Mon coeur

Mon coeur.

Bien sûr, en lisant le titre, on s'attend à tomber sur une déclaration d'amour, des phrases merveilleuses, un hommage flamboyant envers l'être aimé...Celle que j'aime sait combien je l'aime. "Le diamant de ma vie dans l'écrin des montagnes."

Mais il s'agit de mon coeur, le mien, celui qui bat dans ma poitrine. Il y a quelques temps, j'ai fait une alerte vasculaire cérébrale sous la forme d'une diplopie binoculaire. Examens en urgence, échographies des artères, scanner cérébral et électrocardiogramme. Et c'est là que j'ai rencontré mon coeur. Je l'ai vu battre sur un écran. Au début, j'ai pensé immédiatement aux échographies sur le ventre de ma princesse, lorsqu'elle portait nos enfants. Ce petit battement rapide, ce petit être en formation, un bonheur à venir.

Cette fois, je n'arrivais pas à réaliser que c'était mon coeur, un organe en moi, celui qui portait le flux vital, celui que la vie avait investi pour que j'apparaisse. Une émotion immense, là, avec une force belle à pleurer, ce mouvement régulier auquel je ne pense pas, pour lequel je n'interviens pas, gonflement, contraction, gonflement, contraction, un tempo liquide, comme au fond d'un océan.

Clouic cic, clouic cic, clouic cic, clouic cic...

Mon coeur...L'impression que le terme ne convenait pas. Comment s'attribuer un organe que je ne possède pas, sur lequel je n'ai aucun pouvoir, qui vit en moi sa propre existence, dans le secret d'un corps auquel je suis identifié puisque c'est lui que les autres voient ? Je ne suis qu'une enveloppe et lui le courrier. Et j'ignorais son message.

Clouic cic, clouic cic, clouic cic, clouic cic...

La vie extérieure à laquelle on attache toute notre énergie et cette vie cachée qu'on ignore, à laquelle on ne pense même pas, comme si sa présence était une évidence, comme si son fonctionnement relevait de la raison, qu'il n'y avait pas à s'en préoccuper autrement que de chercher à rester en bonne santé. Une insignifiance brutale. Comme si, là, sous mes yeux, dans l'écran coloré, ces flux sanguins, ces valves animées de spasmes contrôlés (par quoi, par qui?) , toute cette machinerie miraculeuse prenait soudainement la forme réelle de la vie. J'ai pourtant déjà été confronté à bien d'autres soucis de santé. Mais je n'avais jamais vu mon coeur en direct. La médecine ne m'avait proposé que des radios, des scanners, des images figées, sans aucun son, aucun mouvement, aucune vie "palpable". On devrait peut-être faire passer un électocardiogramme à tous les enfants de la Terre. Qu'ils aient tous la chance immense de rencontrer un jour la Vie qui est en eux. Qu'ils réalisent, même si ça n'est pas verbalisé, que c'est la vie qui se sert de nous, que nous ne sommes que des convoyeurs très chanceux.


Tout ce que j'ai vécu, tous ces élans qui m'ont laissé hagard, ces instants merveilleux au coeur du monde, n'étaient-ils que des approches inachevées, des horizons insuffisamment parcourus, et l'amour pour les êtres, ces embrasements de l'âme ou du coeur, cet antre mystérieux qui s'enflamme, n'étaient-ils que des tremplins insignifiants, des sauts de puce alors qu'en moi se tenait un géant assoupi ?

En fait, moi aussi, j'ai été enceinte. Enceinte de la conscience de la Vie. Et j'ai enfanté ce jour-là.

Je comprends aujourd'hui pourquoi j'ai eu ce désir irrépressible d'écrire "A coeur ouvert".

blog

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau