L'amour et le besoin (3) (sexualité sacrée)

 

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Il existe un cas de besoin existentiel impossible à résoudre seul.

Celui de la sexualité.

Je parle de sexualité de couple et pas d’onanisme bien entendu. Celle-là est un apprentissage, pas une fin en soi. On peut en tout cas le souhaiter.

Les besoins dans la vie sexuelle du couple se doivent bien entendu d’être partagés, entendus, exprimés, accueillis. Les désirs sont des besoins. Les fantasmes sont des besoins qui expérimentent de nouveaux désirs.

Il n’est pas envisageable, à mon sens, d’établir une vie spirituelle de couple hors de la sexualité.

Une vie spirituelle individuelle, oui.

Mais pas de couple. Et je pense justement que la sexualité est une porte vers une spiritualité lumineuse. Peut-être même au-delà de la vie spirituelle individuelle.

Se pose dans le cadre de la sexualité, l’indispensable respect inhérent aux relations humaines. Dans la nudité intérieure la plus totale.

Je ne dois rien imposer. Parce que mes désirs ne peuvent être supérieurs au besoin que l’autre a d’être respecté.

Il faudra donc établir une hiérarchie entre l’assouvissement des désirs et le respect de l’intégrité de l’autre. Si je bride mes désirs, je respecte mon intégrité morale en respectant l’être aimé et cette intégrité morale est bien supérieure à l’intégrité physique. Je ne perds rien de moi si mes désirs ne sont pas partagés mais je perds ma propre estime si je m’égare dans l’irrespect. Et rien n’est plus destructeur que la honte de soi.

La sexualité porte en elle la reconnaissance pleine et entière de l’autre. L’autre comme l’extension d’un Soi, le miroir de l’être intérieur. Je suis ce que j’offre à l’être aimé, je suis grâce à lui ce qu’il y a de plus beau en moi, ce don de mon corps et de mon âme et je ne peux offrir que ce que l’autre souhaite recevoir car si je vais au-delà de cette attente, c’est moi que je ne respecte pas puisque je porte atteinte à l’indispensable intégrité morale qui nourrit mon cheminement intérieur.

L’exploration de la sexualité au cœur du couple révèle en chacun les fondements de notre Humanité. Il s’agit d’une démarche commune, égalitaire, bienveillante, attentive, délicate, patiente, appliquée, une écoute sensitive, une découverte partagée, une proposition aimante.

Se pose dès lors la portée de cette sexualité dans le champ d’expériences d’une vie entière. Se peut-il qu’elle soit suffisamment étendue pour que les horizons ne soient jamais assombris par la lassitude des espaces parcourus, se peut-il que cette sexualité garde en elle cette flamme éternelle de la joie et du plaisir, de la rencontre et du partage, du don de soi et de la réception de l’autre ?

C’est là qu’entre en scène la sexualité sacrée.

La sexualité sacrée se différencie de la sexualité ordinaire par la dimension spirituelle qu’elle y adjoint. Une dimension holistique qui cherche à fusionner les individus dans une osmose complète, non pas pour qu’ils se fondent dans une masse uniforme mais pour que leurs formes spirituelles s’interagissent vers une élévation inaccessible à l’individu esseulé.

Nous ne faisons pas l’amour, c’est l’Amour qui nous fait.

Voilà le credo essentiel de la sexualité sacrée. Il s’agit bien d’une voie spirituelle usant de la matérialité des énergies dans les corps. Il ne s’agit pas prioritairement de conduire deux corps à s’étreindre mais de proposer dans une voie commune et constante un cheminement qui relève de l’Eveil.

La génitalité n’est même pas l’outil du sculpteur car il n’est pas de sculpteur qui n’ait au préalable contacté en lui le bonheur infini de la Création. La génitalité qui ne serait qu’un catalogue limité d’ustensiles porterait en elle-même l’affadissement du bonheur de sculpter…

 

La sexualité sacrée devient alors une voie spirituelle d’accession aux plus hauts états de conscience.

La sexualité génitale restera à l’état d’emboîtement épisodique de deux corps qui s’offrent par l’intermédiaire de l’autre un instant de plaisir.

Nul jugement dans ce constat. Chacun est en droit d’user de son potentiel dans la limite de ce qu’il souhaite expérimenter. Il est des individus qui n’éprouveront jamais le besoin d’aller voir plus loin parce qu’ils ne s’autoriseront pas l’ouverture du cadre dans lequel ils se sentent exister.

Est-ce de la peur, est-ce de la paresse, de l’ignorance, du déni, de l’indifférence, de la suffisance, du conformisme, du conditionnement ?.... C’est à chacun de chercher une réponse. Ou pas.

Nulle obligation, nulle contrainte, nulle exigence. La sexualité sacrée ne comporte aucune atteinte à la liberté d’assumer ses limites ou de décider de les repousser.

C’est dans la quête de cet espace inconnu que la fusion du couple peut prendre forme. Non pas une fusion qui consisterait à fondre les deux partenaires dans un même moule mais une fusion en chacun des énergies spirituelles et de l’expansion corporelle que la Vie expérimente.

C’est à la Vie en nous que nous rendons hommage. C’est à elle que nous offrons l’ouverture de notre corps et de notre âme, de notre cœur et de notre imagination, c’est à ses pieds que nous déposons nos désirs. Il n’y a pas d’exigence mais simplement l’humilité de celui qui avance dans un espace  immense, la curiosité des regards, l’euphorie, la joie, la paix aussi et la contemplation. La plénitude des âmes éveillées.

Il ne s’agit pas non plus d’une sexualité de chambre à coucher ou d’autres lieux divers mais d’une sexualité qui s’étend même au-delà de la présence de l’autre, dans les ressentis irrationnels, dans les connexions inexplicables, dans les pensées synchronisées, dans les rencontres énergétiques, celles qui n’ont pas besoin des corps en présence puisque les passerelles invisibles ne sont jamais rompues.

Il ne s’agit pas non plus d’une sexualité qui rabiboche les egos parce que là, on tomberait vraiment dans l’insignifiance. Un déversement énergétique qui ne serait qu’un gouffre au lieu d’être un élan vers le Haut.

Cette sexualité qui consisterait à recoller les morceaux. Alors qu’il ne s’agirait que d’un puzzle dont l’image finale n’est même pas conçue…

C'est irrémédiablement une condamnation à toute élévation puisque la sexualité consiste dès lors à faire retomber les tensions évènementielles alors que cette sexualité  contient en son sein tous les éléments à l'émergence des individus dans leur plus haute potentialité existentielle. 

La sexualité génitale est prioritairement individuelle. Elle représente en réalité une masturbation par personne interposée. Il n'y a aucun jugement là-dedans mais un constat. Au mieux, chaque partenaire parviendra à l'orgasme. Pour l'homme principalement....Il se peut même que cette sexualité qui représente à l’origine une passerelle entre les amants devienne au contraire un obstacle, une enceinte, une rupture. Non pas parce qu'elle ne possède plus le même potentiel mais uniquement parce qu'il n'est pas exploité. Ça n'est pas la sexualité qui est déficiente mais la conscience des individus.

La pleine conscience. Non pas une conscience parcellaire ou de surface, une conscience des ressentis corporels, une conscience de l’excitation et du désir…Non, je parle bien d’une pleine conscience. Et il est très difficile d’en décrire les effets.

Il existe un exemple. L’état de conscience généré par le massage.

Non pas dans une dimension médicale ou dans une dimension érotique. Mais dans une dimension énergétique…

Des bougies parfumées, de l’huile, de la musique douce. S’appliquer à donner tout son amour. Ressentir la vibration interne, éprouver un amour intégral  pour chaque partie du corps. Masser les orteils de la même façon que seront massés les seins, masser les coudes de la même façon que seront massés les fesses, etc etc…C’est là, dans cette concentration réjouie, ce bonheur du don, ce désir de bien-être, que la pleine conscience prend forme. Lentement, séance après séance, découverte après découverte, comme un escalier qu’on gravit, conjointement. L’un masse, l’autre reçoit et les deux sont pourtant englobés, enveloppés, insérés dans le même cocon vibratoire. Jusqu’à ne plus savoir qui a été massé. Eprouver le même bien-être quel que soit la situation.

C’est dans cette pleine conscience que la sexualité peut être vécue. Au-delà des formes, au-delà des habitudes, au-delà des désirs eux-mêmes.

Lorsque vous percevez votre corps comme un rayon lumineux ou un voile éthéré ou que vous n’en avez même plus la moindre perception et que vous ressentez pourtant un plaisir ineffable, au-delà du connu, dans l’intégralité de vos fibres, que vous réalisez que vous êtes pleinement conscient de vos gestes, de vos actes, de vos caresses, de vos contacts et que vous sentez pourtant que tout ça est bien plus que vous….. Comme si la Vie vous faisait l’Amour, comme si la Vie jouissait en vous, comme si la Vie s’aimait dans les particules qu’elle anime…

Au-delà du connu.

Une sexualité sacrée.

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