Deux fois par semaine, pendant que Nathalie s'occupe du potager, c'est à dire toutes les plantes, le paillage et l'arrosage, je prends mes arrosoirs et je fais le tour du terrain pour les arbres qu'on a plantés depuis un an et demi. Aujourd'hui, pour voir ce que ça donne, j'ai mis en marche l'application STRAVA qu'on utilise quand on marche en montagne ou quand on fait du vélo. On a le kilométrage, la durée, le dénivelée.
Aujourd'hui, avec mes deux arrosoirs pour chaque trajet, j'ai fait 7 km 600. Désherbage, paillage, arrosage, "transpirage." On ne fait pas beaucoup de marche en montagne à cette période de l'année. On marche pour le potager et les arbres. On a discuté avec un maraîcher bio du secteur. C'est dur, très dur...Il n'est pas certain de pouvoir continuer. Le travail est énorme, la rentabilité très faible, les aléas très, très nombreux. Un orage de grêle peut anéantir le travail de plusieurs mois en quelques minutes. Il en a fait l'expérience. Nous aussi pour notre petit potager nourricier.
Si on n'avait pas une source sur le terrain, tout serait déjà en train de mourir. Certains arbres, d'ailleurs, malgré les arrosages et l'ombrage que j'ai installé avec des voiles sont en train de dépérir, les résineux principalement.
Il fait trop chaud, le vent du sud brûle les feuillages en surface et le manque hydrique finit le travail. Et on est à 500 mètres d'altitude, dans "l'Ardèche verte", celle du nord du département.
Il faudrait un arrosage journalier. Et je ne suis même pas sûr que ça suffirait. On est en juin et c'est la deuxième canicule après celle du mois de mai. L'été risque de finir en hécatombe. Et c'est une réelle souffrance pour Nathalie et moi.
Mais qu'en sera-t-il dans deux, trois, cinq, dix ans ? On est engagé dans une course contre la montre. Il faut qu'on arrive à faire pousser des feuillus, beaucoup de feuillus pour que l'ombre des feuillages protège le potager, que les feuilles mortes nourrissent le terrain. Les robiniers faux-acacias se montrent les plus résistants et les plus vigoureux avec les érables et les frênes. Les hêtres sont tous morts, quelques châtaigners tiennent, d'autres pas. Les chênes poussent mais très lentement, c'est connu, on le savait. Les noisetiers et les charmes ont démarré mais c'est encore incertain.
Une fois que des feuillus seront suffisamment grands, on pourra tenter de nouveau de planter des résineux. Il suffit de regarder les forêts naturelles. Les buissons, les ronces, les fougères et les arbustes protègent les jeunes arbres. Les résineux poussent à l'ombre. L'idéal, pour eux, est de démarrer leur existence sous une forêt de feuillus. On a été imprudents ou présomptueux. J'ai vu mourir certains sapins en quelques jours. .
Les terrains en pelouse ne sont pas favorables à la plantation des arbres. Ils sont trop vulnérables et le terrain qu'on a acheté était quasiment occupé par de la pelouse. Il a fallu tout reprendre à zéro et un an et demi après notre arrivée, le deuxième été qui s'annonce risque d'être très rude...Et le prochain ?
Tous les jours, je pense aux gens qui travaillent dehors, deux de nos enfants par exemple. Nous, on démarre à 8 h et on arrête à 13. On reprend parfois en fin de journée. Mais ça n'est pas un travail de force et on n'a pas d'autre pression que celle qu'on se met.
Comment les animaux tiennent-ils le coup ? Je ne sais pas. Quel est l'impact sur leur survie ?
Cette souffrance de la nature, elle me noue le ventre.
Il y a un scientifique que j'écoute grandement : Christophe CASSOU.
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