K G Dürckheim

Alphonse Goettmann : Avant d'entrer maintenant dans le détail de votre message, pouvez-vous dire en quelques mots quel est le noyau de votre enseignement ?

Graf Dürckheim : Je répondrais : c'est la prise au sérieux de la double origine de l'homme, "céleste" et "terrestre". L'occident l'a oublié en estimant que le "céleste" était du ressort exclusif de la foi et que seul le "terrestre" pouvait faire l'objet d'expérience et de pratique. L'Occident a frustré l'homme dans son développement spirituel. Or l'origine céleste de l'homme fait partie de son être essentiel, il participe dans la profondeur de son être à l'Être divin et peut en devenir conscient dans des expériences particulières. L'homme se trouve citoyen de deux mondes: celui de la réalité "existentielle", conditionnée, bornée par le temps et l'espace, accessible à la raison et à ses pouvoirs, et celui de la réalité "essentielle", non-conditionnée, qui est au-delà du temps et de l'espace, accessible seulement à notre conscience intérieure et inaccessible à nos pouvoirs.

La destinée de l'homme est de devenir celui qui peut témoigner de la Réalité transcendante au sein même de l'existence. Pour y parvenir, il nous faut tout d'abord apprendre à prendre aux sérieux les expériences par lesquelles, en des instants privilégiés, l'Etre nous touche et nous appelle. C'est le sens fondamental de tout exercice spirituel tels que je l'entends : s'ouvrir à une saisie de notre être essentiel à travers des expériences qui le manifestent et réaliser de plus en plus une manière d'être qui nous permet de témoigner de l'Etre dans la vie quotidienne.

La double origine de l'homme est ainsi ouverte à l'expérience. Elle représente la source, la promesse et la tâche fondamentale de l'homme, dont la base est l'expérience de l'Etre et l'exercice initiatique du chemin, qui est la vérité et la vie de l'homme "éveillé". Il me semble que l'heure est venue où l'Occident s'éveille à une expérience de l'Etre et à une pratique de la Voie qui n'est pas un privilège de l'Orient mais qui peut devenir, par contre, la chance et la condition humaine d'une religion vivante.

Karlfried Graf Dürckheim
Dialogue sur le chemin initiatique

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