L'Enquêteur et le Superviseur.

L'introspection désigne le fait, pour un sujet de s'observer lui-même, de saisir et rapporter ses propres processus cognitifs. L'objectif est de parvenir à une meilleure connaissance de soi et par conséquent à vivre mieux.

Tout le problème, à mon sens, vient de cette intention.  Dès lors que l'intention devient le fil conducteur d'une démarche, elle prend le pouvoir et la lucidité succombe sous le poids immense de cet horizon à atteindre.

L'introspection peut donc devenir tout aussi néfaste que l'inconscience de soi qu'elle cherche à dépasser.

C'est là qu'intervient pour moi une entité séparée de ce cheminement, une méta conscience, le "Superviseur", une parcelle en soi qui ne répond pas à cette introspection mais qui observe "l'Enquêteur" qui vise de son côté cette exploration interne.

Il s'agit de créer, dans une vision macroscopique, un regard neutre, libéré des émotions, des intentions, des objectifs, un observateur dénué de toute personnalité, inerte, déshumanisé. 

Déshumanisé ne signifie pas qu'il va renier ce qui fait l'humain mais qu'il va s'extraire de l'historique de l'humain qui projette une introspection.

Il sera donc un Superviseur.

Si l'introspection n'atteint pas l'objectif espéré, le Superviseur est là pour analyser le cheminement, non pas de l'introspection elle-même, mais de "l'introspecteur", de cet "Enquêteur" et de tous les tourments qui font que l'introspection peut se révéler chaotique...

Il s'agit de se détacher de l'objet de la quête pour étudier l'enquêteur car l'enquêteur ne peut pas s'étudier lui-même, simultanément à l'enquête.

Le Superviseur vient contrer l'idée de l'impossible « indépendance » de l'observateur par rapport à l'objet observé dans le processus.

Ce Superviseur se doit d'être neutre puisqu'en réagissant à une quelconque situation, il rejoindrait l'entité de l'enquêteur et subirait une "contamination".

Prenons un exemple :

J'avais décidé d'écrire une réflexion sur l'introspection et je cherchais en moi les tenants et les aboutissants de la démarche mais à un moment, j'ai senti que la réflexion m'échappait car venait s'y méler ma propre histoire, mes propres errances, des échecs répétés dans la compréhension fine de certains évènements et s'est levés alors, dans un flot d'émotions, le dépit, l'amertume, une certaine colère.

L'Enquêteur perdait le fil car devant lui, l'horizon visé se voilait, un paravent de trames nouées dressait une muraille. L'émotion contaminait l'esprit et le goût amer de l'échec grandissait.

C'est là que le Superviseur doit jouer son rôle. Il est là pour calmer le jeu, du haut de ses altitudes éthérées, il doit élever l'individu tout entier.

Il sait qu'il n'y a rien à atteindre, rien à gagner, ni rien à perdre.

Il n'y a aucun objectif, tout ça n'est qu'un jeu et la pire des solutions envisagées serait de vouloir laisser l'Enquêteur reprendre la main car il n'est plus en état. Il ne sert à rien que l'Enquêteur se torture, se dévalorise, s'humilie, s'auto flagelle. Il doit juste s'abandonner dans la plénitude bienveillante du Superviseur.

Il sait aussi qu'il est inutile d'en parler à l'Enquêteur.

L'Enquêteur résiste la plupart du temps en arguant que cet abandon est une fuite, l'étendard des lâches, la faiblesse des esprits médiocres et sa colère grandit encore et cette colère accroit encore la hauteur des murailles qui voilent ses regards... Il cogne de toute sa rage contre les citadelles et nourrit la force des ciments. 

Le Superviseur observe tout cela sans aucune pitié, ni le moindre espoir, sans aucune compassion, ni la moindre lassitude.

Il attend.

Il observe.

S'il cherche à s'imposer, l'Enquêteur le prendra mal, il se sentira humilié, ridiculisé, soumis, obligé, contraint. Et de nouvelles émotions gonfleront les armées qui le broient.

Le Superviseur attend l'épuisement de l'Enquêteur, cet instant libérateur où rien d'autre n'est possible.

Et le silence intérieur.

C'est là qu'ils pourront se parler.

Lorsque les émotions auront perdu leur vigueur.

Le flot chaotique se jette dans l'océan de la plénitude et se disperse dans l'immensité. Les alluvions ne sont plus agitées, tout se dépose calmement et la surface s'immobilise.

"Regarde-toi, dira le Superviseur. Regarde dans quel état tu étais. Je ne te reproche rien, tu sais. Puisque si j'existe, c'est à toi que je le dois. 

Nous sommes l'Un.

Nous sommes l'embryon et le placenta, le pollen et le vent, l'ombre de la lumière, la douleur et la paix.

Nous sommes l'Un.

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