L'effet domino

Quand je reprends des ouvrages scientifiques écrits il y a vingt et même trente ans, toutes les projections sur le réchauffement climatique engendré par l'activité humaine se révèlent justes. Rien ne vient me laisser croire que les études actuelles seraient fausses. 

On vient de passer quatre jours en haute Maurienne à courir sur des sommets à plus de 3000 mètres. Là, où j'ai connu des glaciers lorsque j'avais vingt ans, il ne reste que des moraines ruinformes et quelques îlots glaciaires en fin de vie. Une simple observation. 

Alors, on fait quoi ? On attend que les gouvernements prennent des mesures draconniennes ? Ils ne le feront pas. 

Il existe une phrase fondamentale pour comprendre le fonctionnement de la sphère politique et elle a été prononcée par Al Gore...Elle est bien évidemment appliquée par tous ses condisciples. Elle met simplement en exergue le fait que la priorité absolue, c'est de ne prendre de décisions qu'à partir du moment où elles contribueront au pouvoir alors que toutes les décisions qu'il faudrait prendre pour combattre le réchauffement climatique à travers les comportements humains condamneraient le gouvernement qui les mettrait en action. 
 

"Le minimum d'actions, de dépenses, d'investissements (...) scientifiquement nécessaire pour combattre le réchauffement de la planète dépasse largement le maximum politiquement faisable pour ne pas perdre les prochaines élections. "

Les politiciens, d'où qu'ils viennent, n'ont qu'un objectif : préserver leurs privilèges et pour que cela se fasse, ils oeuvrent au maintien du système qui leur a permis d'arriver au sommet de l'échelle sociale. Rien d'autre.

Ce mois de juillet est le plus chaud depuis 1990 et patati et patata, le moins arrosé depuis Louis XIV, le plus sec depuis la disparition des dinosaures, les nuits les plus brûlantes depuis la chute de Sodome et Gomorrhe, et patati et patata... Les infos se délectent de ces grands titres. C'est très vendeur depuis quelques temps. 

Mais ça n'est pas ça LE problème. 
Ce qu'il faut surtout entendre, c'est que les records précédents étaient étalés dans le temps, sur des décennies, qu'il s'agissait d'épisodes éphémères. 
Là, maintenant, ce qu'il faut comprendre et retenir, c'est que les records tombent année après année et qu'ils seront sans doute battus l'année prochaine. 
Les vendeurs de climatisation se frottent les mains et la première option dans les automobiles neuves, c'est encore la climatisation. 
On voit donc comme principale réaction des populations, le moyen de se protéger des effets de la chaleur.
Mais quand il y a un incendie, les pompiers ne cherchent pas à se protéger de la chaleur, ils cherchent à éteindre les flammes. Ensuite, ils se réjouiront de la baisse des températures.
Alors, on fait quoi ? 
Combien sont les individus ayant conscience qu'ils ont un rôle à tenir dans l'extinction des flammes ? Combien comprennent qu'après avoir été des pyromanes (et moi aussi) ils doivent devenir des pompiers.
C'est ça le problème.

Voilà cinq ans que nous ne mangeons plus d'animaux. Par respect pour eux, pour ne plus être complices de leurs souffrances mais également parce que l'élevage industriel contribue considérablement à la dévastation de la planète. Il y a sur ce blog toutes les études disponibles pour en prendre conscience.

Voilà cinq ans que nous boycottons la grande distribution et le consumérisme, que nous boycottons au mieux tout ce qui est en plastique, tout ce qui est issu du pétrole. Bien entendu que nous ne parvenons pas à tout rejeter. Malheureusement. Mais nous avons malgré tout très fortement diminué notre consommation. Nathalie fabrique elle-même tous les produits de soins et d'hygiène (savons, dentifrices, produit vaisselle, lessive...), tous nos produits alimentaires sont conservés dans des bocaux en verre, le potager de la maison contribue à 80 % de notre alimentation, nous n'achetons aucun aliment "exotiques" ou hors saison, nos achats sont bio ET local car il est absurde de se dire "écolo" en consommant des produits qui ont traversé des océans et ont voyagé sur des milliers de kilomètres en camions. 

Tout doit être analysé, réfléchi et jugé au regard de l'empreinte carbone du produit.

On en vient même à penser que ces millions de personnes en surpoids, non pas pour une maladie ou un traitement quelconque, mais par simple goinfrerie, devraient être taxées au regard de l'impact qu'elles ont de par leur alimentation. Elles prennent bien plus que ce dont elles ont besoin et sans aucune capacité de jugement sur l'impact que leur consommation effrénée a sur l'ensemble de l'humanité et de la vie. 

C'est despotique ? 

Non, ce qui l'est, c'est leur indifférence, leur immaturité, leur insouciance, leur bêtise puisqu'il est impossible aujourd'hui de ne rien comprendre à l'état de la planète. Ces gens-là imposent à la planète entière leur mode d'existence. C'est cela le despotisme. Le fameux "Après moi, le déluge"... 

Voilà environ dix ans maintenant que j'entends mes élèves s'interroger et me questionner sur l'état de la planète. Ils entendent les informations, ils en comprennent partiellement les données mais ce qui est incontestable, c'est que leurs peurs sont de plus en plus fortes. 

"Le monde des adultes, c'est un cauchemar et je n'ai pas du tout envie d'en faire partie." 

C'est un garçon de ma classe qui a dit cela. Il avait dix ans. 

Il existe d'ailleurs aux USA un mouvement juridique qui permet à des enfants d'attaquer des multinationales. Un premier jugement leur a été favorable. 

C'est cela le monde que nous leur proposons ? 

Un monde où les enfants vont devoir se protéger des adultes ? 

Qui donc est mature ? Qui donc est responsable ? 

Eux ou nous ?


 

 

Un terrible "effet domino" menace de transformer notre planète en une étuve

 

Par Sciences et Avenir avec AFP le 07.08.2018 à 12h28

Même si l'humanité réduit les émissions de gaz à effet de serre la planète elle-même pourrait perturber les efforts des hommes et basculer dans un état durable d'étuve, selon une étude publiée lundi 6 août 2018.

Effet domino

Image d'artiste de la Terre, pour moitié sans eau.

©MARK GARLICK / SCIENCE PHOTO LIBRA / MGA / SCIENCE PHOTO LIBRARY/AFP

C'est un scénario catastrophe. Mais un scénario plausible. D'ici quelques années, la température moyenne de la Terre pourrait se stabiliser à +4°C ou +5°C par rapport à l'ère pré-industrielle, bien au-delà de l'objectif de l'accord de Paris sur le climat (+2°C maximum), révèle une étude de la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), publiée lundi 6 août 2018. Voici les grandes lignes de cette étude conduite par une équipe internationale de chercheurs. 

Si les calottes polaires continuent de fondre, les forêts d'être décimées et les émissions de gaz à effet de serre de battre chaque année des records, la Terre va inéluctablement franchir un "point de rupture". De nombreux mécanismes interconnectés pourraient alors se produire les uns à la suite des autres, conduisant à rejeter des quantités colossales de CO2 et de méthane dans l'atmosphère, contribuant alors encore plus au réchauffement global de la planète. Ces "points de bascule" sont liés à des températures au-delà desquelles la libération de ces gaz serait inéluctable. "Quand un seuil critique est atteint, le processus de réactions s'auto-entretient", note l'étude, qui s'inquiète que la Terre puisse approcher un seuil la condamnant à devenir alors une étuve. Et si ce processus s'enclenche, "il sera conduit par des mécanismes puissants, intrinsèques, bio-géo-physiques, difficiles à corriger par une quelconque action humaine, et qui ne pourra ni être inversé, ni guidé, ni ralenti" affirme l'étude. 

  • "Puits de carbone" affaiblis

Les forêts et les océans ont absorbé ces dernières décennies plus de la moitié des émissions de carbone. Mais les forêts rétrécissent et les océans montrent des signes de saturation en CO2, selon de récentes études. Leur rôle d'éponge risque de s'affaiblir.

  • Permafrost

Le méthane et le CO2 emprisonnés dans le permafrost, sol censé être gelé en permanence en Russie ou au Canada, correspond à environ 15 années d'émissions humaines. Une véritable bombe climatique à retardement. En cas de dégel, ces gaz relâchés -- pour l'instant en quantité négligeable-- accélèreraient le réchauffement, libérant encore plus de gaz.

Les "points de bascule" du climat, bombes à retardement (AFP - Simon MALFATTO)

  • Hydrates de méthane

De manière similaire, les hydrates de méthane, composés ayant l'apparence de la glace présents dans les fonds marins, sont également vulnérables au réchauffement, mais les scientifiques ne savent pas à quel rythme. Ils sont suspectés d'être à l'origine d'épisodes rapides de réchauffement il y a plusieurs millions d'années, et représentent donc une menace potentielle.

  • Dépérissement des forêts 

Un réchauffement de 3°C pourrait condamner à terme au dépérissement 40% de la forêt amazonienne, selon une étude publiée en 2016 dans le magazine Nature Climate Change. Et les incendies, pas pris en compte dans ce modèle, pourraient accélérer cette destruction susceptible de relâcher dans l'atmosphère des milliards de tonnes de CO2.

  • Moins de banquise

Le miroir blanc glacé de la banquise renvoie 80% des rayonnements du soleil. Mais avec la fonte de cette glace de mer, l'océan qui la remplace absorbe à l'inverse 80% de ces radiations, accélérant le réchauffement. Dans l'Arctique, le premier été sans banquise devrait avoir lieu avant le milieu du siècle. Une situation susceptible de se reproduire tous les quatre ans dans un monde à +2°C. Les scientifiques s'accordent pour dire qu'il existe une température de bascule au delà de laquelle la calotte glaciaire recouvrant la terre de l'Antarctique ouest et du Groenland fondra. Mais leurs estimations sur cette température varient entre +1°C et +3°C. L'autre question ouverte est le temps que cette glace mettra à fondre, libérant des volumes énormes d'eau douce dans les océans. Les conséquences seraient dévastatrices : deux-tiers des mégalopoles sont installées moins de 10 mètres au-dessus du niveau de la mer, tout comme les plaines agricoles qui les nourrissent. La fonte des glaces de l'Antarctique Ouest et du Groenland conduirait à une hausse du niveau de la mer de 13 mètres. La calotte de l'Antarctique Est, plus sensible au réchauffement qu'estimé précédemment, représente 12 mètres potentiels supplémentaires.

Vers un nouveau mode de fonctionnement terrestre

Tous ces mécanismes sont interconnectés, selon les auteurs de l'étude, et l'un d'entre eux pourrait en déclencher un autre, puis un autre. "Ces événements en cascade pourraient pousser le système Terre dans son ensemble dans un nouveau mode de fonctionnement", note Hans Joachim Schellnhuber, coauteur et directeur du Potsdam Institute for Climate Impact Research. 

Les émissions de gaz à effet de serre ont déjà provoqué une hausse de 1°C de la température moyenne de la Terre, augmentant les probabilités et l'intensité des canicules, des sécheresses ou des tempêtes. Le risque d'évènements en cascades pourrait survenir dès 2°C estime l'étude. Petite pointe d'optimisme toutefois, il n'est pas impossible, si l'humanité prend maintenant des mesures drastiques de réduction d'émission des gaz à effet de serre, d'infléchir ce scénario catastrophe vers celui d'une terre "stabilisée". Ce dernier avait précédemment estimé qu'une Terre à +4 ou +5°C ne pourrait pas abriter plus d'un milliard de personnes. Les impacts d'un tel changement sur nos sociétés seraient alors "massifs" et "abrupts".

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