Identité existentielle.

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Quand on me demande ce que je fais, si je réponds que je suis instituteur, je m’identifie à une tâche, un métier, un rôle.

Et bien, c’est ce que nous faisons très souvent, dans de nombreuses situations et pas seulement professionnelles.

Je suis montagnard, je suis écrivain, je suis cycliste, je suis marié, je suis père, je suis Français.

 

Et bien, non, je ne suis rien de tout ça.

 

Ces informations correspondent à des situations précises, temporelles, évènementielles, mais elles ne font pas de moi autre chose que ce que je suis. Elles ne sont que des situations qui peuvent très bien se révéler provisoires ou évolutives.

 

Il est par conséquent préférable, à mon avis, d’associer ces situations à des actes.

Je ne suis pas instituteur, j’exerce le métier d’instituteur.

Je ne suis pas montagnard, je parcours les montagnes.

Je ne suis pas marié, j’aime la femme qui partage ma vie.

Je ne suis pas père, j’élève mes enfants.

Je ne suis pas Français, je vis en France.

 

On pourrait me dire que ça n’a pas d’importance et que c’est juste de la sémantique ou de la dialectique mais je pense que ça va bien plus loin que ça.

Si une de ces situations venait à disparaître et que pendant des années, je me suis identifié à elle et qu'en plus "j'existe" au yeux des autres sous cette identification, qui serais-je puisque le « je » est effacé ?

Si je perds mon travail, si ma femme me quitte ou décède, si mes enfants s’éloignent (ce qui arrivera nécessairement), si la vieillesse finit par m’interdire les sommets (ce qui arrivera nécessairement)… Qui serais-je ?

 

C’est avant cela qu’il est nécessaire de se poser la question.

Combien de dépressions lorsque les identifications tombent ? Combien de drames ?

L’extrême difficulté vient de ce conditionnement éducatif qui s’installe dès les premières années de vie.

Je suis élève, je suis footballeur, je suis supporter, je suis guitariste, je suis une princesse, je suis spectateur, je suis fan, je suis consommateur, je suis gamer, ipodeur, je suis majeur, je suis chômeur, je suis citoyen, je suis indigné, je suis déprimé, je suis révolté.  

 

Rien, il n’y a rien de vrai là-dedans.

Ce ne sont que des situations et tout est fait, dans notre environnement, pour que nous adhérions à ces paravents. En 2017, on entendra de toutes parts que nous devrons être électeurs.

Et ensuite, nous serons les déçus des suites électorales.

Je m’égare…

 

On pourrait penser que ces identifications ont un intérêt lorsqu’elles se révèlent positives.

Je suis reçu à mon examen.

Je suis le premier de la course.

Je suis le second du patron.

Je suis le plus beau.

La dernière affirmation fait habituellement sourire mais les autres sont toutes aussi absurdes.

« Je », dans ces situations n’est rien de ce qui lui est attribué.

Et si l’individu prend le risque de s’égarer dans ce genre de mensonges existentiels, il ne devra pas se plaindre si les évènements ne tournent pas en sa faveur. Il aura été le seul bâtisseur de sa souffrance.

 

Les évènements et les conditions de ma vie ne font pas ce que « je » suis. Elles sont des peaux que j’enfile comme des habits mais je me dois d’apprendre à les retirer avant de me persuader qu’elles sont la réalité.

 

Quelle est cette réalité ?

Et bien, déshabillez-vous...Intérieurement...

 

Pour quelle raison, ce marchandage constant entre l’individu et les instances qui proposent des rôles à tenir se perpétue-t-il depuis si longtemps ? Pour quelle raison, l’individu accepte-t-il de perdre son intégrité existentielle en échange de risques majeurs ?

Tout simplement parce qu’il envisage uniquement le meilleur. Et qu’il balaie négligemment tout accident de parcours. Une certaine immaturité qui dure, parfois, une vie entière.

Retour de flamme obligatoire.  

L’embrigadement est extrêmement bien mené aussi, il faut le reconnaître. L’école y joue un rôle prépondérant et terriblement assassin. Un des premiers piliers de la société des rôles.

Les parents renforcent encore le gavage : « Tu seras banquier mon fils. » Ça fait rêver. (Enfin, beaucoup moins depuis quelques temps…)

 

Nous passons un temps infini à nous identifier à ces rôles, un Hollywood permanent. À se demander d’ailleurs pourquoi autant de gens vont au cinéma quand on prend conscience du nombre de rôles qu’ils tiennent.  

Mais alors pourquoi ?

Quel est le nerf de cette guerre existentielle ? Qui entretient cet atelier de poterie pour les âmes, cet effroyable moulage unique, reproduit à des milliards d’exemplaires ? Quel est le moteur ou le carburant ?

L’argent, bien entendu. Et ceux qui le possèdent. 

L’attribution des rôles est associée à toute une économie qui lui correspond. Tout le système repose sur les rôles.

Si vous enlevez les identifications, si les individus prennent conscience qu’ils ne sont pas leurs actes et que ces actes ne correspondent à aucune réalité profonde mais ne sont que des évènements, des phénomènes, alors ces individus apprennent à limiter leurs besoins, ces individus n’éprouvent plus aucune euphorie à participer aux phénomènes de ceux qui jouent les mêmes rôles que ceux qu’ils tenaient, ils se détachent, s’éloignent, se libèrent, se simplifient extérieurement pour œuvrer enfin à une exploration intérieure qui ne rapporte rien à personne, qui n’est pas mercantile, qui ne peut pas être dupliquée.

Le système économique ne peut pas se le permettre. Les financiers en mourraient. Et les politiciens n’auraient plus de valises de billets à faire porter. Les puissants ne peuvent pas autoriser la puissance existentielle des gens de s’exprimer. Il faut la brider dès que le fœtus est lancé. Les puissants ont des batteries de rôles pour ce petit d’homme qui arrive. Tout est prêt. S’en prendre à la mère est le meilleur moyen d’atteindre l’enfant. "Parce qu’elle le vaut bien…"

J'en viens même à me méfier terriblement de tous les mouvements de masse associés à la quête spirituelle. Payer des mille et des cents un séjour dans un Ashram pour écouter religieusement un "Grand Maître", c'est tout simplement à mes yeux, la main mise des financiers sur l'identité existentielle.

Je rêve d’un monde où les Etres humains seraient nus.

Comme avant le premier jour, avant même la conception, quand ils n’étaient que des âmes en instance…

C'est aussi ce que raconte "KUNDALINI"

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