L'impuissance apprise

 JUSQU AU BOUT

EXTRAIT

Dans la soirée, il se plongea dans la lecture. Il était consterné de voir le retard général que l’école avait accumulé dans ses méthodes alors que depuis 1920, une femme avait découvert qu’il était tout à fait possible de travailler différemment. Pour les auteurs de ces ouvrages, notre système scolaire était le plus efficace pourvoyeur de cas « d’impuissance apprise. »

L’expérience du brochet l’effraya au plus haut point : Un chercheur avait plongé un brochet dans un aquarium divisé en deux parties par une vitre invisible pour le prédateur. De l’autre côté de la vitre, il avait placé un petit poisson. Lorsque le prédateur eut faim, il se précipita sur la petite proie et se heurta violemment à l’obstacle. Il revint à la charge et s’assomma de nouveau. Toutes ses tentatives s’avérèrent évidemment infructueuses. Il finit par abandonner et resta prostré, piteusement, dans son coin. Lorsque le chercheur retira la vitre, le brochet ne fit aucun essai pour manger le petit poisson. Il avait appris l’impuissance.

Le chercheur, après d’autres expériences du même type, avait défini exactement ce que ces termes impliquaient chez l’enfant. Lorsqu’il subissait plusieurs échecs consécutifs dans une matière ou dans plusieurs, l’enfant  finissait par ne plus manifester le moindre désir de maîtriser la situation, il devenait incapable d’établir un lien entre ses actions et ses résultats et il pouvait même tomber dans un état dépressif. L’écrivain insistait sur l’extrême gravité de cette situation. Par l’intermédiaire de ce conditionnement, vécu pendant des années, répété de façon identique par des enseignants stéréotypés, tous persuadés de détenir la bonne méthode, assimilant les uns après les autres les conclusions de leurs prédécesseurs, l’enfant finissait par penser qu’il était non seulement nul en mathématiques ou en français, mais qu’il n’avait même aucune aptitude en rien. Il enfilait alors le costume de cancre, ce costume que le système scolaire n’avait cessé de lui imposer. L’écrivain finissait en condamnant les pédagogies coercitives qui établissaient leur fonctionnement sur la comparaison entre élèves. « Un tel a le niveau que j’espérais, un tel ne l’a pas, un tel a réussi mes évaluations, un tel les a ratées. » Et les enseignants se réjouissaient de « leurs » réussites avec certains élèves et se plaignaient du manque de travail et de volonté des autres. Et ils condamnaient, sans aucune arrière-pensée, sans le moindre doute, ceux qu’ils avaient eux-mêmes détruit, à petit feu, justifiant toujours, avec une fierté évidente, la qualité de leurs enseignements devant les excellents résultats des élèves les plus malléables, ou les plus soumis.

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Commentaires (2)

Thierry
  • 1. Thierry | 29/11/2012

Un grand plaisir de te retrouver ici Marie-Luce !
"L'impuissance apprise", c'est tout au long de sa vie que chaque individu risque d'en souffrir, à l'école, comme salarié, dans le couple... Cette vigilance que chacun devrait chercher à instaurer et à maintenir...Comme on en est loin...

Marie-Luce Job
  • 2. Marie-Luce Job | 29/11/2012

Un texte de salubrité publique qui devrait être enseigné aux futurs enseignants.
Que de dégâts commis par une ignorance d'autant plus grave que chacun peut trouver en lui-même à des degrés divers, par expérience , la véracité de ces propos !

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