Sur l'orgasme féminin (1) (sexualité sacrée)

A quoi sert l’orgasme féminin ?

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La sous-controverse scientifique est la plus fondamentale, car c’est en grande partie elle qui engendre à la base la controverse générale et nourrit les autres sous-controverses. Elle crée le débat initial sur la question de l’explication de la conservation de l’orgasme féminin dans l’évolution. Comme on l’a présenté dans l’introduction, le point de départ est l’observation de l’occurrence du phénomène orgasmique, d’abord chez l’animal, puis chez l’homme. La constatation d’une anorgasmie chez la grande majorité des femelles animales (sauf quelques espèces de singes), et le fait que de nombreuses femmes ne parviennent que rarement ou jamais à l’atteindre a stimulé des interrogations dans la sphère des scientifiques s’intéressant à la sexualité en lien avec l’évolution et l’anthropologie : les animaux n’ont pas d’orgasmes (dans l’ensemble), mais les femmes si ; certaines femmes ont des orgasmes, d’autres pas, pourquoi ? Les évolutionnistes se sont saisis les premiers de cette question. Leur réponse est basée sur la théorie néo-darwiniste de l’évolution : l’orgasme existe chez certaines femmes, il s’agit donc d’un trait particulier qui a été acquis et conservé chez ces femmes là au cours de l’évolution. Ce caractère est apparu et a perduré, ce qui d’un point de vue évolutionniste signifie que ce trait possède une fonction particulière, qu’il confère a celui qui le détient un avantage adaptatif.

Comment l’orgasme favorise-t-il la reproduction ?

Une première phase de la controverse s’ouvre alors, basée sur une première affirmation : celle que l’orgasme procurerait un avantage adaptatif en favorisant la reproduction. En effet, l’orgasme étant impliqué dans l’acte sexuel, c’est-à-dire d’un point de vue évolutionniste dans la reproduction, le postulat avancé consiste à dire que celui-ci augmenterait les chances de la femme d’avoir une descendance de quantité et/ou de qualité. Plusieurs chercheurs, majoritairement biologistes, zoologues ou anthropologues, opposent ainsi diverses théories, proposant chacun une version différente de la cause de la conservation évolutive de l’orgasme comme avantage pour la reproduction. On retrouve ici deux courants principaux : ceux conférant à l’orgasme des propriétés physiologiques particulières qui accroîtraient, lors de l’acte sexuel, les probabilités de fécondation. Desmond Morris a été parmi les premiers biologistes à proposer dans les années 1960 la théorie que l’on a pu surnommer par la suite « théorie de l’anti-gravité », ou « poleaxe theory » ; en 1993, c’est Baker et Bellis qui avancent la « sperm up-suck theory ». La théorie initiale de Morris est finalement écartée par la majorité des chercheurs du sujet, tandis que, les travaux de Baker et Bellis sur la sexualité liée à la reproduction et à la sélection des gamètes gagnant en popularité, leur vision se popularise.

Le débat s’enrichit ensuite avec l’intervention de chercheurs s’intéressant à une étude plus anthropologique. Leur idée commune est de chercher à expliquer l’avantage adaptatif de l’orgasme avec des arguments reposant sur la psychologie évolutive humaine et sur les mécanismes de l’écologie. Dans l’ensemble, ils s’inspirent de deux principes : le premier consiste à supposer que l’orgasme pourrait être une adaptation ayant trait à l’évolution spécifique de la race humaine, en particulier dans le domaine de la sexualité. En effet, l’homme a au cours du temps, et ceci justement en commun avec les quelques rares espèces présentant un orgasme féminin, développé un comportement sexuel non reproductif, basé sur la jouissance liée à l’acte sexuel et à l’érotisme et non plus à la reproduction de l’espèce. Le plaisir devient donc une notion fondamentale pour comprendre certains traits du comportement humain, et ceci particulièrement chez la femme, qui ne ressent pas automatiquement de (fort) plaisir lors du coït, au contraire de l’homme. C’est là qu’intervient le second principe, celui de la récompense : la femme va ainsi rechercher l’acte sexuel, non pas forcément pour des raisons reproductives, mais plutôt dans un but de plaisir. Or l’orgasme, c’est précisément le stade ultime de ce plaisir sexuel, et c’est ainsi que la femme va chercher, par l’acte sexuel, à ressentir un orgasme. Celui-ci devient la récompense que celle-ci tire de l’acte reproducteur, qui n’est plus le but en soi. L’idée de cette étude anthropologique est de supposer justement que cette recherche féminine du plaisir sexuel aurait pu être sélectionnée au travers de l’orgasme, conservé pour son intérêt pour la reproduction (puisqu’il incite à l’acte sexuel). Parmi les théories émises, certaines proposent par exemple de considérer que l’orgasme permettrait de sélectionner les partenaires sexuels, ou de favoriser la création d’un lien affectif entre la femme et l’homme, etc.


Remise en cause : l’orgasme a-t-il tout simplement une fonction ?

La controverse va alors franchir un nouveau cap, qui va largement bouleverser le débat et la position des acteurs : en 2005, Elizabeth Lloyd réactualise dans son ouvrage The Case of Female Orgasm une théorie émise pour la première fois par Donald Symons vingt-six ans plus tôt, mais à cette époque largement rejetée par l’opinion scientifique : elle soutient que l’orgasme féminin n’a pas de fonction adaptative d’aucune sorte. Elle critique une par une toutes les théories publiées précédemment plaidant pour un orgasme favorisant la reproduction, et affirme que ce caractère n’existe chez la femme qu’en tant que reliquat de l’orgasme masculin. Le retentissement de l’œuvre de Lloyd est double : il ravive le débat dans la sphère scientifique, où les scientifiques attaqués et leurs soutiens vont venir défendre leurs théories face à Lloyd et ses alliés, et dans le même temps, il contribue notablement à ouvrir la controverse à la sphère publique au travers de ses répercussions médiatiques. La question primordiale n’est plus désormais de trouver la fonction de l’orgasme féminin, mais, grâce ou à cause de Lloyd, de savoir s’il en a une.

Ce qui entretient la controverse

Le débat autour et au sein de cette sous-controverse est largement alimentée par la faiblesse des informations objectives. Toute controverse nait de l’incertitude, de l’absence de connaissance ou de possibilité de réponse objective et impartiale à la question ; et dans la controverse sur l’orgasme féminin… c’est de l’orgasme même que nait l’incertitude. En effet, la définition même du phénomène physiologique que constitue l’orgasme, la compréhension précise de son mécanisme, en soi sa définition donne elle-même lieu à une sous-controverse, sur laquelle il nous a fallu également nous pencher. Faute de définition claire, la réflexion est biaisée car chaque acteur interprète l’orgasme et ses composantes dans son intérêt. D’autre part, même si les études scientifiques sur la sexualité sont nombreuses et riches, celles portant précisément sur l’orgasme féminin et ses caractéristiques évolutives ne sont pas légions. Elles sont très minoritaires en France, et même à l’étranger, où le sujet retient plus l’attention des scientifiques (notamment aux Etats-Unis), les laboratoires étudiant le sujet ne sont pas très nombreux. La recherche sur la question est évidemment influencée par de nombreux facteurs (que nous étudions également dans la suite), mais aussi victime de la difficulté de récolter des informations sur un sujet tel que l’orgasme féminin, à la fois intime et fantasmé, personnel et fortement sociétal. Quoi qu’il en soit, la conséquence en est une absence de données chiffrées de référence, d’études sur de larges séries. Les sondages sont dans ce domaine un outil privilégié, mais l’on sait leurs limites et leurs faiblesses, surtout sur de telles questions. Les expérimentations de laboratoires quant à elles, réalisées sur des femmes interrogées ou testées, sont limitées par la taille de leurs échantillons et influencées par l’orientation des chercheurs les réalisant. Ainsi la faiblesse des informations disponibles alimente le débat scientifique, en mettant à la disposition des acteurs une vaste sélection d’arguments envisageables, leur permettant de diversifier leur position, ce qui participe évidemment à la richesse particulière de cette controverse.

Comment la femme atteint-elle l’orgasme ?

Ou autrement dit, par quels moyens et mécanismes la femme atteint-elle l’orgasme ? Ou bien, peut-on expliquer l’anorgasmie en décelant un mécanisme qui ferait défaut ? Ou encore, n’y a-t-il qu’une seule façon d’atteindre l’orgasme ?

Toutes ces questions sont en fait dérivées de la première. On observe que des femmes (pas toute) ont des orgasmes. L’existence de l’orgasme n’est pas à prouver. Toutefois, sa définition et son processus (comment d’un sentiment d’excitation, la femme atteint le sentiment de jouissance – l’orgasme ?) sont des domaines controversés. Or, il peut arriver qu’un conflit entre deux acteurs ne soit qu’un conflit de définition. Par exemple, la sexologie (ou sexothérapie) différentie dans l’orgasme deux composantes qui sont intimement liées : la composante physiologique et la composante psychologique. Or, il arrive souvent que les études menées par des biologistes évolutionnistes ne s’intéressent qu’à la partie physiologique (que les sexologues appellent « orgaste ») et non à la partie psychologique (c’est le cas par exemple de la théorie du « sperm suck-up » ou de l’ « anti gravité »). Il est donc primordiale pour notre controverse de revenir sur la question des mécanismes menant à l’orgasme et donc in fine de sa définition.

Finalement, nous nous posons trois questions :

Premièrement, devant la controverse autour du point G et entre l’orgasme vaginal et clitoridien, nous nous demandons s’il y a plusieurs types d’orgasmes et si oui quels sont-ils ? Deuxièmement, nous nous demandons de quoi dépend l’orgasme ? Quels sont les paramètres de l’orgasme, qu’est ce qui influence l’apparition ou non de l’orgasme ? Enfin nous nous demandons comment l’orgasme se manifeste. Les types d’orgasmes :
Ce sont l’orgasme clitoridien (qui provient de la stimulation du clitoris) et l’orgasme vaginal (qui provient de la stimulation du vagin). L’existence du point G rentre aussi dans cette partie de la controverse, car un point G situé dans la partie antérieure du vagin (comme certains le prétendent) corroboreraient la thèse de l’orgasme vaginal plus que clitoridien.

Les paramètres de l’orgasme :
Cette sous partie regroupe les deux dernières questions. Elle rassemble en fait toutes les conditions nécessaires pour que les femmes atteignent l’orgasme, mais aussi toutes les conditions non nécessaires qui pourraient cependant favoriser un orgasme. On trouve donc les facteurs physiologiques (comme la lubrification du vagin) aussi bien que les facteurs psychologiques (le sentiment de confiance envers le partenaire). C’est aussi tous les remèdes « miracles » que certains laboratoires essayent de commercialiser pour résoudre l’anorgasmie. Enfin, cette catégorie regroupe aussi les manifestations de l’orgasme : comment l’orgasme agit sur la femme (dans quel état se trouve-t-elle après avoir « orgasmer » ?)

Le lien avec la question du pourquoi :
Savoir comment fonctionne l’orgasme est intimement lié avec la question de la fonction de l’orgasme. D’une part, mieux connaitre l’orgasme est un prélude nécessaire avant de se poser la question de son utilité. En effet, mieux vaut savoir de quoi l’on parle. D’autre part, étudier les conditions dans lesquels se déroulent l’orgasme donne des informations cruciales pour résoudre la question de la fonction orgasmique. Ainsi, si l’on considère que l’orgasme est uniquement clitoridien, alors il ne peut avoir une fonction « reproductive » car une femme peut ressentir l’orgasme sans pénétration (et donc sans fécondation). De même, étudier les manifestations de l’orgasme donne des résultats intéressant : c’est en observant que les femmes ayant un orgasme auraient plus tendance à rester allonger que lorsqu’elles n’en ont pas (ce qui reste contestable), que Desmond Morris a élaboré sa théorie de l’anti-gravité.


 

Domaine sociétal

Le biais dans la science et de la science

Un pan de notre controverse concerne aussi un aspect sociétal important.
Il est surprenant de constater que la première IRM (imagerie par résonnance médicale) du clitoris a été faite en 2005 alors que celle du pénis plus de dix ans avant. Ce regain d’intérêt relance heureusement le débat. En effet, alors qu’en France, les hommes ont depuis dix ans déjà leurs plaquettes de Viagra, une gynécologue-obstétricienne, Odile Buisson, parvient, avec le soutien du chirurgien reconstructeur Pierre Foldès, à contourner les tabous pour pousser un peu plus loin la connaissance de cet organe du plaisir féminin. Dont on ne sait alors presque rien.
La France est particulièrement pudibonde sur le sujet, bien plus encore que la catholique Italie ou la puritaine Amérique. Ce retard fait tache dans un pays développé, dans lequel les femmes revendiquent une place grandissante depuis quarante ans, qui se targue d’avoir fait la révolution sexuelle et met le mot « plaisir » à toutes les sauces. Ainsi, les scientifiques qui s’interrogent à la question, doivent faire face à des blocages pour mener à bien leurs recherches. Blocages culturels – « Cela relève de l’intime » –, « querelles de chapelles – « Le plaisir, c’est dans la tête avant tout » – et réflexes d’hommes aux commandes des hôpitaux universitaires et des laboratoires de recherche. Ces trop rares chercheurs doivent essuyer les railleries de leurs confrères qui estiment que de telles études sont inutiles. On sait pourtant aujourd’hui que les conséquences d’une sexualité insatisfaisante peuvent être désastreuses. D’ailleurs, dès 1972, L’OMS estimait que la santé sexuelle était indispensable à l’épanouissement de l’individu. Mais en France, aucun hôpital ne possède de véritable service de médecine sexuelle féminine qui rassemblerait les spécialistes adéquats pour traiter des dysfonctionnements féminins. Elisabeth Lloyd a, elle également, dû faire face à ce genre de constats lors de ses recherches sur le rôle de l’orgasme féminin en 2005. Elle souligne que certaines hypothèses sont volontairement négligées pour diverses raisons. D’abord, elles remettraient en question trop de théories faisant autorité dans le monde scientifique et ensuite car elles pourraient bien modifier le regard de la science et de la société à l’égard de la sexualité féminine et plus loin concernant la place de la femme dans la société. Le fait que ce champ de recherche était dans l’impasse depuis une dizaine d’années au moment où Lloyd s’y intéresse peut s’expliquer par plusieurs biais. Soit cela renvoie à un biais « adaptationniste », tout trait biologique étant considéré comme une adaptation augmentant le succès reproducteur ; soit cela est dû à un biais androcentriste, considérant que les réponses sexuelles sont les mêmes chez l’homme et la femme ; soit cela renvoie à un biais hétérosexiste et à une tendance à considérer l’être humain comme quelque chose d’unique dans le règne animal, en omettant les connaissances sur l’orgasme féminin chez certaines espèces de singes et notamment lors de relations homosexuelles. Ces constatations ne sont pas sans conséquences, puisque dire à des experts qu’ils sont biaisés n’est pas anodin. La sexualité féminine, contrairement à celle de l’homme, est l’exemple parfait de l’existence de certains tabous de la science qui décide alors de bloquer des avancées scientifiques pourtant nécessaires au niveau social.

Au delà du biais dans la science, notre controverse met aussi en exergue le fait qu’une interprétation scientifique peut être paramétrée, acceptée ou refusée par la société. Par exemple, si un scientifique s’intéressant au cas de l’orgasme féminin et qui, après de nombreuses recherches, déduit qu’il ne sert qu’à favoriser la reproduction, il devrait y réfléchir à deux fois avant de le rendre officiel sans craindre les contestations des féministes. Inversement, si un scientifique explique l’orgasme féminin comme un simple moyen de plaisir alors il sera vite taxé de féministe, et donc très peu pris au sérieux.

Il est ainsi plus aisé de comprendre que la controverse de l’orgasme féminin, à la base scientifique, soit influencée et entretenue par des facteurs extérieurs d’ordre sociétal.

La place de la femme en société

Il est évident qu’une controverse scientifique concernant la sexualité féminine, et la sexualité en générale, ne se limite pas au domaine scientifique pour autant. Il est quasiment possible de lire l’histoire récente des femmes au travers des grands débats d’idées qui nous agitent depuis près de deux siècles sur la nature de leur jouissance, vaginale ou clitoridienne. A la domination de l’orgasme vaginal de la fin du XIXème siècle et du début du suivant, a succédé la dictature du clitoris des combats féministes, marquant l’émancipation sociale et sexuelle des femmes de la seconde moitié du XXème siècle.

Pour comprendre l’enjeu de cette controverse on peut faire une brève analogie avec l’IVG, interruption volontaire de grossesse. Dans les années 1970, une controverse à la fois scientifique, philosophie, éthique et juridique se développe autour de cette technique. La loi Veil de 1975, en légalisant l’IVG, met en quelque sorte fin à la controverse, et libère le corps de la femme de sa fonction de reproduction. Même si le débat n’est pas totalement clos, cette loi a eu des conséquences indiscutables sur le statut de la femme en société. On pourrait alors conceptualiser cette controverse autour de l’orgasme féminin comme l’IVG de notre temps, une sorte d’IVA, l’interruption volontaire d’accouplement. Quel débat cela engage-t-il? 

Il est possible, à partir de conclusions scientifiques sur l’orgasme féminin, de concevoir une femme émancipée, autonome jusque dans sa vie sexuelle, lui permettant d’être indépendante et active en société, mais aussi une femme toujours dominée, limitée à une simple fonction de reproduction, limitée aussi à la fonction maternelle qui la prive de vie professionnelle et restreint ses rapports sociaux. Alors, femme sexuellement indépendante, puissante en société, ou femme instrument indispensable de reproduction et d’éducation? Bien sûr, on prend ici le risque de caricaturer en se limitant à deux extrêmes, la femme modèle d’indépendance et la femme, être dominée. En réalité, il s’agit, de montrer brièvement qu’un orgasme comme adaptation évolutive et un orgasme comme preuve du plaisir sexuel pour la femme sont des perceptions du phénomène de l’orgasme féminin qui vont percuter la représentations symboliques de la société avec des intentions diamétralement opposées.

Alors, la controverse pénètre le rapport homme femme, cadre privilégié du développement de la personnalité féminine en société, car définir le statut de la femme, en ce qu’il est dominé ou non, suppose une définition par rapport à quelque chose d’extérieur. En outre, la controverse se réveille au moment où le sexisme, les inégalités homme femme au regard des conditions sociales sont de plus en plus dénoncés. Que ce soit dans le cadre de la santé, de la hiérarchie, de la famille, la perception du plaisir féminin peut directement toucher les perceptions et les mentalités et influencer la condition féminine.

En cela, l’orgasme est un phénomène politique. Si la femme obtient une contrepartie identique à ce qui est traditionnellement du fait de l’homme, c’est-à-dire la puissance de jouir, alors la donne sociale est bouleversée.


 

Domaine économique


La controverse sur l’orgasme féminin investit également le champ économique.

Son premier point d’attache est celui du financement de la recherche. Aujourd’hui, la recherche coûte cher, et la politique de financement pour l’orgasme féminin est un enjeu de la controverse. Faut-il entreprendre ces recherches? Y a-t-il des objets de recherches plus importants, et alors comment évalue-t-on la nécessité plus ou moins grande de rechercher sur un sujet? Si la controverse n’est encore qu’au stade du commencement, c’est justement car les recherches ne sont pas nombreuses comparées à des objets de recherche qui concentrent plus l’attention des scientifiques et donc de financements. Même si la recherche américaine, avec notamment Elisabeth Lloyd, ou dans le nord de l’Europe, comme au Pays-Bas avec Holsteg, semblent s’approfondir depuis une dizaine d’années, la recherche française est au point mort. Une de nos interlocuteurs, la gynécologue obstétricienne Odile Buisson, a pu mener ces dernières années des recherches indépendantes, et l’intérêt, la polémique qu’a suscité son ouvrage présentant ses conclusion, Qui a peur du point G, ne lui permettent pourtant pas aujourd’hui de les continuer. Cela avait pourtant eu le mérite de dynamiser la controverse. Dans cette optique, le biais scientifique que nous avons évoqué plus haut a des conséquences, mais quoiqu’il arrive, la sexualité d’un individu, d’une femme en l’occurrence, est un enjeu de sa santé physique, et surtout mentale.

A partir de ce moment-là, on peut envisager l’orgasme féminin comme un un phénomène sujet aux soins. Alors que 33% des femmes se disent ne jamais ou très rarement connaître l’orgasme, l’industrie pharmaceutique se trouve propulsée au centre de la controverse. En effet, aujourd’hui, alors que les soins existent pour l’homme, l’anorgasmie, ou les difficultés à atteindre ce type de plaisir, ne suscite pas de recherche en faveur d’un traitement au féminin. Pourtant, de tels médicaments recouvreraient des profits conséquents pour l’industrie pharmaceutique, au vue de l’importance de régler ses dysfonctionnements sexuels pour un individu, et du nombre d’individus concernés. Encore une fois, il faudra comprendre le rôle du financement, cette fois-ci privé, au sein de la recherche en pharmacie, pour comprendre la seconde facette des enjeux économiques que recouvrent la controverse. 

Enfin, face à ce peu de recherches et de conclusions scientifique sérieuses, un dernier aspect de marché se dégage. Si les médicaments n’existent pas, si les mystères de l’orgasme féminin ne sont pas percés, alors il est toujours possible de jouer dessus. En effet, l’industrie du sexe, en particulier celle des sextoys, fait office de véritable boule de cristal. Si prédire l’avenir aujourd’hui n’est plus une pratique sérieuse, ce qu’elle a pu être auparavant, en témoigne la célèbre figure de «Madame Irma», traiter de l’autre facteur psychologique qu’est la sexualité est beaucoup plus d’actualité. Ainsi la médicalisation du sexe, terme emprunté à la sexologue Leonore Tiefer, c’est-à-dire le fait de le prendre en charge au sein d’une médecine sans fondement, mais simplement construite sur des fantasmes, symboles et pratiques, constitue également une potentialité de profits importante pour un marché. La croissance de celui des sextoys depuis quelques années est un témoin de cette tendance.

Ainsi, la sexualité féminine est tantôt prise en charge par la recherche, tantôt par une sorte de médicalisation, et non véritable médecine, en restant dans les deux cas un enjeu économique. Elle est un fait de l’être humain en ce qu’elle est naturelle mais aussi culturelle, et par conséquent n’échappe pas aux logiques économiques.

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