Gueules cassées, coeurs vaillants

MONTAGNE Gueules cassées, cœurs vaillants

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Pour super Jamie, amputé des mains et des jambes, les sentiers ont remplacé les grandes parois. Ici en juin 2010 au Ben Nevis. DR

Pour super Jamie, amputé des mains et des jambes, les sentiers ont remplacé les grandes parois. Ici en juin 2010 au Ben Nevis. DR

De la rancune, le Grenoblois Nathanaël Schaeffer n’en a pas une once à l’égard de l’injuste destin. « La montagne n’est qu’un tas de cailloux. Je suis seul responsable ». Pourtant, ce 15 mai 2005, dans la montée du couloir du Diable (Écrins), les versants étaient secs et le risque d’avalanche infinitésimal.

Il a suffi d’une mince plaque de neige pour déstabiliser l’amateur de pente raide, le propulsant au-dessus d’une barre de sérac. Le voilà paraplégique. « Au début je me suis raccroché à l’espoir de remarcher. Ma foi m’a aidé dans une quête tout autre que matérielle. »

À l’origine de son retour en pentes, il y a le lien des copains qu’il ne veut pas lâcher. Et pour l’orchestrer, toute une communauté a impulsé un vaste élan. L’association Nat’n’co lui a permis d’acheter son équipement de ski assis et l’adapter au hors-piste et à la rando. À la montée, à la manière d’un attelage de chiens de traîneaux, ses potes le tractent. L’amitié, sacrée moteur. « À ma sortie de rééducation le handi-vélo m’allait bien. Ils m’ont convaincu d’aller plus loin. » Avec eux, il a dévalé le Grand Paradis et quelque 4 000 du Valais. Certes, il ne skiera plus les Courtes et les grands couloirs de Vanoise. Mais est-ce bien l’essentiel ?

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« Tu verras, je reviendrai »

Ce 31 janvier 1999, à 4000 m d’altitude, sur la banquette minuscule et gelée de la brèche des Droites, il y a deux Jamie, deux amis. L’un, Jamie Fischer, est mort. Le cœur de l’autre, Jamie Andrew n’en a plus pour longtemps à battre. « Mes doigts sont gelés comme des bouts de viande. Un des sacs de bivouac disparaît dans les ténèbres. J’attends la fin. Mais la mort ne vient pas », écrira-t-il plus tard.

Après 5 nuits par -50, se dénoue un sauvetage épique à l’épilogue saumâtre. In extremis, Jamie Andrew sera arraché aux griffes de l’altitude. Les larmes coulent sur les joues de son ange gardien et pendant ce temps, à l’hôpital de Chamonix, s’enclenche le compte à rebours pour sauver l’alpiniste écossais. « Il a failli mourir », se souvient le docteur Emmanuel Cauchy. Placé en coma artificiel, ses gelures se surinfectent. On lui coupe les pieds, puis les mains. « Il avait gardé une température centrale à 33 degrés. Ce qui l’a sauvé ».

Cauchy qui se souvient de ses mots après 13 jours d’hôpital : « Tu verras, je reviendrai ». Trois mois après, Jamie s’habille seul et conduit. Muni de prothèses comparables à celles de Pistorius, il court le 100m en 16”. Trois ans après, sous la houlette de ceux-là mêmes qui l’ont sauvé, il grimpe l’arête des Cosmiques. Puis, vint le mont Blanc. Mais le vent s’est levé. Jamie a dit : « Non, pas deux fois ». Sous le sommet, l’homme de fer et de chair au courage d’airain a fait demi-tour.

En 2004, il gravit le Kilimandjaro (5 895m) et aujourd’hui arpente les sentiers du monde en trekkeur. Avec son association, Jamie répand la bonne parole. Aux cabossés de l’Alpe ou d’ailleurs, ce père de trois enfants le dit : « La vie est le bien le plus précieux qui nous ait été donné, plus que ces pieds et ces mains sans lesquels j’ai réappris à vivre. »

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