Fermer la classe.

Oui, les enfants de ma classe me manquent...

Oui, il y a des regards, des éclats dans les yeux, des sourires, des paroles qui resteront inscrits en moi, comme des arcs en ciel...

Je n'espère rien au regard de ce que j'ai vécu avec eux. Je ne sais pas s'ils ont gardé quelque chose de profond, de durable, ces moments de vie que, moi, enfant, je n'ai jamais oubliés.

J'étais dans la classe de CM2 de M Quéré. Je l'aimais comme un père. Son visage est toujours en moi, sa démarche, la douceur de sa voix.

J'avais dix ans quand j'ai décidé que je ferais comme lui, que je serai instituteur. Une promesse d'enfant. 

J'ai revécu cette époque lointaine pendant la formation en sophrologie...Un travail sur les ancrages du passé...Très puissant, émouvant, physiquement même...
L'enfant du passé qui avait fait la promesse intérieure de devenir un Maître aussi aimant et bienveillant que son Maître de CM2, il s'agissait de la promesse d'un enfant. La promesse d'être un enseignant heureux de vivre avec les enfants et de propager ce bonheur dans ma classe.
Cet enfant me dit aujourd'hui que cette "mission" est accomplie et que les conditions de travail ne me permettent plus de maintenir cette promesse en l'état. Si je m'obstinais, cette promesse deviendrait une condamnation...
Je suis allé voir  M Quéré quand j'ai eu mon diplôme d'instituteur. Il m'a pris dans ses bras et il m'a dit : "Surtout, Thierry, ne fais jamais de mal à un enfant. Tu peux le gronder par rapport à ce qu'il a fait mais ne lui fais jamais penser que c'est lui que tu condamnes. "
J'ai fait ma part et je sais que mon Maître serait heureux de mon parcours. Fier d'avoir nourri mon désir constant d'accompagner les enfants. Mais c'était bien une promesse et pas une condamnation. Aujourd'hui, je suis libre de reprendre ma route. 
J'ai fermé la classe en moi.
Il ne s'agit pas "d'oublier" mais bien de prendre conscience que cette promesse, je l'ai gardée en moi et appliquée pendant 32 ans et qu'il ne sert plus à rien que je cherche à la poursuivre encore. J'ai fait ma part autant que possible. Je ne suis plus tourné vers ce que je peux faire, en culpabilisant d'avoir failli à ma promesse. Je tourne juste mon regard vers ce chemin parcouru et je suis en paix. La vie présente me propose une autre voie et je fais la promesse de me donner corps et âme à sa validation. Je ne suis pas désespéré et je n'ai aucun espoir. J'ai juste une intention et la détermination de mes années d'instituteur vient nourrir les années à venir
Ce qui tourne en boucle en moi. Un sentiment de joie et de force, le bonheur de la vie présente dans le creuset d'un passé qui ne porte plus de défis...

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