Mémoire pestilentielle

"Une mare pleine d'immondices dégage son odeur la plus agressive au moment où on la récure. L'étendue et l'épaisseur de la saleté se mesurent lorsqu'on nettoie. "

Mâ Ananda Moyî.


 Il n'est pas suffisant d'oeuvrer à ce nettoyage émotionnel, existentiel, historique.

Il convient ensuite d'épurer la mémoire car sinon, le mental se complait à réactiver l'époque révolue des immondices. Il s'y retrouve et reprend vie lui, qui n'a plus d'emprise dans le malaxage permanent des immondices. Le Moi ne supporte pas l'absence. Ni tout autant le vide. La mémoire est  son ultime recours.

Je réalise, année après année, à quel point j'oublie, à quel point, en dehors des textes que j'ai écrits, les ancrages sombrent les uns après les autres. Je ne jetterai pas pour autant ce que j'ai écrit. Non pas parce qu'il me plaît de ressasser les épreuves ou de contempler le chemin parcouru mais parce qu'il m'arrive dans les moments de flottement et d'errance de regarder simplement le titre d'un ouvrage pour savoir d'où je viens. C'est comme une brique posée pour les fondations. Il n'y a rien à rejeter et si je voulais faire disparaître les fondations sur quoi pourrais-je bâtir ?

Je dispose désormais d'une mémoire écrite et il est donc inutile que je m'obstine à préserver sur le plan de la mémoire "cérébrale" ce qui n'a plus lieu d'être devant moi. Cette vie passée s'efface dans le brouillard des émotions apaisées, une brume nullement inquiétante, juste des voiles diaphanes posés sur le chemin, dans mon dos. 

Aucun fantôme n'en surgira. Plus aucune âme disparue n'a à souffrir de mes faiblesses. J'ai vidé la mémoire émotionnelle comme un disque dur.

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