrits?  Certains m'ont répondu que mon écriture était de qualité mais que le potentiel de vente était insuffisant, que les romans à visées philosophiques représentaient une niche peu rentable. Sans vouloir me comparer à Paulo Coehlo, je ne pense pas que la rentabilité de cet auteur puisse être contestée.

Il semblerait d'après d'autres éditeurs que mon plus grand défaut est de ne pas vivre à Paris. "C'est là que le marché se fait".

Je ne serais donc pas assez accessible et "vendable" en vivant dans les Alpes. Mais je veux bien monter à Paris autant que c'est nécessaire, aucun problème, même si ça représenterait pour moi une expédition plus périlleuse que la traversée des Alpes.

 


La question est donc très simple : Qu'est-ce que je fais maintenant ?

J'ai envoyé des dizaines de manuscrits à des éditeurs parisiens ou régionaux. J'ai écrit huit romans, deux sont publiés. Un neuvième est en cours. Je n'arrêterai pas d'écrire. Mais est-ce que je dois continuer à lutter contre cette inertie mercantile ? Ou est-ce que les éditeurs ont raison ? Inutile que je m'obstine...

Oui, mais il y a les messages d'Estelle et de tous les autres. Ils existent ces lecteurs. Certains attendent la sortie de mes romans et me demandent où j'en suis. Et bien, j'en suis toujours au même point.

J'alterne donc entre les phases de bonheur et les phases de désarroi et un sentiment d'impuissance qui devient pesant.

blog

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau