La France profonde

J'entends à la radio parler d'un documentaire de Raymond Depardon et le journaliste utilise le terme de "France profonde".

Alors donc, il existerait une catégorie de Français qui vivraient dans une France profonde. Je suspecte dans l'expression une connotation péjorative et je me dis que pourtant quand on parle d'un travail profond, il s'agit d'une exploration poussée du potentiel. L'inverse serait donc un travail de surface et il n'aurait évidemment guère les qualités de son opposé.

Serait-ce donc que la France profonde serait un territoire dans lequel les habitants parviendraient à une existence sereine et affinée, un saisissement entier du potentiel de la vie ? Et que la France de surface errerait dans une insignifiance tapageuse ?

Mais lorsqu'un journaliste utilise l'expression, que met-il derrière les termes ?

C'est étrange que le regard que l'on pose sur les choses dépend de l'endroit d'où on les observe...Cela signifierait-il que l'acceptation des catégories infuencerait irrémédiablement l'objectivité ?  Mais alors, qu'en est -il de cette objectivité ? L'identification exerce-t-elle conjointement une perdition de la lucidité ?

Si on généralise l'expression, les gens des villes et bien entendu de la capitale détiendraient la capacité à analyser les habitants de la France profonde et à leur attribuer un panel de qualités ou de défauts. Enfin, surtout des défauts d'ailleurs. Parce que dans les villes et donc la France de surface, on sait bien que tout le monde dispose d'un potentiel intellectuel, philosophique et culturel indéniable, une maîtrise de soi, une connaissance de tous les phnénomènes intérieurs, une sagesse inégalable. 

Madame Treitweiller appartenant à la France de surface a d'ailleurs montré toute l'étendue de cette maîtrise...Consternant cette guerre des egos, une ado usant des réseaux sociaux pour régler ses comptes. Ou BHL prenant un bide incommensurable en mettant en scène sa "Ramboïsation" dans les conflits. Ah, elle est belle la France de surface. Et Nadine Morano qui encense le FN avec son langage de fosse à purin. Je ne tenterai même pas de trouver d'autres exemples, rien que d'y penser, je me sens sale. Et puis, il n'y a qu'à lire les actualités sur internet pour s'en faire un catalogue de dix mille pages.

Alors, bon, j'en connais par ici, qui valent bien ces personnages. Une petite vallée paumée au fin fond des Alpes. On a aussi nos Morano. Faut pas rêver. On n'est pas chez les "Bisounours" ou dans "L'île enchantée."

Alors, la France profonde ou la France de surface, celle d'en haut, ou celle d'en bas, celle de gauche ou celle de droite, l'intellectuelle ou la paysanne, le rat des villes ou le rat des champs, tout ça, ce sont des généralisations absolument dérisoires et futiles.

Dans notre raid de l'été dernier à vélo, dans les Monts d'Aubrac, je me souviens d'une rencontre avec un  vieux monsieur. Il ramenait ses poules à la maison. On a causé un bon moment. Il y avait une douceur ineffable dans ses yeux, de la curiosité aussi, il voulait savoir d'où on venait, ce qu'on faisait là. Il nous a raconté son enfance et puis sa vie sur les Hauts Plateaux, tous les changements qu'il avait connus, le départ de ses enfants pour la ville parce que la vie ici était vraiment difficile, plus d'argent, plus de travail, une autarcie que peu supporte. Il était descendu à l'hôpital quelques temps auparavant. Une hantise. Quitter la maison et les animaux, quitter les paysages, le lever du soleil et les orages, les tempêtes de neige et le vent, les journées de soleil et les longues escapades sur les plateaux, aller à la rencontre des vaches, voir si tout va bien, une vie simple et rude.

"Y'aura plus rien comme avant mais faut faire avec. Mais n'empêche qu'on s'est tous bien fait avoir avec leur progrès. On y a perdu bien plus qu'on y a gagné. On nous a dit qu'il fallait acheter des machines et produire plus. Bon, c'est ce qu'on a fait. Résultat : on s'est tous endetté et on a fait faillite parce que ça coûte moins cher de faire venir de la viande d'Argentine ou de tous les coins de la planète. Ah, ça y'a des belles machines dans les fermes ! Et y'a des pendus aussi."

Tristesse et lucidité. La France profonde s'est faite avoir par les politiciens et les financiers. Tout autant que la France des banlieues ou celle des cités industrielles ou des ports de pêches ou des terres agricoles.

Non, il n'y pas une France profonde et une France de surface. Il y a des habitants lambdas qui gèrent leurs existences au mieux ou au moins pire et puis il y a les nantis. La féodalité n'a jamais disparu, elle s'est juste transformée. Les nantis ont tiré les leçons des révolutions et des conflits. Pour préserver la hiérarchie, il faut du pain (un peu) et beaucoup de jeux. Pour l'instant, ça marche encore mais ils sentent bien que la lame de la guillotine pourrait de nouveau être aiguisée. 

J'attends.

blog

Commentaires (1)

Lajotte Françoise
  • 1. Lajotte Françoise | 19/06/2012

Je vais radoter... C'est exactement ce dont parle Henri Vincenot! Cette France, non pas profonde mais proche de la vétité simple, consciente de la perte des campagnes via le modernisme, avec déferlement vers les villes, ce leurre qui a finit par mener à la dépendance via le chômage, etc... Il demeure encore heureusement quelques acteurs de la France profonde, profonde dans ce sens de la vie et de la philosophie simple, simple ne signifignant pas simplet mais juste et sans complication et en lien avec a nature. Sauf que pour voloir s'en tenir à la France profonde que j'entends avec avec la même résonnance que conscience profonde, cela commence à revenir à mettre sa tête sur le billau! "Si tu n'as pas internet, pauvre nase, bientôt tu ne boufferas plus!" La belle, la vraie, le juste, la juste et louable France profonde n'existe pratiquement plus, elle est en danger autant que les Kogis! Quant à ce que généralement on entend sur les médias à propos de France profonde, c'est comme tu le dis,très péjoratif et décrit comme un groupement de personnes incultes n'ayant justement aucune profondeur, incultes entre autre parce qu'elles ne vont pas, au théâtre,au cinéma, ou lise peu et surtout parce qu'elles vivent heureusement au mieux, autrement. Je me demande comment sont considérés les gratteurs de jeux, les consommateurs du dernier objet au noms de plus en plus bizarres et bien étudiés pour séduirent,etc... Effectivement ils ne sont pas cette France profonde qui induit une idée de force pérène, mais ils sont cette France de la faiblesse, de l'espoir vain et voire vil, de l'apel au secours quand justement toutes traces de profondeur ne peut plus avoir de résonnance en eux. La France profonde est en péril mais admirable, la France "admise et habituelle" est en péril mais hélas déplorable de part justement son manque de profondeur...
Oh, Tout cela est assez mal dit... Je souhate que l'idée globale soit comprise.

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau