Spinoza et l'éthique diplomatique.

"Le monde extérieur est un reflet de votre monde intérieur.
Vous ne pourrez rien trouver à l’extérieur de vous que vous n’ayez trouvé en vous. Car même ce que vous trouvez extérieurement, si vous ne l’avez pas déjà trouvé intérieurement, vous passerez sans le voir.
Plus vous aurez découvert l’amour, la sagesse, la beauté intérieurement, plus vous les découvrirez autour de vous. C’est une loi.
Vous pensez que si vous ne voyez pas certaines choses, c’est qu’elles n’y sont pas. Si, elles y sont, et si vous ne les voyez pas, c’est parce qu’il faut les développer encore plus en vous.
Le monde extérieur n’est fait que des reflets du monde intérieur, donc ne vous faites pas d’illusion, vous ne trouverez jamais la richesse, la paix, le bonheur extérieurement si vous n’avez pas d’abord fait le travail de les trouver intérieurement."
Omraam

 

Etonnant comme ce texte fait écho à ce que je lis dans les ouvrages de Spinoza ou ceux des quelques philosophes qui analysent ses écrits.

J'ai lu trois fois de suite un remarquable et passionnant article de Baptiste Morizot à ce propos. Un grand bonheur. Le genre de texte qui vient implanter de façon claire tout ce qui tourbillonne à la sortie d'un ouvrage de Spinoza.

Il analyse la notion d'éthique diplomatique de Spinoza et développe l'idée que l'intérieur du soi est constitué d'affects qui s'opposent. La joie et la tristesse en sont les extrêmes. 

Il n'est de possibilité d'améliorer le monde extérieur qu'en visant la vertu en soi, vertu qui consiste non pas à nier ou à brider les affects les plus néfastes mais à développer et à se concentrer sur les affects les plus lumineux.

De la même façon, il est vain de nier ou de vouloir combattre les réalités les plus sombres de l'humanité sans avoir cherché à développer au préalable l'homme lumineux. 

Dans l'écriture de "JUSQU'AU BOUT", c'est ce que j'ai cherché à développer. Combattre le mal par le mal est un mal supplémentaire, nullement l'émergence certaine d'un bien. Il faut ériger l'amour en soi pour s'élever au-dessus du mal et c'est l'abandon de la lutte contre le mal qui y mettra fin. 

Un conte amérindien a mis cela en image :

"En tout homme, il y a deux loups, dit le vieux sachem : un noir et un blanc. Le noir est sûr de son dû, effrayé de tout, donc colérique, plein de ressentiment, égoïste et cupide, parce qu'il n'a plus rien à donner. Le blanc est fort et tranquille, lucide et juste, disponible, donc généreux car il est assez solide pour ne pas se sentir agressé par les événements.

Un enfant qui écoute l'histoire demande :

- Mais lequel suis-je, alors ?

-Celui que tu nourris."

 

Il est clairement néfaste, selon Spinoza, de vouloir lutter, brider, apprivoiser, soumettre le loup noir en soi. Il existe, c'est un fait et la pire des choses est de s'en trouver coupable. La culpabilité envers des passions, des désirs, des excès n'aboutit qu'au renforcement de ces différents affects. Par l'énergie qui leur est accordée et qui n'est pas transmise à l'émergence du loup blanc.

Il n'est donc de salut qu'à travers l'exploitation joyeuse et humble des affects les plus sains, pour soi et les autres. C'est là que se trouve la vertu et elle réclame des efforts. Non pas dans une lutte bipolaire contre des forces sombres qu'on voudrait arracher mais des efforts dans l'application à saisir et nourrir le loup blanc en soi. 

Il existera dès lors un lieu lumineux où il sera toujours possible de venir s'apaiser après des moments troublés. Sans aucune honte, ni regret, ni culpabilité, rien qui ne viendrait empêcher le loup blanc de se dresser.

Le loup blanc ne peut exister qu'à travers les épreuves générées par le loup noir. Il ne serait donc pas juste de renier ce loup noir, de vouloir le taire et même de l'oublier sans avoir compris l'enseignement qu'il propose. 

Et une fois, cet enseignement validé, il conviendra de toujours remercier l'épreuve, de ne pas oublier d'où on vient.

La discipline exigeante de l'éthique diplomatique de Spinoza libère l'humain de la morale du cocher, cette morale qui voudrait que l'homme raisonné de Descartes conduise l'attelage en soumettant l'homme passionné.

Pour Spinoza, il faut bâtir par une raison contenue et non par une raison carcérale, l'expérience d'une vie si intense que les passions alliénantes et morbides perdent leur intérêt.  

"La liberté existe : c'est l'art d'aménager les systèmes d'irrigation en soi qui font émerger des désirs émancipateurs et nourrissent nos fauves les plus nobles. L'éthique ne consiste pas à s'élever fièrement au-dessus de l'animal en soi mais dans une certaine manière d'être l'animal que nous sommes. C'est le statut de la raison elle-même qui se transforme à travers Spinoza. Elle n'est plus un pur esprit qui contrôle les passions, mais une certaine figure du désir lucide, le désir de bien vivre, selon sa nature, de cohabiter avec les désirs-fauves bien vivants qui sont sa véritable essence. Elle devient un art de la diplomatie; un art de vivre en bonne intelligence avec ce qui, en nous et hors de nous, ne veut pas être domestiqué. " Baptiste Morizot


 

 "Avant de songer à réformer le monde, à faire des révolutions, à méditer de nouvelles constitutions, à établir un ordre nouveau, descendez dans votre cœur, faites-y régner l'ordre, l'harmonie, la paix. Ensuite seulement, cherchez autour de vous des âmes qui vous ressemblent et passez à l'action."
Platon

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