Temps libre

Je suis à la retraite depuis septembre 2019. 

J'ai 57 ans.

Oui, je sais, j'ai une chance immense, je suis même un privilégié au regard des seuils de départ à la retraite bien au-delà des 60 ans. 

Je touche une pension de 1715 euros après avoir commencé à travailler à 19 ans. 

Je ne me plains pas. C'est même une "grosse" retraite par rapport à celle de beaucoup d'artisans, d'agriculteurs, de commerçants et de bien d'autres professions.

Il n'en reste pas moins que j'ai toujours détesté la "politique du pire" qui consiste à se contenter de ce qu'on a parce qu'il existe des situations bien plus difficiles. C'est une attitude que les politiciens adorent développer dans l'esprit des électeurs. Pendant que eux... Je ne m'étendrai pas sur les disparités monstrueuses qu'on trouve entre le bas de la pyramide et son sommet...Sans que cela soit aucunement justifié dans la plupart des cas. 

Je rappelle juste que le salaire des enseignants en France est très bas par rapport à nos voisins immédiats. Trois fois plus élevé par exemple en Allemagne. Je suis convaincu que dans moins de dix ans, la crise de recrutement dans l'enseignement va atteindre un niveau critique...Les démissions prennent d'ailleurs une ampleur jamais connue.

Que fais-je de tout ce temps libre désormais ? 

Tellement de choses.

Rien parfois et je m'applique à le faire du mieux possible.

Je m'allonge, je ferme les yeux, j'écoute ma respiration. Je suis en moi.

Je bricole, je lis, je marche, je skie, je me suis remis à l'Anglais avec Nathalie, une heure par jour. 

Tout ce que j'ai fait à la maison n'aurait pas été réalisable tant que je travaillais. Je n'aurai pas eu l'énergie pour ça, ni même le temps. Il m'est arrivé de bricoler des journées entières. Le recyclage est le maître mot. Ne rien dépenser qui peut être récupéré. Je suis devenu un vrai fouilleur de bennes. J’ai récupéré des vitres qui allaient être jetées dans la déchetterie du secteur. Elles sont devenues un séchoir à fruits et légumes et une serre à semis. Les dizaines de palettes que je décloue au pied de biche m’ont servi à faire l’encadrement des fenêtres de la grange, un étendage à linge, des meubles pour nos trois jeunes ou pour la maison.

Tout cela m’amène à revenir sur le revenu de base ou revenu universel. Il est clair pour moi que la robotisation du monde salarié va avoir un impact considérable dans les années à venir. Il va falloir que les États subviennent aux besoins vitaux de toutes les personnes qui vont perdre leur emploi. Des centaines d’études ont déjà été menées sur cette évolution et les chiffres sont disparates. De 10 % à 47 % d’emplois condamnés...Quoiqu’il en soit, c’est la voie toute tracée.

Il va donc falloir également que les individus eux-mêmes revoient leurs objectifs de vie...Leur façon de vivre...Leur vision existentialiste et non plus salariale.

Il y a des personnes qui lorsqu’elles partent à la retraite tombent en dépression bien qu’elles aient une pension suffisante. L’idée d’être devenu « inutile » est insupportable. Personnellement, je trouve cela effrayant.

Que le chômage puisse conduire à la dépression, je le conçois aisément. L’argent est nécessaire et la misère sociale touche beaucoup trop de gens.

Si la robotisation amène les États à répondre aux besoins vitaux des individus par l’attribution d’un revenu de base, il faudra donc que les individus eux-mêmes, ne considèrent pas cela comme une exclusion mais bien comme l’opportunité d’une autre vie.

Il est clair également que cela remettra en cause la consommation. Un revenu de base de 1000 euros ou de 2000 euros, ça n’est pas la même chose quand il s’agit de faire vivre une famille… A 500 euros, n’en parlons même pas…La consommation des « masses populaires » se réduira inévitablement. Je ne parle pas de ceux qui ne parviennent déjà pas à s’en sortir avec leur salaire actuel mais de ces gens qui choisiront une vie libérée d’un temps important de travail en sachant que le Revenu de base compensera la perte financière. Un mi-temps, une année sabbatique, un retrait total du marché du travail...Là aussi, les études ont du mal à identifier les intentions de chacun mais toutes les études mettent en avant une perte de croissance par une consommation de biens fortement diminuée.

Et c’est d’ailleurs, à mon avis, le frein majeur pour les États...Il ne s’agira plus de parler de « croissance économique » mais bien de « croissance spirituelle »...Ouh, le vilain mot...Tout le problème est là...

En tout cas, mon "temps libre", je le bénis, je l'exploite du mieux possible. 

 

Un séchoir pour les fruits et légumes, pommes, tomates, champignons... Le jour où je l'ai terminé, je l'ai laissé au soleil, il faisait 14 degrés sur la terrasse et 28 degrés à l'intérieur de la caisse. La circulation d'air, entrée d'air froid par en bas, évacuation de l'air chaud par en haut à un effet de déshydratation. Très efficace. On voit aussi la serre à semis avec sa paille et les vitres récupérées à la déchetterie. 

 

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Commentaires (2)

Thierry LEDRU
  • 1. Thierry LEDRU | 25/02/2020
Laura, on a acheté un ancien bâtiment, il y a 27 ans, une ferme qui date de Louis XIII, il n'y avait plus de toit. Une grange immense et un autre bâtiment accolé. On a construit la maison dans la continuité de ces deux bâtiments. Ensuite, on a mis les toits, des poutres et les ardoises et c'est devenu un garage dans lequel on rentre le fourgon et où j'ai construit un mur d'escalade. L'autre bâtiment est devenu l'abri pour le bois de chauffage. Les fenêtres sont restées en l'état, c'est à dire les pierres d'époque mais l'encadrement était inexistant. Alors, j'ai habillé tout ça avec du bois de palettes ^^Maintenant, on peut y mettre des décorations.
Laura Millaud
  • 2. Laura Millaud (site web) | 25/02/2020
heureuse pour toi !!!
c'est une fenetre la derniere photo avant la video sur la robotisation ? Mais une fenetre speciale ?

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