La contingence de l'existence (spiritualité)

L'expérience de la contingence est le fondement de l'oeuvre de Sartre.

 

 

L'existence est injustifiable dans le sens où elle ne répond à aucune nécessité. Elle peut être comme elle pourrait ne pas être. Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Dès lors que l'individu est propulsé dans cette existence, il s'y trouve enfermé. C'est la raison de la nausée. La contingence, possiblité que quelque chose soit ou pas, que quelque chose arrive ou pas, est à la source de l'angoisse. 

Cette conscience ne peut être contrée qu'à travers l'établissement d'un projet. L'existence précède l'essence. "L'homme n'est rien d'autre que son projet, il n'existe que dans la mesure où il se réalise. "

Sartre y trouve les raisons suffisantes à l'élévation de la liberté.

C'est là que je n'adhère plus.

L'engagement dans une voie personnelle ne libère pas des enceintes originelles. Mais il autorise la joie.

C'est le symbolisme du torrent qui restera inévitablement inscrit dans le lit naturel. Rien ne l'empêchera pourtant d'exprimer sa force, de sortir parfois de son cours, de réduire les obstacles en gravas. Tout comme il souffrira parfois des périodes de sécheresse.

 


 

 LES ÉVEILLÉS

Elle franchit un pont au-dessus d’un torrent sautillant. L’eau limpide carillonne sur les roches usées. La mélodie cristalline emplit l’air comme si rien ne pouvait en atténuer la force. Elle s’arrête.

Des vaguelettes s’enlacent, se submergent, rebondissent, serpentent, dessinent d’infinies arabesques incessamment recommencées.

Contemplation.

Elle réalise dans le spectacle de cette eau tumultueuse que le torrent n’a pas de liberté. Le lit qu’il emprunte était un sillon déjà existant. Le courant qui l’anime répond à la pente. Sa constance, sa pugnacité, sa patience renforcent le canal qui l’enserre. Et pourtant dans cette dépendance continuelle, il éclabousse de son énergie les espaces qu’il traverse. Il est libre de sa joie.

Cet amour inconditionnel qui vibre en elle et la bouleverse jusqu’aux larmes est un torrent infatigable. Elle est le lit de cette énergie libérée. Pendant des années, elle a contenu cette force par des barrages érigés, des retenues éducatives, des refoulements inconscients. Elle a bridé le flot par des soucis identitaires, des reconnaissances narcissiques, toutes les dérives de l’égo tourmenté. Cette vague sans reflux, cette cascade rebelle, s’est libérée désormais de ces digues hautaines. L’amour coule en elle comme l’eau limpide de ce torrent. Mais elle ne maîtrise rien. Un obstacle impromptu, une roche tombée, un arbre déraciné ou un glissement de terrain perturbent le cours impétueux. Le torrent sait que la patience l’emportera, que les imprévus ne sont que des résolutions retardées. Elle ne possède pas cette sérénité. Une parole blessante, un regard détourné, une incompréhension durable, une indifférence mortifère, une attente brisée, surtout celles de Yoann, sont pour elle des barrages épuisants et l’alternance d’euphorie et de détresse confère à ses troubles une force indomptable qui la laisse parfois terriblement démunie. L’impression d’être envahie, de n’être qu’un réceptacle souillé. Un désarroi impitoyable. L’amour en elle comme une lave torturante.

En contemplant le liseré fougueux, elle imagine dans son cheminement vers les hauteurs un retour vers la source, une remontée patiente vers les nappes enfouies de son inconscient enseveli. Dans ses muscles embrasés des désirs de clarté, des compréhensions ultimes. L’esprit entretient les forces, nourrit les fibres, alimente la flamme. Chaque particule de ce corps animé résonne de cette énergie aimantée par la lumière qui scintille. La difficulté à situer clairement le début de son envolée intérieure. Le passé immédiat s’estompe. Depuis quelques temps les évènements s’entremêlent comme des volutes légères, le cours de sa vie cascatelle comme cette eau limpide, le parcours n’est pas de son ressort, le lit est déjà creusé, le déni de l’évidence est le calice des souffrances, l’acceptation est un bonheur incommensurable, elle l’éprouve à chaque instant, c’est devenu une certitude et elle sait aussi qu’en remontant à la source, elle pourra en explorer le moindre recoin, goûter aux ruissellements fondateurs, fouiller les argiles opaques, libérer les tensions accumulées, extirper des vases sombres les refoulements enkystés.


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Commentaires (3)

Thierry
  • 1. Thierry | 05/12/2015
Bonjour Esteban. Mille mercis pour votre commentaire, j'en suis très touché. Il n'est pas simple d'extraire une réflexion d'ordre philosophique et de l'inclure dans un roman mais c'est bien ce que j'essaie de faire dans mes écrits alors je suis très heureux quand je vois que le but est atteint pour quelques lecteurs. Au plaisir de vous lire.
Esteban Paredes
  • 2. Esteban Paredes | 05/12/2015
Bonjour Thierry,

permettez-moi de vous dire que la partie "Les éveillés" qui est contenue dans cette page, je la trouve remarquable.

Cordialement,

Esteban.
hy
  • 3. hy | 16/05/2013
je kiffe ton explication :) !

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