Passé, présent, futur

Je dis à mes élèves qu'il y a trois temps de conjugaison. Mais ces trois temps n'existent pas de la même façon. Il faut être inscrit dans le présent pour pouvoir se projeter dans le passé ou dans le futur. Il y a la conscience présente des choses passées et la conscience présente d'un futur à venir. Si je reste ancré dans le passé et que je le ressasse, je ne suis plus dans le présent et je perds ma faculté à saisir la vie. Je me nourris de choses mortes et elles pourrissent en moi. Si je me projette dans un espoir et que le futur me nourrit, je perds là encore l'opportunité d'être vivant. Je suis dans un cas comme dans l'autre un fantôme temporel qui n'a plus de matière mais qui erre dans les affres d'un mental tout puissant.

Cela ne signifie pas que cette psychologie temporelle n'a pas d'importance mais il convient d'en saisir la futilité et même le danger.

Le passé ne peut pas être un souvenir revécu et la prévision n'est pas une vie réelle. Ces deux entités psychologiques sont des ersatz éphémères et il ne tient qu'à moi de jouer avec sans qu'elles ne me dominent.

Le passé et le futur ne sont pas de purs néants mais ce ne sont pas non plus des existants. Ils ne sont que des extensions rendues possibles par la puissance de mon esprit. Cette puissance ne doit pas se retourner contre moi.

Bien entendu, mon passé est à la source de mon présent et le futur que j'envisage peut nourrir les forces présentes. L'équilibre à établir est un travail de longue haleine. L'observation interne se doit d'être constante. Ne jamais se perdre dans l'illusion. 

Même si le présent bascule sans cesse dans le passé, je dois faire en sorte que ce présent soit le plus efficient possible pour que le passé ne sombre pas dans le regret.

Même si le présent est une projection constante et immédiate vers le futur, je dois faire en sorte que ce présent soit le plus efficient possible pour que ce futur ne devienne pas une illusion.

La phrase que j'écris tombe immédiatement dans le passé et la phrase que je conçois n'est pas encore écrite. C'est l'intensité du présent qui parviendra à établir une justesse dans cette imbrication. Le présent représente donc un espace extrêmement bref, quasi inexistant au regard du temps. Mais c'est justement là que prend forme l'intensité. C'est parce que le présent est redoutablement furtif qu'il se doit d'être saisi à bras le corps, étreint, aimé, au risque de tomber dans un passé vorace ou un futur hallucinogène.

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