Thérapeute

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Lorsque j'étais adolescent, je voulais devenir Guide de hautes montagnes. À mes yeux, ce métier nécessitait une maîtrise totale, physique et émotionnelle, une gestion de tous les phénomènes intérieurs, résistance et peur, fatigue et ténacité, courage et lucidité... Il me semblait impossible qu'un Guide puisse se laisser envahir par les émotions générées par la beauté des montagnes ou par leur rudesse. Il était responsable de son client et faillir à cette maîtrise pouvait conduire à la mort de son client et à sa propre mort. 

Je suis entré dans la profession d'instituteur avec la même exigence. 

Un Maître à mes yeux devait être un individu pleinement conscient de ses phénomènes intérieurs, devant posséder une connaissance extrêmement aboutie de luii-même, lucide, clairvoyant, rigoureux, attentif, bienveillant, aimant, tenace et patient. Toutes les qualités d'un guide...

Il était exclu pour moi qu'un enseignant puisse être un individu tourmenté qui prendrait sa classe comme le vide-ordures de ses errances, de ses conflits, de ses traumatismes, qu'il puisse considérer la classe comme un dépotoir, un exutoire, un champ de batailles sur lequel il aurait pleins pouvoirs. 

Les enfants, immanquablement, en souffriraient et pourraient même en "mourir" spirituellement.  

Il n'était donc pas question à mes yeux que je puisse succomber à la colère jusqu'à porter un jugement sur un enfant, jusqu'à insérer en lui des poisons mortifères. Lui reprocher les errances de ses pas. Ne jamais porter atteinte au marcheur lui-même.   

Cela reviendrait à être un guide invalide. Aucune altitude ne pourrait être découverte par le client de la cordée; aucune révélation ne surviendrait, aucun éveil, aucune contemplation. celui-là ne serait qu'un guide plongeant son client vers des entrailles gangrénées par ses propres cadavres.

Aujourd'hui, je suis engagé dans une formation de thérapeute.

Une formation très exigeante, menée par une Professionnelle possédant une maîtrise semblable à celle d'un Guide. Clairvoyance, rigueur, bienveillance.

Je suis dans la cordée, je marche dans les traces qu'elle a posées pour nous tous. Mais je n'ai pas son rythme, je n'ai pas ses qualités, je n'ai pas son expérience, je ne suis qu'un béotien qui découvre des horizons qui l'éblouissent, qui le fascinent, le bouleversent, l'enivrent et le stimulent.

La sophrologie analysante est une montagne gigantesque, une masse dressée vers les Cieux, au sommet de laquelle trône une lumière bienveillante qui m'aimante.

Je marche sur ses pentes, alourdi par mes propres fardeaux, j'ai conscience de l'immensité de la tâche, chacun de mes pas exige une énergie totale.   

Je ne sais pas si j'atteindrai un jour le sommet. Pour l'instant, les altitudes me dominent et pourtant je reste engagé dans le rythme obstiné de mes pas. Je n'ai aucunement la prétention de croire qu'un jour, je prendrai la tête de la cordée et encore moins que je parviendrai à cheminer tout seul sur les pentes. 

Je sais que je devrai à maintes reprises redescendre vers des camps intermédiaires pour reprendre des forces, récupérer, me contenter des altitudes atteintes et des horizons découverts, les laisser se diffuser en moi comme des sèves nourricières. 

Dans l'écrin de mon refuge, je sentirai dans mes fibres leurs cascades réjouissantes, le courant de leurs flots. J'attendrai patiemment que le calme revienne, que les connaissances m'appartiennent intégralement, que les doutes s'effacent et enfin, un matin, au lever du jour, je pourrai reprendre l'ascension. 

Ce sera long. Infiniment long. Mais je sais que le temps passé à se hisser nourrit les bonheurs à venir. Il serait dangereux d'être présomptueux, de se croire protégé, intouchable.

Brûler les étapes revient inévitablement à se consumer.

Et je ne veux pas finir en cendres. Seule la Mort s'en chargera.  

J'ai déjà connu des épreuves redoutables au coeur de ce groupe bienveillant. je me suis découvert, j'ai laissé tomber des carapaces archaïques, j'ai brisé l'écrin de ma solitude et de mes pudeurs, de mes secrets, j'ai posé sous les regards de mes partenaires d'ascension des masses invalidantes, des freins à mon ascension. J'ai senti combien mes peurs n'étaient que des enceintes, des geôles. 

Dans la voie vers le sommet, je suis un être fragile qui tente d'apprendre à poser ses pas. 

Ceux que j'aime m'encouragent aussi, ils m'accompagnent, ils me soutiennent.

La Princesse de mes jours est là. Jours et nuits, quelles que soient les distances, comme une Étoile dans les Cieux que je contemple. 

Je sais la chance que j'ai.

Aussi longue que soit cette montée vers les Cieux, vers ces horizons qui m'appellent et que je souhaite découvrir dans leur immensité, je sais que la patience, l'humilité et l'Amour de la Vie seront des sources vitales.

Je me réjouis déjà de l'altitude atteinte, aussi infime soit-elle, pour l'instant.

Je remercie tous les membres de la cordée, je remercie notre Guide, je remercie la beauté des horizons.  

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