La tempête

Une discussion très intéressante aujourd'hui en classe.

J'ai posé une question de mathématiques à une élève qui a beaucoup de mal à gérer les émotions qui surviennent dès qu'elle est sous le "feu des projecteurs."

Elle ne trouvait pas la réponse alors que je savais qu'elle en était parfaitement capable. J'ai stoppé sa réflexion et je lui ai demandé "d'observer" ce qui se passait en elle...Moment de silence et puis elle dit, tout doucement,

"Ca me fait chaud...

-Qu'est-ce qui te fait chaud ?

-C'est quand je ne trouve pas la réponse.

-Oui, ça je le sais mais qu'est-ce qui déclenche, intérieurement, cette sensation de chaleur ?

-C'est parce que j'ai honte de ne pas trouver la réponse et je vois que les autres qui lèvent le doigt ont déjà trouvé, alors ça m'énerve contre moi.

-Oui et bien c'est tout simplement de la peur et tout ce qu'elle déclenche."

Silence.

Je voulais leur donner à tous une image pour expliquer le phénomène.

"Imaginez une personne qui décide d'aller balayer les feuilles des arbres qui couvrent sa terrasse. Le vent souffle par rafales et à chaque fois qu'il arrive à former un petit tas de feuilles, il y a une bourrasque très forte qui éparpille toutes les feuilles. Et bien, dans votre tempête, c'est la même chose. C'est la tempête. Les feuilles qui tourbillonnent dans tous les sens sans que vous puissiez les attarper, ce sont vos connaissances, tout ce que vous avez appris, qui est en vous mais tout vole de façon anarchique et vous ne pouvez rien en faire. Il faut calmer la tempête pour que les feuilles se reposent au sol et que vous puissiez les saisir et vous en servir. Sur une des feuilles, il y a la réponse à la question qui est écrite."

Plusieurs enfants interviennent.

"Moi j'ai toujours la même phrase qui tourne dans la tête : mais pourquoi est-ce que je ne trouve pas la réponse."

-Et tu penses que cette phrase peut t'aider ?

-Oh, ben non, ça ne sert à rien.

-Et qui a fabriqué cette phrase dans ta tête ?

-ben, c'est moi.

-Alors, il n'y a que toi qui peut la faire disparaître. C'est pour ça que je vous dis tout le temps qu'il faut vous observer intérieurement. Cette peur, elle n'est pas tombée en toi du plafond, elle ne passait par là par hasard et elle se serait dit : tiens, je vais aller embêter cette petite fille. Moi, quand j'étais petit et que j'avais envie d'aller faire pipi la nuit, j'étais terrorisé par le noir dans le couloir et je ne devais pas allumer la lumière pour ne pas réveiller mon frère. Alors, je longeais le mur en collant mon dos pour que personne ne m'attaque par derrière...Qui avait inventé cette peur ? C'est moi, bien sûr. On a tous des peurs imaginaires. Il faut les regarder et discuter avec elles et donc avec soi."

On a continué la discussion pendant un moment et j'ai repensé à cette réflexion des enfants qui lèvent le doigt pour donner la réponse qu'ils pensent détenir. Cette honte, ce stress, cette peur que ces doigts levés génèrent ne sont absolument pas favorables à l'enfant qui a été interrogé. L'objectif pour moi est de voir si d'autres enfants suivent, réflechissent, souhaitent participer mais par la même occasion, je déstabilise un enfant. C'est moi qui créé cette situation de stress.

La question est donc de savoir si je ne devrais pas interdire aux enfants de lever la main tant que le premier enfant interrogé réfléchit et dire que je peux interroger n'importe qui d'autre dans un moment si je pense que le premier enfant ne trouvera pas.

De plus, il est fort probable que ceux ou celles qui ne cherchent plus parce qu'ils voient des doigts levés se sentiront sous la "menace" d'être désignés et par conséquent, ils continueront à chercher la réponse.

L'objectif de la participation de tous serait atteint et le premier enfant serait "libéré" de cette pression du groupe.

Ce qui est évident en tout cas, c'est que la gestion des émotions est un objectif prioritaire de la classe. Et il faut garder à l'esprit que la pression de la classe est néfaste. Le travail en groupe a cette capacité à libérer les enfants les plus émotifs et c'est donc une pratique très positive.

L'analyse de la pratique...L'essentiel du travail à mener sur soi.

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Commentaires (2)

Thierry
  • 1. Thierry | 09/04/2013
Laura, c'est ce qu'ils vivront si personne ne tente de changer ce fonctionnement à la base, c'est à dire au niveau des enfants avant qu'ils emboîtent le pas de leurs aînés...Oui, je sais, je suis un utopiste :)
Laura Millaud
  • 2. Laura Millaud (site web) | 09/04/2013
C'est extra de les faire travailler sur leurs émotion !
Interdire aux enfants de lever le doigt ...il faut aussi qu'ils apprennent à vivre avec. C'est en permanence qu'ils vont se trouver dans cette situation.

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