L'ineffable

"Ce n'est pas la connaissance extérieure

ce n'est pas la connaissance intérieure

pas plus que la suspension de la connaissance

ce n'est pas savoir

ce n'est pas ignorer

pas plus que ce n'est l'ignorance elle-même

ce ne peut pas être davantage vu que compris

on ne peut pas y indiquer de frontière

c'est ineffable et au-delà de la pensée

c'est indéfinissable

ce n'est connu qu'en le devenant."

Mandakuya Upanishad.

 

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La Présence ne peut pas être saisie par l'individu tant que l'individu exerce une observation du même ordre que celle qui l'anime à travers son existence. Car en cherchant à observer la Présence, il s'extrait lui-même de cette Présence. Cela revient à chercher la source de la Lumière dans une chambre noire alors que la Lumière émane de nous-même mais que nous ne pouvons en situer l'origine. La Lumière existe mais elle n'est ni contrôlable, ni identifiable, ni mesurable, ni soumise. Elle ne nous appartient pas mais elle est en nous. 

Le moi qui sous-tend toute expérience ne peut pas lui-même être expérimenté par ce moi. Toute expérience implique deux composantes : l'expérimentateur et l'expérimenté. Lorsque je suis ému, je peux observer cette émotion. L'émotion est l'objet expérimenté et je suis l'expérimentateur. Mais je ne peux pas expérimenter l'expérimentateur puisque ce moi expérimentateur deviendrait immanquablement l'objet expérimenté.

 

Les Upanishad ont décrit cette problématique tout autant que le Tao Te King.

"Le Tao qui peut être décrit n'est pas le Tao éternel."

 

Dans un ancien traité Bouddhiste, Ashvaghosha écrivait : "Depuis le commencement, toutes choses sont dans leur nature, l'Etre lui-même."

 

Il n'est pas question ici de Dieu dans sa dimension religieuse mais bien de l'Energie créatrice. Le terme de Dieu est bien trop souillé par les hommes pour permettre une démarche lucide.

 

Alors, est-il possible, à notre niveau, de conscientiser ce moi expérimentateur ? Est-il possible de nous extraire de nous-même pour appréhender pleinement cette Présence sans donner à cette Présence la dimension d'un objet expérimenté étant donné qu'elle est elle-même ce qui permet à l'expérimentateur d'exercer son pouvoir d'expérimentation.

Est-il possible d'expérimenter l'expérimentateur sans que celui-ci ne devienne l'expérimenté ?

A quoi cela servirait-il d'ailleurs ? Est-ce qu'il est nécessaire que je comprenne le fonctionnement des particules électriques qui éclairent la pièce où j'écris ? Est-ce qu'il est utile que je comprenne les mécanismes internes qui permettent aux pensées d'apparaître ? Est-ce qu'il est indispensable que je saisisse le phénomène biologique qui fait que mon coeur fonctionne sans aucune intervention volontaire de ma part ?

Nous dérivons quotidiennement dans des phénomènes qui nous échappent constamment. Pourquoi vouloir absolument entrer dans des quêtes aussi abstraites ?

 

Pour ma part, c'est uniquement en raison de la puissance indéfinissable des émotions que cette quête m'a déjà offerte. Rien, jamais, n'a été aussi flamboyant et je veux bien continuer à user de mon potentiel jusqu'à ma mort si c'est pour revivre, ne serait-ce qu'une fois, la plénitude qui en résulte.

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