La narration cinématographique.

Hier, j'ai eu un échange sur Facebook au sujet de la narration que l'utilise...

Sur un court extrait, il est vrai que l'absence de prénoms peut s'avérer perturbante parce que le ou les personnages semblent difficiles à identifier mais c'est toute la problématique d'un extrait au regard de l'ensemble de la structure.


 

Sur FB.

M : "A mon avis il y a trop de " il " au début de chaque phrase.

Th : Je n'utilise quasiment jamais de prénoms. Je travaille sur la narration directe. Je n'existe pas en tant qu'écrivain. Je n'aime pas l'omniscience de l'auteur. Ce qui m'intéresse, c'est de donner à voir à travers les yeux des personnages. Je n'écris donc jamais : "Jean marchait depuis des heures dans l'étroite vallée et il observait les crêtes enneigées. " car dans ce cas-là, ça n'est pas lui raconte sa propre histoire mais un auteur qui l'observe. Je sais que sur un extrait, ça peut sembler étrange voire perturbant mais sur l'ensemble d'un récit, je cherche réellement à créer un transfert entre les personnages et le lecteur. C'est une écriture sur laquelle je travaille depuis longtemps et mes trois autres romans publiés sont construits sur cette intention. Et le douzième que j'écris en ce moment restera dans cette structure narrative. Personnellement, je ne lis plus de romans en narration indirecte. C'est comme si au cinéma, une voix off venait en permanence expliquer aux spectateurs, les actes des personnages. Comme si le spectateur n'avait pas la capacité à "entrer" dans la peau des personnages, comme si les descriptions narratives se révélaient indispensables. A mon sens, c'est juste une marque de distanciation et ça ne répond pas à l'exigence de vie que je tiens à marquer. Ce qui m'importe donc, ça n'est pas de me positionner comme écrivain mais comme caméraman...J'accompagne les personnages mais ils sont eux-mêmes les acteurs. Je ne leur donne pas vie. Ils la racontent...

 


LA-HAUT

Extrait

"Il est au bureau. Il a terminé la maquette de son livre. Il effectue une dernière vérification avant l’envoi à l’éditeur. Pour lui, ça ne fait aucun doute, ce livre-là est le meilleur. Les autres n’étaient que des tentatives. Il n’avait jamais voulu alourdir ses photos par des phrases vides. Désormais, chaque cliché est accompagné d’un texte qui, à ses yeux, a autant d’importance que l’image. Une extension, une envolée. Il imagine désormais un prochain livre accompagné d’un disque sur lequel on entendrait les vents d’altitude, les craquements des pas dans la neige croûtée, le cliquetis des mousquetons, les mélodies apaisantes de l’eau qui ruisselle, les souffles puissants du marcheur, et peut-être même la respiration de l’âme dans la pureté des lieux. Des pages rugueuses comme une peau de granit, glacée comme une eau figée par le froid, chaude et douce comme un tapis d’herbes au soleil, rayonnante comme une dalle lisse exposée au midi, tranchante comme la bise dans les faces Nord. Il voudrait que les sens s’éveillent et que le lecteur ne soit pas qu’un lecteur mais devienne un acteur. Et que le livre l’entraîne à son tour sur les pentes redressées, dans les horizons élevés, qu’il soit son premier guide, qu’il le sorte de sa torpeur, que le livre soit un accoucheur. Comme ce serait bon de croiser sur les chemins les yeux brillants d’amour des marcheurs nouveaux-nés qui montent vers les cimes."


 

Si je remplace le "Il" par le prénom "Jean", le ressenti n'est plus le même.

Dans "la narration cinématographique", la caméra filme ce que le personnage ressent, éprouve, vit, expérimente à travers ses pensées. Le personnage est en observation de lui-même. Il n'est pas décrit par un narrateur. Il est juste "filmé"...

Je cherche à exprimer par conséquent ce qui se passe en lui de façon à ce que ce soit ce "Il" qui intervienne comme dans un miroir. Il me semble que la narration indirecte, c'est à dire l'auteur omniscient, marque une rupture entre le personnage et le lecteur car l'auteur intervient dès lors comme un intermédiaire alors qu'une narration cinématographique cherche à instaurer une "communion". Quand on regarde un film, la caméra n'intervient pas comme intermédiaire. Elle est "invisible", elle n'est qu'un outil et non un architecte. Bien entendu qu'il existe des différences immenses entre la caméra d'un Malick et celle d'un JM Poiré...L'objectif n'est pas le même...

J.M Poiré guide chaque regard. Malick suggère, propose, invite, crée une introspection, une observation intime, existentielle, philosophique et l'usage de la voix Off est primordial. 

Aucun jugement de valeurs de ma part. "Les visiteurs (1)" de J.M Poiré m'ont bien fait rire ^^

Malick me bouleverse...

 

J'aimerais un jour parvenir à une écriture aussi profonde......

J'aimerais en fait disparaître intégralement en tant qu'écrivain et que les personnages que je "filme" existent par eux-mêmes............

La haut


 

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