JUSQU'AU BOUT : road movie

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La Bretagne, les Cévennes, les Landes, l'Ardèche..

Le lac Charpal en Lozère. Un lieu magique, à mes yeux. Le silence, les forêts, les fleurs, les chants d'oiseaux, des collines couvertes de résineux, des chemins qui s'enfoncent sous les frondaisons, les sentes des animaux, des drailles, des zones humides foisonnantes de vies.

Nous y sommes allés avec nos enfants puis de nouveau en traversant le massif Central à vélo de Clermont-Ferrand à Montpellier. On transportait tout le nécessaire dans nos sacoches : tente, duvets, nourriture... 

Inoubliable.

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Il se réveilla étonnamment souriant. Le ciel était d’un bleu limpide. Le soleil éclatait à l’Est. Il sortit marcher au bord de la rivière. Une branche passa dans le courant, il suivit sa dérive, elle tournait au fil des arabesques de l’eau. Il songea que si sa vie pouvait ressembler à cet abandon indolent et demeurer incapable d’établir le moindre contrôle dans le courant puissant des jours qui s’écoulent, il lui fallait au moins profiter de chaque horizon gagné, rester vigilant et réceptif, goûter pleinement chaque expérience, chaque rencontre, chaque parfum, chaque sensation. La paix viendrait peut-être.

Il reprit la route, persuadé d’être dans la bonne direction. À l’orée d’une découverte importante.

Le soleil, à travers les vitres, réchauffa délicieusement son visage.

Figeac, Rodez, Mende. Il s’arrêta. Il devait reconstituer les réserves de nourriture.

Les allées d’un grand magasin. La foule. Les commères démarraient leur journée en même temps que l’ouverture des portes. Il savait déjà où ne pas rester, il se dépêcha en essayant de ne rien oublier. Bouteilles d’eau, pâtes, riz et boîtes de conserve, confitures, pain, fruits. Tenir là-haut plusieurs jours. Il se rationnerait si c’était nécessaire. Il acheta une carte IGN à la plus petite échelle. Rayonner sur tous les sentiers existants et en inventer d’autres. Une impatience bienheureuse. Il rangea soigneusement les achats et reprit la route. Deux villages, des vieilles bâtisses en pierre, des collines, des murets encadrant des champs à l’herbe grasse. Il croisa une voiture. Et un vol de corneilles.

Direction « lac de Charpal. »

Il s’engagea sur la route étroite. Aucune habitation. Cinq kilomètres de longues courbes encadrées par des peuples de pins. La lumière matinale s’étendait comme une marée câline, sans vague, ni courant, juste une nappe gigantesque, tendue comme un tissu d’aquarelles. Elle rasait le sommet des épineux. Des paysages scandinaves. La palette de couleurs l’hypnotisait. Infiniment joueur, le soleil, comme un rouleau de peinture insatiable, nuançait les teintes, cendrait les crêtes, enflammait les fûts, des parcelles s’embrasaient, d’autres coulaient dans l’ombre. Ces changements incessants donnaient au paysage l’impression étrange de mouvance. Comme des risées sur l’océan.

Enfin, la pente s’atténua et il déboucha sur un immense parking. Un barrage à l’extrémité du lac. Des chemins suivaient le bord de l’eau, d’autres disparaissaient sous les arbres.

Il coupa le moteur mais dans son crâne l’écho mécanique perdura comme un écho qui s’épuise. Les mains sur le volant, il balaya le paysage, lentement, avec délectation, hésitant presque à sortir. Mettre un terme à la complicité qui l’avait uni à la cabine, au volant, à l’odeur chaude du moteur, au ronflement des pièces. Il éveilla dans ses muscles des contractions libératrices, des volontés de mouvements. Il attrapa la poignée de la porte et il descendit.

Plongeon dans le silence. Comme s’il était entré dans un bain. La paix qui coule sur la peau de son visage, se mêle à ses cheveux, glisse sous ses habits. Respiration suspendue.

Il s’appuya contre le pare-chocs avant et reprit son souffle. Rien. Il n’y avait absolument aucun bruit.

Bruit.

Le mot lui-même ici semblait privé de sens.

La limpide tranquillité ruissela en lui comme une divine liqueur et nettoya son corps de la fatigue de la route.

Il marcha vers la surface chatoyante du lac. Le crissement de ses pas sur le goudron gravillonné remplit l’espace comme un affront. Il essaya de se faire léger. Il rejoignit l’herbe avec soulagement. Comme tout promeneur au bord de l’eau, il eut envie de lancer une pierre mais il pensa aussitôt que le lac se briserait comme un miroir. Ce silence incroyable n’était que la peur terrible du lieu, que le souffle retenu de chaque plante devant l’ennemi absolu. Il imagina autour de lui des regards inquiets. Il s’assit délicatement sur une grosse roche lisse et ronde, caressant doucement le poli de la pierre. Devant lui, la surface immobile de l’eau. Une image arrêtée, un plan fixe suspendu dans le temps. Une paix indéfinissable.

Un sanctuaire. Les hommes s’étaient égarés en donnant ce rôle suprême à leurs dieux et à leurs églises. Oubliant que tout était là devant leurs yeux salis. On apprenait aux enfants à respecter un crucifix et on les laissait cueillir des fleurs. Mais sur chaque fleur arrachée, le grand corps de la nature était cloué. Et personne ne le pleurait.

Le silence du monde comme une tristesse, la détresse de la trahison.

Il retourna au fourgon et le rangea le long des arbres. Face au lac. Les mains posées sur le volant.

Le chant solitaire d’un oiseau, dans le secret des branches. Aucune réponse, aucun échange, absence de partenaire. Et pourtant cette ritournelle pétillante, cet amour de la vie. Sans intention. Un bonheur qui déborde.

La chaleur dans son ventre, un sourire qui se dessine, un flot d’émotions qui se déverse, une joie partagée.

Il avait délaissé le bonheur. La vibration dans la poitrine, cet embrasement irraisonné. Il avait associé la vie à des missions assumées, le sens de son existence à des défis achevés, comme si les actes humains offraient à la vie une raison d’être. L’oiseau n’avait pas ces tourments, il chantait simplement."

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