François Béranger

François Béranger

PARIS-LUMIÈRE

Texte écrit en 1978................ Et on continue, on continue, les murs sont de plus en plus épais, l'armée des citoyens grossit irrémédiablement...............Les rebelles se battront un jour pour sauver les quelques lopins de terre qui n'auront pas été dévastés.........;

 

Autrefois y avait des gens

Qui ont dit faisons des villes

Pour enterrer nos frayeurs

Ce sera plus simple à plusieurs

Ce sera plus simple à beaucoup

Derrière nos murs de pierre

L'oeil collé aux meurtrières

De chasser les hordes de loups

De chasser tout ce qu'est pas nous

Etrangers pestiférés

Truands saltimbanques filous

Juifs errants et faux prophètes

Jour et nuit de la lumière

Temples d'or chatoyants

Rumeurs douces de la vie

Tous les samedis la fête

L'âge d'or des villes vint

Villes phares éblouissants

Vers qui vont tous les désirs

Et les rêves de continents

Et puis les villes ont grandi

Sont devenues boulimiques

Monstrueuses et hystériques

Bouffant tout ne rendant rien

Gigantesques tentaculaires

Boursouflées et hydropiques

Pestilentielles et criardes

Villes mutilées dans leur corps

Qui exhalent des senteurs

De mille tortures chimiques

Cadavre très avancé

Nous nous sommes les produits

D'une de ces saloperies

Ça s'appelle Paris Lumière

Ça agonise comme Venise

"Sous les ponts de Paris

Coule la Seine"... et la merde

Nous nous sommes les produits

D'une de ces saloperies

Où l'un est l'ennemi de l'autre

Retranché aveugle et muet

Chacun fait sa propre geôle

Dans un désert surpeuplé

Des millions de morts s'agitent

Dans un flot d'indifférence

Tu me croises je te croise

Et vite nos regards s'évitent

On se frôle par accident

C'est la décharge électrique

Les nourritures éclectiques

Ensachées dans du plastique

Vont faire de nous des mutants

Grosses têtes et corps éthiques

Et bientôt le Centième Plan

Bétonnera notre cerveau

Plus jamais d'insurrection

Grâce au conditionnement

Alors nous naïvement

Pour nous sauver du néant

Par nos guitares fluettes

Nos ridicules voix aphones

On balance nos curieux chants

Chants dérisoires inutiles

Essayant juste un moment

D'être avec vous vous avec nous

Puis après comme si souvent

Dans la salle morte et déserte

La solitude va rentrer

Nous aider à tout ranger

Dans la nuit les bagnoles vont

Vers l'hôtel aseptisé

Dont les murs pissent une musique

De pauvres musiciens châtrés

Et dans le lit seul et froid

Mains en coquille sur le sexe

Comme un foetus dans un ventre

Rêves enluminés d'enfant.

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