Une jouissance d'âme.

Un échange avec une lectrice sur la différence entre la sexualité génitale et la sexualité sacrée. Elle me citait ce passage qui a eu pour elle un impact très puissant. Alors qu'elle cherchait avec son compagnon à développer des "techniques", elle a pris conscience qu'il s'agissait de bien autre chose. Que la quête passait par le corps mais qu'il s'agissait par ce filtre d'atteindre l'état de grâce...Celui qui fait que la simple pensée de l'être aimé libère dans le corps, non pas une simple excitation sexuelle mais une jouissance d'âme. Les techniques relèvent dès lors de la même démarche que celle du yoga : la maîtrise du corps élève l'âme et c'est là d'ailleurs que la Kundalini prend sa source. Sans la fusion corps-âme, rien n'est possible. Sans l'effacement de cette dualité mentale que le corps est un et que l'âme est autre, rien n'est possible. L'individu est Un. Et c'est là qu'il peut devenir l'Autre. De la fusion naît cet orgasme qui est bien au-delà du corps. Les techniques sont des méthodes, nullement une fin. Et la fin orgasmique n'est qu'une étape, l'ouverture d'un autre chemin.

Hier soir, j'ai eu envie de masser Nathalie. Nous nous nous sommes douchés puis elle s'est allongée sur la table de massage. Je me suis assis sur le tabouret, à hauteur de sa tête, j'ai contemplé son corps dans la demi-pénombre puis j'ai posé mes mains sur sa nuque. Et tout s'est embrasé en moi, une vague chaude qui est partie de mon coccyx et est remontée le long de ma colonne jusqu'à irradier dans mon crâne.

J'étais relié, je pouvais commencer, l'énergie était là. 

Kundalini web

"Un auteur de philosophie bouddhiste a émis l’hypothèse de trois couples bien distincts, » commença-t-il, le regard concentré, la voix appliquée, le débit mesuré.

« Le couple carré, le couple triangle et le couple cercle. Dans le couple carré, il y a quatre entités. Une tête et un corps pour chaque partenaire. Le tout symbolisé par les quatre angles du carré. Chaque tête est séparée, existentiellement, de son corps et aucun des deux corps ne fusionnent avec l’autre puisque les deux têtes sont séparées l’une de l’autre. Les seuls points de jonction se situent au niveau génital. Et c’est évidemment désastreux à plus ou moins long terme. Dans ce couple, l’acte sexuel a une intention précise, c’est de maintenir intacte les quatre lignes qui rejoignent les angles. Bien entendu, la pression que ça génère est incompatible avec le sentiment amoureux. Si on dit que la tête est séparée du corps, c’est parce que le mental n’est présent que par pointillés et sur des plans très limités, très mécaniques, très répétitifs. Le reste du temps, il vaque à ses fantasmes ou même à ses absences. Le couple carré est enfermé dans le chacun en soi et sans même que les individus habitent consciemment leurs propres corps. Il n’y a pas de rencontre, pas de communication mais des émissions radio brouillées par des parasites continuels. Les schémas répétitifs sont basés sur la trilogie PCO : préliminaires, coït, orgasme. Il s’agit d’un orgasme à décharge énergétique. Un moyen de se libérer des tensions quotidiennes. Il n’y a pas de conscientisation mais un état de quasi absence qui tend vers le vide. De toute façon, la sexualité est au même niveau d’inconscience que l’ensemble de l’individu.

-Laurent et moi, à la fin de notre histoire.

-C’est le cas de millions de couples, Maud.

-Et les deux autres types alors ?

-Le couple triangle est appelé ainsi car il est constitué de deux partenaires qui parviennent à communier intégralement, corps et âme et à se rejoindre à la pointe du triangle. Il s’agit d’individus qui ont conscience que la sexualité est un acte sacré qui réclame une attention totale et bienveillante, un partage et une quête commune. Les deux personnes vivent dans une communication très forte, un bonheur réel mais, par amour pour leur partenaire, ils sont malgré tout obnubilés, par une certaine idée de l’amour physique et le schéma PCO, préliminaires, coït, orgasme, est toujours en vigueur. Cette recherche de l’orgasme, simultané si possible, les entrave mais ils ne le réalisent pas encore.

-C’est déjà magnifique comme structure, je trouve et elle m’irait bien.

-Et pourtant, la suite est encore plus belle. Le couple cercle ne fait pas l’amour, il est dans l’amour. En permanence. Il n’y a pas de préliminaires parce qu’ils sont constamment en caresse, physiquement, mentalement, il n’y a pas de coït parce qu’ils sont unifiés dans un cocon énergétique, il n’y a pas de quête d’orgasme parce que la simple émotion qui jaillit à la pensée de cet amour suffit à diffuser en eux un plaisir intense. Ces individus aiment chez l’autre leur amour de la vie et c’est au cœur de cet amour commun qu’ils se retrouvent. Ils sont dans l’amour. Constamment. Et par conséquent, leur sexualité n’est pas incluse dans un schéma préétabli. Elle se vit à chaque instant parce que cet amour vibre en eux. Quand ils s’unissent physiquement, c’est leurs énergies qui fusionnent. Il y a dans ce couple cercle des flux magnétiques, des forces qui n’ont pas de noms précis, qui ne sont pas identifiables, des énergies qui les traversent et les absorbent jusqu’à ce qu’ils disparaissent dans une entité asexuée qui ressent intégralement l’amour généré par les deux partenaires. Ni homme, ni femme mais une énergie commune qui s’aime à travers deux âmes physiques.

-Des âmes physiques ?

-C’est comme ça que j’appelle l’état de grâce créé par cette sexualité sacrée. L’âme enveloppe le corps au contraire de ce que les gens imaginent. Lorsque cette conscience a pris forme, lorsque l’individu n’est plus assujetti à un mental dictateur, c’est l’âme qui dirige le corps, à chaque instant et par conséquent aussi dans l’acte sexuel. Mais l’âme est également le récepteur des ondes émises par l’Esprit de l’intelligence créatrice, Dieu ou la nature ou le nom que tu veux lui donner. L’âme est en contact avec Dieu et en nourrissant le corps par une spiritualité consciente et assidue, elle apporte à la sexualité sa dimension divine. Dieu est dans ma verge comme il est dans ton vagin, il est dans notre jouissance, dans mon sperme et dans ta cyprine, Dieu aime la sexualité et nous invite à jouir mais à jouir de toute notre âme en usant de tout notre corps. C’est cela la sexualité divine. Entendre et aimer Dieu en nous et jouir de sa présence et faire que Dieu jouisse en nous.»

La présence. Cette impression indéfinissable d’être visitée, là où elle imaginait une autre femme. Elle n’aurait jamais imaginé qu’il pouvait s’agir de la présence de Dieu en elle.

« Tu sais, cette nuit, j’ai eu l’impression à un moment d’être un sexe d’homme. Pas d’avoir un pénis mais d’être moi-même, intégralement, un sexe d’homme. Je ne comprends pas ce que ça signifie.

-Et j’ai eu pour ma part l’impression que tu étais en moi. C’est tout simplement un des effets de cette conscience sexuelle qu’il faut développer pour relier la dualité homme femme que nous portons tous. La vie a choisi une forme sexuée pour chaque individu mais la vie elle-même n’est pas sexuée, elle est énergie. La sexualité sacrée rétablit cette conscience de la Présence divine en nous et la Nature créatrice n’a pas de sexe. Dieu n’est ni masculin, ni féminin. Il est tout. Il use de la sexualité en nous pour expérimenter la conscience de la vie. C’est comme un marionnettiste qui déciderait de tenir le rôle des marionnettes pour affiner au mieux le jeu de théâtre qu’il a créé.

-Nous sommes des marionnettes pour toi ?

-Oui, bien sûr puisque nous n’avons aucun pouvoir décisionnel sur le début et la fin de nos existences, ni sur son fonctionnement, ni sur sa durée. Même les gens qui se suicident n’ont aucun pouvoir. Ils vont vers la mort mais ils n’ont pas créé la mort. Ils accélèrent le processus, c’est tout. On peut comprendre le système organique et les hommes de science y parviennent de mieux en mieux mais ils ne donnent pas pour autant la raison d’exister de cet organisme. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? C’est une question célèbre.

-Et tu réponds quoi ?

-Pour moi, Dieu est une énergie et pour prendre conscience de lui-même, il s’est fragmenté dans la matière. Toutes les formes de conscience individuelle sont des registres d’expérimentations. Dieu comme énergie prend conscience de lui-même à travers la vie et il nous reste à prendre conscience de Dieu en nous. Imagine par exemple un flux électrique. Il n’est qu’un flux qui ne sait rien de lui-même. Dieu, en tant qu’énergie créatrice, s’est appliqué à diffuser ce flux dans des milliards de milliards de formes matérielles et spirituelles. Il est l’expérimentateur qui explore l’intégralité de son pouvoir créateur.

-Et donc, la sexualité sacrée est un moyen pour les humains de rencontrer Dieu ?

-C’est effectivement ce que je pense. Je sais bien que les humains sont capables d’avoir des relations sexuelles sans amour mais à mon sens, ils ne font pas l’amour, ils copulent et ça n’a rien à voir avec une quête de Dieu. Leur sexualité a donc besoin d’excitation pour pallier à l’absence d’amour. Le couple cercle n’a pas de fantasmes, n’a pas de pensées insoumises, n’utilise pas de techniques formatées, n’a besoin d’aucun expédient pour s’aimer. Leur sexualité est prioritairement énergétique. Masser le corps de l’autre, par exemple, est un moment énergétique et par là-même orgasmique. Pas un orgasme génital mais un orgasme spirituel. C’est ça, l’état de grâce. Tu vois. C’est un amour physique, émotionnel, sensoriel, intellectuel, philosophique, existentiel, un amour qui n’a aucune autre intention que de rester dans l’amour. La sexualité n’a aucunement besoin d’être alourdie par des intentions mais elle doit être nourrie d’attentions. Des attentions qui couvrent toutes les dimensions que je viens de citer.

-Je n’ai jamais connu cet état avec Laurent. Ni avec aucun autre homme. Avant toi.

-Je pensais en avoir goûté la saveur autrefois mais je sais aujourd’hui qu’il n’en était rien. Ce qui suggère d’ailleurs que l’horizon n’est jamais visible dans le territoire de l’amour.

-Un territoire ?

-Oui, c’est comme ça que je le vois en fait. Un territoire qui est toujours ouvert et dans lequel, on ne peut entrer qu’avec l’amour en soi. Les gens qui se plaignent de l’amour ne sont pas entrés dans le territoire. Ils sont à l’extérieur et ils critiquent. Ils ne se sont pas dénudés, spirituellement, ils n’ont entrepris aucun travail intérieur et ils entrent de force dans le territoire. C’est comme si je partais en montagne avec un sac énorme, des quantités d’affaires, une pléthore de matériel technique pour me rassurer ou me convaincre que c’est possible et au final, je vais me plaindre de la raideur de la pente et de la difficulté de l’épreuve et pire encore, je vais exiger des aménagements du territoire. La montagne n’y est pour rien pourtant. C’est moi qui me suis inutilement chargé. Pour entrer dans le territoire de la montagne, il y a des règles. Il en est de même avec l’amour. C’est un territoire où l’âme est à nue, légère, reliée à son cœur, portée par un corps réjoui, comblé, épanoui. Et avec toi, les horizons que je viens de découvrir m’ont ébloui au-delà de tout ce que je pensais avoir atteint et au-delà même de ce que je pouvais imaginer.

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