Sur les OGM....

LE PLUS. Les OGM sont-ils toxiques ? L'étude de Gilles-Eric Séralini, révélée par "Le Nouvel Observateur", a relancé le débat sur les scandales sanitaires et, plus particulièrement, sur les organismes génétiquement modifiés. Les résultats de l'étude ont été vivement critiqués, ce que ne comprend vraiment pas le coordinateur de la Fondation "Sciences citoyennes", Glen Millot.

Édité par Philippe Lesaffre  Auteur parrainé par Hélène Decommer

Le professeur Gilles-Eric Séralini dans son laboratoire, le 16 janvier 2009 (M. DANIAU/AFP)

Le professeur Gilles-Eric Séralini dans son laboratoire, le 16 janvier 2009 (M. DANIAU/AFP)

 

La publication des travaux de Gilles-Eric Séralini et de ses collègues, la semaine dernière, a fait l'effet d'une bombe. Autant dans la communauté scientifique que dans l'espace politique, tant les implications sur la santé inquiètent.

 

Mais ce qui n'a pas été soulevé, et qui est indirectement dénoncé à travers cette étude menée sur une durée bien supérieure à celles généralement constatées, ce sont les implications sur la façon dont sont conduites les expertises et les homologations.

 

Et lorsque Gilles-Eric Séralini et le CRIIGEN publient en 2010 des contre-expertises remettant en cause l’innocuité sanitaire de trois maïs OGM de la firme Monsanto, ils font alors l'objet de nombreuses attaques de la part de scientifiques empêtrés dans des conflits d'intérêt avec l'industrie. Ces campagnes de dénigrement, d'intimidation, qui dans certains cas se terminent par une mise au placard, un licenciement ou un procès en diffamation sont le lot commun des lanceurs d'alerte.

 

Les différents scandales sanitaires

 

Gilles-Eric Séralini, Jacques Poirier, Christian Vélot, Pierre Meneton, Véronique Lapides, Etienne Cendrier, André Cicolella et bien d'autres encore ont en commun d'avoir à un moment donné voulu informer d'un danger d'une technique ou d'un produit et d'en avoir subi les conséquences.

 

Mais fort d'un soutien populaire, ils ont pu obtenir gain de cause (réintégration et verdict judiciaire favorable). Gilles-Éric Séralini avait été soutenu et accompagné par la Fondation "Sciences Citoyennes" et par plus de 1 100 chercheurs lors du procès en diffamation qu'il avait intenté et gagné en janvier 2011 contre Marc Fellous qui voulait le faire passer pour "marchand de peur" plutôt qu'un lanceur d'alerte.

 

Mais combien de lanceurs d'alertes isolés et méconnus sont occultés par ces quelques succès ? Et combien de personnes se sont tues sachant les risques personnels qu'elles prendraient en témoignant de ce qu'elles savaient ?

 

Le cas de Gilles-Éric Séralini rejoint différents scandales sanitaires qui ont émaillé l'actualité de ces dernières années.

 

 -   Tepco a dissimulé des informations cruciales concernant les carences en terme de sécurité de ses centrales nucléaires, dont les conséquences sont la catastrophe de Fukushima.

 

  -   Le laboratoire Servier a obtenu la modification d'un rapport d'expertise sur le Mediator ce qui lui permet d'en prolonger l'autorisation de mise sur le marché conduisant à des centaines de décès.

 

  -   Philipp Morris a publié une étude cherchant à démontrer l'innocuité des cigarettes.

 

Le Sénat examinera une proposition qui est la bienvenue

 

Le ridicule ne tuant pas non plus, les cas d'expertises biaisées sont légions et lorsqu'un lanceur d'alerte tente de se mettre en travers de ces pratiques délétères voire criminelles, c'est le début d'un long calvaire.

 

La défense des lanceurs d'alerte apparaît donc vitale pour éviter les graves dérives consuméristes et marchandes auxquelles ont conduit les politiques industrielles et techno-scientifiques depuis la Seconde Guerre mondiale.

 

Aussi, qu'un groupe de parlementaires dépose enfin une proposition de loi très largement inspirée des travaux de la Fondation "Sciences Citoyennes", active sur ces questions depuis 10 ans, est une bonne nouvelle. Mais l'alerte ne pourra être entendue que si les règles encadrant l'expertise et sa déontologie sont strictement définies, notamment vis-à-vis des conflits d'intérêts.

 

On doit s'y prendre autrement

 

La loi Bertrand qui a eu pour conséquence un important travail de réflexion sur les règles de déontologie de l'expertise est largement insuffisante. Il est crucial de définir strictement les conditions dans lesquelles les expertises (et les contre-expertises) doivent être menées.

 

Le cas Séralini, montrant que les études sur 90 jours sont trop courtes pour pouvoir conclure, est emblématique de ces carences. Cela est d'autant plus urgent que de nouveaux développements technologiques, nanotechnologies et biologie synthétique pour ne citer qu’elles, vont devoir se plier à des procédures d'évaluation restant à établir, et qu'il ne faudra pas attendre le prochain scandale sanitaire ou environnemental pour constater qu'on aurait dû s'y prendre autrement.

 

Aux dernières nouvelles, la proposition de loi rencontre des difficultés et pourrait être reportée voire simplement abandonnée. Le Sénat va-t-il choisir de travailler dans le sens de l'intérêt général ou se laisser intoxiquer par les lobbies industriels et techno-scientifiques ?

 

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