Kundalini ...(4)

Ubaye

Il fallait dorénavant que se lèvent les brises tièdes des bonheurs simples. Qu’elle se réchauffe paisiblement au cœur des montagnes et de leurs trésors.

 

Une route sans issue. Étroite et sinueuse. Un vieux goudron craquelé. Où donc allait-elle arriver ? Comme coin perdu, effectivement, il devait être difficile de trouver mieux. Un espace ouvert au fond d’une vallée, de longues pentes herbeuses parsemées de forêts de mélèzes. Des crêtes dentelées dans les cieux, la pureté de la lumière…

Elle gara son véhicule sur le parking des visiteurs et elle sortit.

Un bain de silence.

Une haute palissade en bois clôturait les lieux.

Elle se présenta à l’accueil.

« Bonjour, je suis Madeleine Leauvinair. J’ai réservé le bungalow de l’allée des pierres.

-Oui, bonjour Madame Leauvinair. Vous avez fait bonne route ? Pas eu trop de mal à nous trouver ? »

Une belle femme d’une cinquantaine d’années. Une longue chevelure, un visage lumineux, une peau hâlée, des seins lourds et fermes. Nue.

« Non, aucun problème, ma sœur m’avait tracé un itinéraire parfait. Vous êtes dans une région magnifique.

-C’est la première fois que vous venez par ici ?

-Non, je connais un peu, j’étais déjà venue il y a quelques années. »

Avec Laurent.

Elle n’en dit rien.

« Je vais vous montrer votre emplacement et je vous laisserai vous installer. Vous pouvez garer votre véhicule juste à côté. Je vous donne le planning des activités si cela peut vous intéresser. Nous organisons des rando nues, des journées escalade, des rando aquatiques, des visites de villages traditionnels ou de hameaux, des chapelles, des musées de la vie paysanne, des rencontres avec des artisans de la région. Nous sommes en lien avec plusieurs moniteurs diplômés dans les activités sportives. Vous aurez aussi toutes les activités à l’intérieur du centre, piscine, tir à l’arc, fitness, des concours sportifs, des repas communs en soirée. Mais vous avez bien évidemment tout loisir d’organiser vos journées à votre guise. Il suffit juste de ne pas oublier de s’inscrire lorsque les activités sont présentées, tous les lundis matins pour la semaine. On tient compte bien entendu des conditions météorologiques mais en juillet, nous sommes habituellement gâtés par le soleil.

-Et bien, je vous remercie pour toutes ces précisions. Je vais déjà me reposer quelques jours et j’aviserai.

-Vous verrez, vous êtes dans sur un emplacement très calme, un peu à l’écart et vous n’avez aucun voisin immédiat. Pour le repos, c’est idéal. »  

 

  

 

Un emplacement gravillonné pour garer son véhicule.

Un bungalow largement assez grand pour elle. Une belle terrasse dominée par une pergola et un store repliable.

Elle avait rapidement plié ses quelques vêtements dans la commode et la penderie, garni le réfrigérateur, rangé divers aliments dans les placards de la cuisine.

Un aménagement en bois clair, un simple confort, beaucoup de lumière et des stores pour garder la fraîcheur si nécessaire.

Elle était heureuse de retrouver un espace de vie limité, comme si les dimensions de sa maison l’étouffaient. Elle avait besoin d’un cocon plus étroit, elle avait besoin de ne plus sentir autour d’elle cet espace vide de son homme…

 

Des sursauts de tristesse qui jaillissaient comme des diables persécuteurs.

 

Elle rejeta l’image de ce néant affectif et sortit sur la terrasse.

Elle se dévêtit, étala une serviette éponge sur le bain de soleil, huila son corps et s’allongea.

 

Fermer les yeux. Ne plus penser. Entrer dans le silence.

Respiration, visualisation.

Méditation.     

   

Elle s’obligea à penser quelques minutes aux exercices à effectuer. Pas question de s’abandonner pendant trois semaines. De toute façon, la détente physique lui était indispensable. Elle visualisa une série de postures, imaginant les torsions de son corps, la profondeur des respirations, le calme en elle.

 

Puis elle s’abandonna à l’absence.

Elle écouta distraitement le chant d’un oiseau, puis les murmures du vent dans les frondaisons.

L’impression soudaine qu’elle ne s’était jamais arrêtée de penser depuis un an. Même dans ses séances de yoga. Pas celles du centre où elle devait rester attentive aux autres mais celles qu’elle pratiquait pour son bien-être. Comme une machine mentale mue par un mouvement perpétuel. Elle reconnut encore une fois qu’elle aurait dû s’intéresser davantage aux pratiques spirituelles associées au yoga. Elle s’était toujours contentée des exercices physiques et de quelques expériences méditatives. Sans jamais vraiment approfondir cette dimension.

Il lui avait toujours suffi d’être en paix avec son corps, de le préserver, de l’assouplir et de l’endurcir, de l’éprouver jusque dans les moindres fibres.

Le manque était là. Une certitude aujourd’hui. Elle ne connaissait pas grand-chose de son esprit. Ce sentiment désagréable d’avoir œuvré une bonne partie de sa vie à entretenir les murs d’une citadelle sans jamais regarder à l’intérieur de l’enceinte.


blog

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau