Médecine du travail (école)

 

Je n'avais pas parlé de ce drame parce que j'attendais un article allant enfin au fond du problème. La dernière phrase de celui-ci répond à mon questionnement.

 

L'état psychologique du professeur. Aucun jugement de ma part.

Ce que ça révèle, c'est l'absence totale de suivi médical dans le milieu enseignant. 

J'ai été vu une fois par la médecine du travail en 32 ans de carrière. Je ne me souviens que d'une radio des pomumons. Pour la tuberculose, je suppose. Rien sur mon état psychologique. JAMAIS. 

Et d'ailleurs, le médecin de l'Inspection qui considère que "j'étais dans une grande confusion mentale" lorsque j'ai décidé de quitter ma classe ne s'opposerait nullement à ce que j'y retourne...Paradoxe absolu ou inconscience. Imaginons que la situation dans laquelle je me retrouve me conduise à développer un ressenti négatif envers les enfants, un transfert de ma rage contre l'institution sur le dos des enfants. Imaginons qu'ils deviennent mes "victimes"...

Personne ne le saura, personne ne vérifiera et lorsque l'Inspecteur viendra une fois tous les quatre ans, je ne laisserai rien paraître. On ne fait pas le tour d'un individu en trois heures d'inspection. On peut voir sa maîtrise des tâches cognitives mais pour le reste, n'importe qui peut cacher l'essentiel. 

Les enfants, eux, ne disent rien. Ils subissent. Et parfois, même, ils finissent par penser que tous les enseignants sont "comme ça"...

J'ai vu passer dans ma carrière un bon paquet d'enseignants qui n'auraient jamais dû avoir le droit d'enseigner. C'est une réalité.

Il n'est qu'à voir aujourd'hui le nombre d'enseignants vivant malheureusement pour eux des passages difficiles, des enseignants qui ne parviennent plus à gérer une classe et qui sont placés sur les postes de remplaçants. L'Institution considère qu'en ne restant que quelques jours sur un poste, ils n'auront pas le temps de faire des dégâts...

C'est ainsi que sont considérés les enfants ET les enseignants. 

Et encore une fois, je ne porte pas de jugement sur les enseignants qui n'en peuvent plus. Eux aussi, ils sont en souffrance. 

Je condamne par contre l'irresponsabilité de l'État. 

On pourrait me répondre que c'est aux enseignants d'être responsables et lucides et demander à quitter la classe.

Je rappelerai juste que ça va faire deux ans que je demande une reconversion et qu'elles m'ont été refusées. 

Par contre,je peux reprendre un poste lundi matin si je le demande....Peu leur importe si je suis en état ou pas. 

 


Avalanche aux Deux Alpes : l'enseignant a été mis en examen

Des bougies et des bouquets ont été déposés jeudi devant le lycée Saint-Exupéry à Lyon en hommage aux victimes de l'avalanche où deux lycéens ont trouvé la mort, mercredi, aux Deux-Alpes.

 

Le professeur qui a accompagné les élèves sur la piste de ski fermée où s'est produit le drame sortait d'hôpital psychiatrique.

L'enquête sur l'avalanche ayant coûté mercredi la vie à deux lycéens de 16 ans aux Deux Alpes (Isère) s'intéresse à leur professeur, Michel A. Ce dernier a été mis en examen samedi pour homicides involontaires et placé sous contrôle judiciaire. «Il reconnaît sa responsabilité, il n'est pas dans le déni. Il ne s'est pas rendu compte du danger car beaucoup de monde avait emprunté cette piste depuis deux jours», a déclaré à l'AFP Me Bénédicte Tarayre.

Le professeur était toujours hospitalisé au CHU de Grenoble samedi. Le procureur, le juge d'instruction et une greffière se sont rendus à son chevet pour lui signifier sa mise en examen. «Il est choqué, il est dépité», a souligné son avocate, précisant que «son état physique et psychologique» ne lui permettait pas d'exercer sa profession à court terme.

Professeur d'éducation physique et sportive (EPS) depuis vingt-trois ans, cet homme de 47 ans était sorti en novembre d'un séjour en hôpital psychiatrique. Il prenait un traitement composé d'antidépresseurs et de stabilisateurs d'humeur, des médicaments qui servent à soigner un épisode dépressif survenant dans le cadre de troubles bipolaires.

Entendu par les gendarmes au CHU de Grenoble, où il avait été transporté mercredi, blessé, il a demandé à retourner à l'hôpital psychiatrique. Outre sa mise en examen, il devrait être suspendu de son poste à titre conservatoire et faire l'objet d'une enquête administrative interne. Il risque une exclusion temporaire voire une révocation de l'Éducation nationale.

L'avalanche s'est déclenchée mercredi faisant trois morts, dont deux lycéens et un touriste «probablement» ukrainien. Deux autres adolescents ont été grièvement blessés. L'enseignant qui avait un excellent niveau de ski n'avait pas regardé la météo le matin des faits, alors que cette dernière annonçait un risque d'avalanche. Au moment de s'engager sur la piste noire, fermée par un filet, il a indiqué aux enquêteurs «qu'il pouvait y aller et a dit en garde à vue qu'il n'avait pas vu le danger». Il aurait été rassuré par le fait que des dizaines de skieurs bravaient l'interdiction depuis plusieurs jours. Il avait d'ailleurs parcouru sans dommage, mardi, cette piste pourtant fermée depuis le début de la saison. Certains élèves qu'il accompagnait avaient alors refusé de s'engager. Les dix-neuf élèves, tous inscrits en option intensive de sport au lycée Saint-Exupéry de Lyon étaient répartis selon leur niveau en ski et les dix adolescents qu'il encadrait faisaient partie des meilleurs. Mercredi matin, ils avaient à nouveau émis le souhait de descendre cette piste interdite mais un autre enseignant s'y était opposé. Responsable du Snep-FSU, le syndicat local de professeurs d'EPS, Jean-Paul Tournaire affirme que Michel A. «se serait laissé entraîner, à tort évidemment, par des élèves souhaitant skier sur cette piste».

Des professeurs du lycée font part d'un homme «avec quelques problèmes psychologiques», «assez renfermé», «avec une vie personnelle compliquée». Certains savaient que ce père de trois enfants sortait de «congé pour dépression» mais n'avaient pas connaissance de son séjour en hôpital psychiatrique. Et ils n'évoquent pas de problèmes comportementaux avec les élèves. La représentante des parents de l'établissement n'a pas non plus connaissance «de problèmes». Les responsabilités éventuelles de la hiérarchie du professeur vont être passées au crible. La direction de l'établissement lui avait confié la responsabilité, avec deux autres enseignants, d'encadrer les lycéens. Selon l'entourage de Najat Vallaud-Belkacem, la proviseure, «très réputée» n'aurait pas eu connaissance de l'état psychologique fragile de ce professeur. Elle a été entendue vendredi, assistée d'un avocat.

Si des élèves ont fait part d'un manque «important et récurrent» d'autorité de sa part, d'autres dressent un portrait élogieux, passionné. Il est aussi question de quelqu'un de «cool et rebelle», «un peu exalté». Ils sont d'autant plus étonnés par son manque de prudence que le professeur avait subi il y a quelques années un accident important de ski, avec plusieurs opérations lourdes et des séquelles. Mais ils le défendent: «C'est difficile lors d'une sortie ski de gérer un groupe car on s'éparpille très vite. Les décisions peuvent se prendre en quelques secondes».

«Cela peut faire penser à l'histoire de la Germanwings», observe Philippe Tournier, secrétaire général du Snpden, syndicat de proviseurs, faisant le parallèle avec les failles dans le contrôle psychologique du pilote qui avait entraîné dans sa mort, en mars, les passagers du vol Barcelone-Düsseldorf. Il rappelle qu'un chef d'établissement n'est pas censé connaître les motifs de congé maladie d'un professeur. Il accuse surtout l'absence de médecine du travail au sein de l'Éducation nationale:

«En 40 ans de carrière, l'état psychologique ou de santé d'un professeur n'est jamais contrôlé…».

 


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