Sur l'Amour

En travaillant sur le roman en cours, "KUNDALINI", je me suis souvenu qu'en écrivant "JUSQU'AU BOUT", j'avais senti un manque à ne pas avoir approfondi davantage la relation amoureuse et sa dimension sexuelle et je m'étais promis d'y revenir plus tard. "JUSQU'AU BOUT" était déjà un long roman et je ne pouvais le développer encore.

"KUNDALINI" m'offre l'occasion de combler ce manque. 

"JUSQU'AU BOUT"

Extrait.

Pierre, le personnage central, a rencontré deux jeunes Hollandaises naturistes sur une plage des Landes. Ils ont fait connaissance et un amour à trois est né. 

Jusqu

"Ils prirent les affaires de la journée et filèrent vers l’océan.

Ils s’étourdirent dans les vagues, engagèrent des parties de raquettes et décidèrent de bâtir une muraille de sable contre la marée montante. Birgitt ramassa des morceaux de bois, Yolanda des algues et il chercha des pierres. Il ne trouva que des petits galets et des coquillages vides. En mélangeant l’ensemble avec du sable, ils constituèrent un amalgame solide. Ils s’assirent dans leur forteresse et regardèrent les vagues lancer leurs assauts.

« Après l’année en Islande, on va chercher un fourgon. On ne va plus aller dans les centres, on veut faire comme toi et ça sera beau, tous les trois ensembles.

-Ça serait même merveilleux. Et je vous attendrai, annonça-t-il. Vous m’écrirez ?

- Oui, c’est sûr ! répondit aussitôt Yolanda qui s’étonna de la question. Pour Birgitt et moi, continua-t-elle, concentrée sur ses mots, on t’a dit, les garçons c’était beaucoup fini, on disait que c’était trop de mal. Avec toi, c’est le bonheur et on sait que c’est pas fini. C’est possible de connaître des gens comme nous, on croyait plus ça, c’est très beau et très important tu nous as donné ça. »

Cette fois, il n’eut aucune pensée négative et il en fut heureux.

« C’est un beau cadeau… que tu nous as fait, continua Birgitt en s’appliquant. C’est avec toi…qu’on veut passer les vacances. »

Il se détendit.

« C’est une belle histoire, tu trouves pas ? interrogea Birgitt.

- Pour moi, c’est une histoire magnifique, la plus belle période de ma vie et j’espère de tout mon cœur que ce n’est pas fini », répondit-il le plus chaleureusement possible.

Birgitt s’approcha et l’embrassa tendrement sur la joue.

« Non, c’est pas fini, c’est beaucoup de belles choses qu’on va vivre encore. C’est pas grave si on est loin. On sera très heureux de se voir. »

Une vague arriva jusqu’au mur de sable.

« Oh la, c’est l’attaque ! s’exclama Yolanda.

- Vous pourrez me donner des titres de livres que vous connaissez, j’aimerais beaucoup apprendre des choses sur la méditation.

- Oui, on va te donner ça. On fera une liste et on l’enverra en français.

- On va aussi te dire un titre sur le Tao de l’amour, annonça Birgitt, avec un sourire espiègle. C’est très beau. C’est les Chinois ils ont écrit ça, c’est pour faire l’amour mais avec l’esprit pareil que le corps, pour unir les deux très fort. C’est difficile à expliquer.

- Il faut oublier on fait l’amour, continua Yolanda, il faut pas penser à l’orgasme, c’est trop petit. C’est beaucoup plus long avec le Tao sexuel. »

Il s’aperçut de la joie qu’elles éprouvaient à approfondir le sujet. Il essaya de se concentrer sur les idées et pas sur les sensations qui s’éveillaient.

« Il faut prendre son temps, c’est le mélange des énergies, c’est pas juste le plaisir, la pénétration n’est  pas obligatoire. »

Il espérait qu’une grosse vague vienne casser la discussion…Il savait qu’il pouvait rester nu auprès d’elles, jouer sans retenue, les toucher sans intentions cachées, s’émerveiller de leurs gestes et de leur grâce, se délecter des reflets mouillés sur leurs peaux brillantes et des gouttes accrochées dans les buissons blonds entre leurs cuisses, mais parler de sexualité, avec une telle franchise et tant de précisions, représentait un défi difficile à surmonter.

« C’est donner du bonheur à l’autre avant de prendre pour soi, c’est souvent avec le Tao, la femme a  plusieurs orgasmes et l’homme apprend à garder son plaisir, à garder son orgasme pour le faire grandir. C’est pas nécessaire que le garçon donne son sperme pour avoir beaucoup de plaisir. »

Il ne parvenait plus à réfréner toutes les images, elles s‘imposaient aux mots et la première sensation de gonflement de son sexe l’affola. Pour l’arrêter, il devait y penser mais plus il y pensait, plus la sensation était précise. Il prit du sable dans ses mains et le laissa couler volontairement sur son ventre.

« Avec le Tao, si l’homme et la femme font bien l’amour, c’est possible après l’orgasme, c’est l’excitation toujours pareil, c’est l’esprit qui a gardé son énergie et il va la donner au corps pour recommencer, c’est pas comme d’habitude avec le garçon qui s’endort ! se moqua-t-elle en le regardant. Si le garçon apprend à garder son sperme, son sexe reste dur et c’est bon pour continuer longtemps. La femme, elle peut encore beaucoup avoir du plaisir. C’est bien pour elle, plusieurs orgasmes. »

Il se demandait si les vagues allaient finir par se lancer véritablement à l’assaut du mur ou si elles avaient décidé de l’abandonner à son sort. Son bas ventre était couvert de sable et il n’osait baisser les yeux.

« Dans le livre, c’est raconté que l’homme et la femme peuvent…Je sais pas comment dire. C’est possible de plus savoir si c’est l’homme ou la femme, c’est un mélange pour avoir l’orgasme cosmique.

Mais je sais pas dire en français.

- Je le lirai et après ce sera plus facile d’en parler », coupa-t-il.

Il eut peur qu’elle rajoute qu’il ne resterait qu’à essayer car, là, il savait que la situation aurait été désespérée.

Une vague vint taper le mur et jeter des paquets d’écume dans leur trou.

« Ouais, super ! cria-t-il en la remerciant intérieurement. Il bondit, sauta l’enceinte, sans leur laisser le temps de l’observer précisément  et plongea dans le rouleau suivant.

Elles le rejoignirent en riant.

Il visualisa le flux sanguin qui se retirait de son sexe pour aller réchauffer le cœur saisi par le froid. Il pensa qu’il lui faudrait beaucoup de lectures avant de parvenir au début d’un contrôle.

Les vagues suivantes assaillirent leur muraille. Ils s’installèrent sur la plage, assis sur le sable chaud et ils la regardèrent s’effondrer.

En admirant la montée irrésistible de cette masse souveraine, il pensa à ces moments de l’année pendant lesquels il avait senti gonfler en lui des flots puissants de haine. Ils avaient tout balayé sur leurs passages, sans retenue, sans contrôle et sans raison profonde. Juste une force libérée aussitôt suivie d’un calme plat, comme une marée basse pendant laquelle il avait ressassé les souvenirs et s’était enfoncé dans les noirceurs, laissant s’installer dans les profondeurs les ferments indispensables à une nouvelle crise. Il sentit combien, dans cette alternance épuisante, rien n’avait été maîtrisé, rien n’avait réellement été décidé. L’océan obéissait à la lune, il avait obéi à la haine. Il se promit de n’être désormais qu’un flot montant, puissant mais calme, une volonté déterminée mais prudente et réfléchie. Il s’accorda la possibilité de périodes d’étale mais il refuserait les reflux. Yolanda et Birgitt seraient les gardiennes de cette élévation.

« Vous m’aiderez toujours à progresser ? » demanda-t-il soudainement, le souffle presque coupé dans l’attente d’une réponse.

Elles le regardèrent, surprises.                                                        

« On t’aidera si tu as besoin de nous, répondit Yolanda sans vraiment comprendre.

- On est bien avec toi, Pierre, c’est du bonheur, c’est pas des problèmes inutiles, c’est pas du temps perdu avec des bêtises. C’est beau tout ça ensemble et on veut continuer. On sera toujours avec toi », ajouta Birgitt, le visage rayonnant.

Il respira plus facilement quelques secondes puis il songea avec inquiétude combien il semblait impossible à une eau de remonter la pente. Il chercha la source et le nom de ce magnétisme, constant et omnipotent, capable de l’entraîner vers les sommets, sans jamais l’abandonner…Seul l’amour lui vint à l’esprit. L’amour pour deux jeunes filles porteuses de lumière et de connaissances, de joies et de bonheurs quotidiens. Il devina alors que cette situation étrange et  particulière, que ce partage d’amour pouvait le conduire à un développement supérieur, hors de toute contrainte. Ils s’aimeraient pour grandir. Il pensa à Nolwenn et comprit que cet amour-là maintenait encore une fois un lien social, une image récurrente, entretenait une morale sous-jacente. Le couple, les enfants, la famille, la maison, le travail, la vie quotidienne, l’enfermement accepté, la quête permanente des plaisirs licites et apaisants, juste des plaisirs et rien d’autre, la satisfaction jouissive et immédiate des biens matériels, l’abandon volontaire, la participation pleine et entière à ce tourbillon écœurant. Les hommes avaient fait de l’amour un collaborateur de l’embrigadement, un maître adoré, vénéré et immensément pervers, un soldat camouflé pour l’instruction joyeuse d’une armée sans cesse renouvelée, agrandie et à laquelle le monde entier souhaitait à tout prix participer. Et les âmes solitaires crevaient de désespoir devant le rejet de leur intégration à cette masse heureuse et soumise. C’était d’ailleurs devenu un marché. Il pensa à ces agences matrimoniales qui recrutaient parmi les réformés et continuaient à gonfler les rangs…Quelle misère…Seule la mort venait mettre un terme à cette vie gâchée, perdue, salie et toujours aveuglément soumise. Il avait quitté tout cela qui n’était rien, il avait rencontré une autre voie. L’amour serait son guide, pas son maître. Ils ne formeraient pas un couple, mais un trio, ils n’auraient pas d’autres enfants que leurs lumières communes, ils s’échapperaient des pièges dorés en s’immergeant dans une nature apaisante et complice. Ils seraient des maquisards. Des résistants luttant contre l’armée mondiale des couples d’amoureux, les impuissants de l’esprit, simples reproducteurs fidèles des idées de leurs pairs.

« Je vous aime », dit-il sentant aussitôt l’insuffisance de ces mots salis par tant de répétitions mensongères et planétaires. Elles virent pourtant dans son regard l’importance de ces paroles. Elles se rapprochèrent, chacune d’un côté et se collèrent à lui. Ils regardèrent ensemble l’horizon ouvert.

Il ne sentit aucun plaisir cette fois, juste une force immense. Immense…Comme une marée montante.

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Commentaires (2)

Thierry LEDRU
  • 1. Thierry LEDRU | 13/08/2016

Merci Jaroslav. Un grand bonheur de voir que les mots restituent correctement ce que vous connaissez de vos compatriotes. C'était un challenge délicat au regard du thème mais également de la forme, de la sonorité dans l'usage du français, de l'ambiance, de ce partage...
Merci.

Jaroslav
  • 2. Jaroslav | 11/08/2016

Je reconnais bien la spontanéité et l'ouverture d'esprit de mes compatriotes féminines dans le portrait de Birgitt et Yolanda.

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