KUNDALINI en musique

J'étais en train d'écrire et comme je le fais toujours, je laisse défiler des playlists de musique sur you tube. Arrive alors un morceau que je connais très bien et que je n'avais pas écouté depuis longtemps 

Luke HOWARD : Pan

C'est la musique que j'écoutais en écrivant un passage précis de KUNDALINI.

Les notes de piano peuvent être entendues comme un message : "re-gar-de-moi re-gar-de-moi..."

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"Il quitta la départementale et par un chemin goudronné entra dans une large cour. Un corps d’habitation et deux hangars à proximité.

Elle le regarda descendre de la voiture et marcher vers un bâtiment ouvert.

Elle s’adossa et enclencha la musique. Ce morceau qu’elle n’avait pas eu le temps d’écouter intégralement et qui vibrait toujours en elle, comme une étreinte interrompue, un vide à combler.

« Ce que j’ai connu avec toi, ça ne m’était jamais arrivé, avec aucune femme. »

À quelques mots près. Avec elle. Ce qu’il n’avait jamais ressenti.

Est-ce qu’il mentait ? Pour quelles raisons ? Pour la retenir ? Qu’elle se sente valorisée ?

Elle avait du mal à admettre qu’elle puisse avoir procuré un plaisir inconnu à Sat. Qu’avait-elle fait pour ça ? Oui, elle savait bien qu’elle avait laissé parler ses désirs, qu’elle était dans un état particulier. Était-ce suffisant ?

La musique s’imposa. Et les pensées se calmèrent.

Elle s’appuya profondément dans le fauteuil, elle posa les mains sur ses cuisses puis elle ferma les yeux.

Respirations ralenties. Accompagner l’air à l’intérieur, le regarder se dissoudre.

La boule d’énergie en elle. Là, au bas de son ventre. Ce rayonnement calorique qu’elle regardait s’étendre, cette présence aimante. Une pure illusion ou une réalité à saisir ?

Un piano, quatre notes qui se suivent, bien distinctement, sur un rythme lent, le silence en arrière-plan puis l’arrivée d’une haleine tiède, des violons comme une respiration, longue, douce et profonde, une caresse qui s’affirme, qui s’étend, les quatre notes de piano comme une phrase répétée… « Re-gar-de-moi…Re-gar-de-moi… » Quatre syllabes cristallines, nulle injonction mais une invitation, les bras ouverts… « Re-gar-de-moi…Re-gar-de-moi… »

La boule de lumière dans son ventre.

Elle la suit des yeux, elle s’abandonne à ses désirs, à l’exploration des territoires, le déchirement des voiles anciens.

Plusieurs violons, comme des voix qui se répondent, des prières offertes au ciel, une montée régulière, une ascension vaporeuse, l’observation de la Terre, elle vole dans les airs.

La boule de lumière qui s’intensifie et c’est comme un séisme qui remonte et les ondes qui s’étendent, elle sent les cellules qui s’ouvrent, elle a envie de pleurer mais les larmes ruissellent à l’intérieur et elles s’illuminent, ce sont des gouttes étincelantes qui crépitent dans la lumière.

Elle pleure à l’intérieur des yeux et les larmes alimentent le brasier de son ventre, c’est un bonheur immense, comme une femme dans des bras qui protègent, une âme heureuse qui l’enlace, elle se sent enveloppée, câlinée, elle sait qu’elle est aimée, elle le sait désormais, elle est là, elle le sait, la présence…

Les violons qui montent dans une vague infinie, sans jamais que la pesanteur ne la freine, une vague qui l’entraîne.

La présence dans son corps, elle le sait, elle est là, c’est la vie qui s’aime dans l’amour qu’elle déploie.

Les violons qui montent encore, le piano qui s’affirme, d’autres voix de cordes, plus fortes, plus graves et les violons qui s’unissent dans un crescendo inépuisable, marche après marche et à chaque fois qu’elle se croit au bord du vide le chemin se dévoile, toujours plus haut, toujours plus haut. C’est un tremplin vers le ciel.

Les violons comme une montée de sève.

Elle a glissé les mains entre ses cuisses et son cœur s’affole. Une pression immobile, juste le maintien de la chaleur qui palpite.

Les violons comme un bonheur suspendu, au-delà du connu, les quatre notes de piano toujours là, rien ne peut couvrir leurs voix, « Re-gar-de-moi…Re-gar-de-moi… » Elle ne quitte pas des yeux la boule d’énergie qui rayonne, elle sent au bout de ses doigts des vibrations infimes, comme des étincelles.

Et c’est comme un cri qui se tait encore mais n’en peut plus de son silence, il faut qu’il parle, il faut qu’il se libère, ça n’est plus possible, les violons et le piano, comme les caresses d’un homme en elle, elle baigne dans un océan immatériel, elle ne sait pas ce qui l’envahit, tout ça est impossible, ça ne peut pas exister, les violons l’emportent, le ciel est en elle, la bouche grande ouverte, elle absorbe des nuages et des arcs-en-ciel, il pleut dans son corps des torrents de lave, les pluies s’évaporent et tombent à l’envers, elle ne comprend plus rien, le tambour de son cœur emplit ses oreilles et se mêle aux violons.

Dans ses mains posées en conque sur son sexe, elle entend l’écho de la vie comme on entendrait la mer. La rumeur de l’Océan qui sourd de son corps remonte de si loin qu’elle ne la reconnaît pas.

La vie lui parle d’une autre femme, elle est là, elle attend.

Patiemment.

Depuis si longtemps.

Le cri en elle.

Comme un amour qu’on lui offre. "

 

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Commentaires (2)

Thierry
  • 1. Thierry | 03/12/2018
Bonjour Flo
Mille mercis pour ce commentaire.
"Une écriture qui caresse"...
C'est ce que je souhaitais dans l'intégralité du roman.
Flo.
  • 2. Flo. | 03/12/2018
Mon Dieu, comme c'est beau. C'est une écriture qui caresse.
Je découvre au hasard de mes errances.
Merci.

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