Lettre aux écoles 9

"L'avenir de tout être humain, des jeunes comme des vieux, semble sombre et effrayant. La société elle-même est devenue dangereuse et totalement immorale. Quand un jeune affronte le monde, il est inquiet et plutôt effrayé par ce qui va lui arriver au cours de sa vie. Ses parents l'envoient à l'école puis, s'ils ont les moyens, à l'université et ils veulent qu'il trouve un travail, qu'il se marie, qu'il ait des enfants. Quelques années après leur naissance, les parents consacrent peu de temps à leurs enfants. Ils sont préoccupés par leurs propres problèmes et les enfants sont à la merci de leurs éducateurs qui eux-même ont besoin d'éducation. Ces derniers ont peut-être un excellent niveau d'études et ils veulent que leurs élèves acquièrent les meilleurs diplômes, que l'école ait la meilleure réputation. Cependant, les éducateurs ont leurs propres problèmes et à l'exception de quelques pays, leurs salaires sont plutôt bas et socialement, ils ne sont pas tenus en haute estime. Donc, ceux qui vont être éduqués connaissent des moments plutôt difficiles avec leurs parents, leurs éducateurs et leurs compagnons d'études. Ils sont déjà dans ce flot de lutte, d'angoisse, de peur et de compétition. C'est le monde qu'ils ont à affronter : un monde surpeuplé, sous-alimenté, un monde en guerre, un terrorisme grandissant, des gouvernements incompétents, la corruption et la menace de la pauvreté. Cette menace est moins évidente dans les sociétés d'abondance. 

Voilà le monde que les jeunes doivent affronter et naturellement, ils ont vraiment peur. Ils pensent qu'ils doivent être libres, dégagés de toutes activités routinières, qu'ils ne doivent pas se laisser dominer par leurs aînés et ils refusent l'autorité. Pour eux, la liberté, c'est de choisir ce qu'ils veulent faire mais ils sont confus, incertains et ils aimeraient malgré tout qu'on leur montre ce qu'ils doivent faire.

Ainsi, l'étudiant est pris entre le désir de liberté et les exigences de la société qui le presse de se conformer à ses besoins à elle.

Voilà le monde qu'ils ont à affronter et auquel ils doivent s'intégrer au cours de leur éducation.

C'est un monde effrayant."

Krishnamurti.


Je rappelle que ce texte a été écrit en 1982...

Non seulement, rien n'a été fait pour améliorer la situation mais il est même évident que tout s'est aggravé.

Les "sociétés d'abondance" ne sont plus à l'abri de leur "croissance". L'économie ne peut plus valider la pression éducative parce que les perspectives d'avenir ne sont plus portées par cette fameuse évolution sociale. Le conditionnement de l'individu dans ce contexte prend désormais son vrai visage. Etant donné que les valeurs matérialistes ont perdu de leur aura, il ne reste rien. Et la perdition générale apparaît au grand jour.

La solution ne viendra pas des structures politiques étant donné que celles-ci tentent par tous les moyens de sauver l'ancien système. Le moi encapsulé. Le système économique impose un système éducatif, un système de pensées, un système familial, professionnel, un engagement complet de l'individu dans une voie de croissance économique. Mais pas de croissance spirituelle. Et le mot "spitiruel" continue à être perçu comme une dérive sectaire ou religieuse. La plupart des gens n'y voient que des connotations "New Age" ou de gourous infatués. La philosophie n'est pas une valeur marchande et la lucidité qu'elle préconise ne doit pas être mise en valeur. Sa pratique, cognitive, dans une classe de terminale ne met pas en péril le conditionnement. Il est déjà en place. 

La crise n'est pas encore autre chose qu'une crise économique et sociale. Elle ne prendra sa vraie mesure qu'avec la prise de conscience de l'état intérieur des individus. Pour l'instant, les politiques, les économistes, les financiers, s'évertuent à placer des pansements sur les blessures. Les dégâts collatéraux d'ordre existentiel ne sont perçus qu'à travers la détresse sociale. Il n'est pas question de nier la gravité des faits. Il y a des millions d'exclus. Et quelques milliers de privilégiés qui vont oeuvrer au maintien de leurs privilèges. Tout ça n'est toujours qu'un état des lleux superficiel. Dans le sens de l'observation intérieure. C'est le changement de paradigme qu'il faut envisager. Il viendra de chaque individu et sûrement pas d'une structure étatique. Aucun état ne voudrait d'une Révolution spirituelle. Les candidats à la Présidence ne parle que de changements matérialistes. Aussi importants soient-ils au regard de ces millions d'exclus, ces changements ne représentent qu'une tentative de maintien du paradigme. Pour la raison évidente que ce maintien permet le maintien des privilèges.

Pour ce qui est de l'éducation nationale, il est évident qu'elle ne proposera jamais ce changement. Elle est au service de l'Etat et les "éducateurs" sont eux-mêmes les serviteurs. La pyramide est en place. Système féodal. Lorsque j'ai écrit au ministre, il y a de ça, une vingtaine d'années, j'ai été convoqué par l'inspecteur d'académie et "cassé". Blocage de salaire pendant sept ans. Il suffisait de ne pas venir m'inspecter. Je n'ai pas changé de point de vue pour autant. Et je sais même avec le recul combien j'avais raison. Je n'avais juste pas perçu totalement l'ampleur de la manipulation.

Il y a une chose qui m'interpelle dans le texte de Krishnamurti. A mon sens, ça n'est pas "le monde qui est effrayant." C'est l'état intérieur des individus qui le constituent. Un groupe n'existe pas pour lui-même. Il n'est que l'assemblage des individualités. Il conviendrait donc de dire plutôt que "les individus sont effrayants" et que l'assemblage de ces individualités forme un monde effrayant. 

 

Plus effrayant encore est de considérer le fait que ces individus, une fois unifiés, n'existent plus individuellement. Là, on entre dans l'horreur.

Et lorsqu'un groupe existant dès lors par lui-même s'écroule, non seulement les individus perdent leurs repères, mais ils ne peuvent plus exister individuellement. C'est la que la "crise" prend toute son ampleur.

Oui, mais il y a les élections présidentielles qui viennent à point nommé pour rassembler et magnifier de nouveau les identifications. Et on repart pour un tour...Un petit tour...Tout petit...

Prise de conscience;

« Bref, nous sommes une génération perdue »

La crise espagnole ne se traduit pas qu'en statistiques, annonces de coupes budgétaires et levées d'émissions obligataires. Elle inspire aussi les créatifs – artistes, chanteurs, vidéastes – qui ont su traduire avec humour et esprit les troubles que traverse leur pays. Deux vidéos publiées il y a une semaine en témoignent.

Essai sur la génération perdue

Benjamin Villegas, né dans la banlieue de Barcelone en 1982 d'une famille andalouse, a produit un petit bijou sur la "génération perdue", la première génération post-dictature née pleine d'espoir, dont l'horizon s'est sombrement bouché. Sa vidéo, postée le 9 avril sur le Web, totalise plus de 350 000 vues en à peine une semaine (146 000 vues sur la vidéo officielle et 224 000 vues sur une vidéo repostée), par le simple effet du bouche-à-oreille. Sur un ton qui n'est pas sans rappeler certains épisodes de Bref, la mini-série phare de Canal+ (voir l'épisode "Bref, j'ai grandi dans les années 90"), Benjamin Villegas parvient à mettre des mots et des images sur le désarroi et les espoirs douchés de sa génération.

"On nous a fait croire que nous faisions partie de la génération la mieux préparée, que nous serions invincibles. Nous avions juste à souffler des bougies chaque année, exprimer nos désirs, étudier, nous diplômer, être honnêtes, rencontrer notre moitié par un baiser magique (...). On l'a cru, mais la réponse a été... un tas de merde, comme [le processus universitaire de] Bologne, la bulle immobilière, le travail précaire, la corruption, la télé-poubelle, la classe politique."

Cette vidéo-manifeste, inspirée notamment par un documentaire diffusé en janvier sur la télévision publique espagnole, dans laquelle se retrouvent de nombreux jeunes Espagnols, est en fait un prélude et un teaser. Sur la plateforme de financement communautaire Verkami, Benjamin Villegas espère récolter des fonds pour produire le premier album de son groupe, Anicet Lavodrama (du nom du joueur de basket centrafricain, star de la ligue espagnole dans les années 1980). L'album s'intitulera Essai sur la génération perdue. Les chansons sont écrites, il manque encore 2 000 euros pour les enregistrer.

Simiocracia

A 29 ans, le jeune dessinateur catalan Aleix Salo est devenu une véritable star des réseaux sociaux en postant l'an dernier sur YouTube le "booktrailer" (autrement dit la vidéo promotionnelle) de sa première bande dessinée Españistan. De la bulle immobilière à la crise. Drôle et volontairement simpliste, l'auteur décortiquait l'origine de la crise économique en dressant un tableau des dix années qui l'ont précédée et parvenait, en plein mouvement des Indignés, à incarner la révolte des jeunes Espagnols face au système économique et politique. En deux semaines, plus de deux millions de personnes avaient vu le film, qui cumule aujourd'hui plus de huit millions de visites.

Le 9 avril, sa nouvelle vidéo promotionnelle Simiocracia. Chronique de la grande gueule de bois économique, a fait un énorme buzz sur les réseaux sociaux. En une semaine, elle a été vue par plus d'un million de personnes. Durant six minutes, le jeune dessinateur, qui se dit passionné d'économie, revient sur les coupables de la crise et la gestion politique qui a suivi (2008-2011), pour en conclure que le pays est gouverné par des singes...

La vidéo commence par le rappel de la faillite du géant immobilier Matinsa Fadesa qui a laissé sept milliards d'euros de dettes et un stock de logements monstres aux banques espagnoles. Avec un ton satirique, il dénonce le trio amoureux formé par les administrations, les constructeurs et les caisses d'épargne qui a transformé "le secteur public et financier espagnol en un groupe d'insolvables qui se prêtent de l'argent entre eux". Il brosse le portrait d'une société plus occupée à célébrer le triomphe de footballeurs, qui déclarent leurs primes à l'étranger pour ne pas payer d'impôts, qu'à s'inquiéter de l'augmentation exponentielle du nombre de chômeurs. L'auteur s'en prend aussi à la politique de relance menée par José Luis Rodriguez Zapatero, le plan E, doté de 50 milliards d'euros dont 8 milliards destinés à la mise en route de travaux publics ont servi... à rénover des trottoirs. Aleix Salo s'attaque enfin à la politique de rigueur imposée par l'Europe, qui étrangle l'économie. Tout ça, avec un humour très noir, propre à cette génération que l'on dit perdue.

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