Un rêve revendicatif.

Levé à 4h15, je ne dors plus là...Je rêve des dialogues des personnages de mon bouquin...Ils me causent comme si j'étais dans leur histoire. Là, je viens de rencontrer le personnage principal dans un café...

Il m'a dit qu'il voulait revoir sa fille...Il avait un visage radieux. Il y avait la rue derrière la vitrine. J'ai vu ses yeux...Je l'écoutais simplement, il y avait du mouvement dans la salle mais je ne sais pas qui c'était, je ne me souviens que de mon interlocuteur.

Alors, voilà, c'est écrit. Sa fille va venir le voir. Et c'est évident maintenant que ça devait se faire. Tout s'emboîte clairement.

Ce qui m'interpelle, c'est que mon cerveau continue à écrire quand je dors...Ou plutôt, il vit ce que je vais devoir écrire.

"C'est grave Docteur ?

-Oui, assez tout de même.

-Tant mieux."





À COEUR OUVERT

"La sonnerie du téléphone. Numéro de portable de Chloé affiché sur l’écran.

Une peur soudaine, l’imagination qui s’envole.

« Allo Chloé ?

-Bonjour Papa. »

«Papa », elle avait dit « Papa. » Une vague de chaleurs dans son ventre.  

« Je ne te dérange pas ?

 -Non, bien sûr ma belle, je suis très heureux de t’entendre.

-J’aimerais te voir Papa.

-Quelque chose ne va pas ? »

Elle avait une voix éteinte, presqu’un murmure, comme un condamné dans ses dernières paroles.

« Je m’en veux, Papa. Je m’en veux de ma colère contre toi.

-Il ne faut pas Chloé, tu avais toutes les raisons d’être en colère. Je comprends tout à fait. Je n’ai pas été assez présent pour toi et en plus je suis parti. Tu ne pouvais pas réagir autrement.

-C’est fini tout ça, Papa. »

Les larmes qui s’imposaient, l’écran disparaissait derrière un voile humide, un kaléidoscope dont les mots lui parvenaient comme des douceurs insurmontables. Il posa un coude sur la table et appuya la tête dans la main, une lourdeur brutale, une fatigue immense, comme un fardeau déposé et qui révèle dans la fin des efforts prolongés l’écrasement de la masse.   

« Papa, tu es là ?

-Oui, Chloé, je t’écoute, je suis là.

-Papa, j’ai beaucoup parlé avec Maman, elle m’a beaucoup aidé à comprendre. Et j’y ai beaucoup réfléchi aussi. Je sais que tu travaillais pour notre bien, pour qu’on ait une vie facile, qu’on ne manque de rien. Je sais aussi que tu as ouvert un compte pour moi et que tu y as déposé beaucoup d’argent pour mon cabinet d’architecte. »

Elle revenait vers lui pour l’argent, sa seule reconnaissance, une peur terrible qui rongeait ses entrailles.

« Mais ça n’est pas ça l’important Papa. J’ai compris que c’était ta façon de m’aimer, que tu ne savais pas faire autrement et lorsque tu as changé après ton opération, je ne t’ai plus reconnu et j’ai cru que tu ne m’aimais plus. C’était idiot. Je te reprochais ce que j’avais toujours espéré sans me l’avouer. »

Il ne l’avait jamais entendue parler avec une telle clairvoyance. Il se reprocha cette idée ancienne qu’il ne pourrait jamais retrouver sa fille, qu’il n’aurait plus jamais avec elle cette complicité dont rêve un père, cet accompagnement confiant et respectueux, attentif et sans être intrusif, cet équilibre délicat qui relève de l’art d’aimer. Il se promit d’appeler Alice.

« Est-ce que tu vas revenir à Paris prochainement ?

-Je viens de voir un nouveau cardiologue à Clermont-Ferrand mais il ne me plaît pas du tout. Je vais retourner voir celui qui m’a opéré. Mais ça n’est pas pour tout de suite. Mais je peux venir n’importe quand de toute façon. C’est à toi de me dire quand tu seras disponible.

-N’importe quand Papa. Pendant les vacances de Noël, si tu veux. Ou alors, c’est moi qui viens te voir ! »

Il essuya ses larmes et respira profondément. Ne jamais désavouer la vie, ne jamais croire qu’elle n’a plus rien à montrer, que le parcours à venir est déjà tracé. Et même s’il l’est dans une dimension qui nous échappe, ne jamais croire qu’on peut l’imaginer. Les idées qui jaillissaient en lui. Comme des graines maintenues en terre pendant des siècles de sécheresse et qui profitaient d’une pluie soudaine. Tout allait trop vite, des grésillements dans sa poitrine, il aurait voulu serrer Cholé dans ses bras.

« C’est un immense bonheur que tu me donnes Chloé. »

Elle perçut dans sa voix des larmes cachées, des émotions suprêmes.

« Moi aussi, je suis heureuse Papa. »

Ils décidèrent d’une date, il viendrait la chercher à la gare de Clermont.

« Tu sais Chloé, j’ai rencontré une femme, elle s’appelle Diane.

-Je sais Papa, Maman me l’a dit. C’est très bien. Tu me la présenteras ?

-Bien sûr Chloé, elle sera là. »

Elle passerait les fêtes de Noël avec eux. Il n’en revenait pas. Elle avait mis fin à la discussion, elle ne voulait pas parler de l’essentiel sans être à ses côtés. Un bouleversement inimaginable.

Ne rien présager des gens. Il n’oublierait pas le message.

« Je t’aime Papa, à bientôt. »

Il entendait la voix et la prolongeait en écho, il la laissait rebondir dans l’antre lumineux de son crâne.

Il appela Alice. Il ne devait pas la priver de ce bonheur. Elle l’avait initié, elle en était la source.

Elle décrocha. Une voix enjouée, rieuse, il devinait un bonheur immense. Était-ce cette énergie nouvelle qui avait déclenché l’évolution de Chloé ? La promiscuité au bonheur le rendait-il contagieux ? En était-il de même pour l’éveil à soi ? 

« Oui, Paul j’ai beaucoup discuté avec Chloé. Et ça m’a fait un  bien immense, à moi aussi. Je suis très heureuse que Chloé t’ait appelé et qu’elle veuille te voir. Mais tu sais, je n’y suis pas pour grand-chose. Tu verras, elle a changé. Ou plutôt, elle s’est changée.»

Il ne voulut pas dire qu’à son avis, la vie s’en était chargée.

« Je crois qu’elle a appris à observer ses émotions et à ne plus les considérer comme des vérités intangibles. Ce sont juste des parfums volages et dont il ne faut pas s’enivrer. »

Cette stupéfaction qui ne le quittait plus. Cette pensée ahurissante que tous les gens autour de lui se lançaient dans une voie verticale, un saisissement affamé de l’essentiel. Et lui vint aussitôt  à l’esprit qu’il en était toujours ainsi mais qu’il n’avait pas été capable, antérieurement, de le comprendre. Ces imbrications complexes des relations humaines, ce lacis infini d’influences, le désœuvrement spirituel qui cachait les beautés intérieures. Il n’avait sans doute jamais rencontré la vraie Alice parce qu’il n’avait jamais cherché auparavant à se connaître.

Grésillements amplifiés. Il posa une main sur sa poitrine, un souffle brûlant dans sa gorge, il ouvrit la bouche et respira profondément.

« Paul, il faut que je te laisse, j’ai rendez-vous chez la gynéco.

-La gynéco ?

-Non, non, je ne suis pas enceinte, lança-t-elle en riant. C’est juste une visite routinière. J’entre dans un âge à risque tu sais !

-Ok, je te laisse, passe le bonjour à Philippe.

-Je n’y manquerai pas et je sais que ça lui fera plaisir.

-Prends soin de toi.

-Toi aussi Alice, à bientôt. »

 

  


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