"Simultanément au déclenchement de la crise sanitaire, les inquiétudes économiques et financières apparaissent. Même s’il est trop tôt pour évaluer les conséquences de l’épidémie chinoise du coronavirus, la consommation des ménages dans la deuxième puissance économique mondiale est déjà durement touchée, faisant planer une menace sur le reste du continent. Un ralentissement en Asie, qui génère près des deux tiers de la croissance du PIB mondial, pourrait avoir des conséquences sur les grandes entreprises du monde entier. Les principales places financières mondiales ont clôturé en baisse, lundi 27 janvier. Le S&P 500, qui représente les 500 plus grandes entreprises de Wall Street, cédait 1,57 % à 3 243,63 points. L’indice Nikkei de Tokyo, qui a terminé mardi en baisse de 0,55 %, avait déjà chuté la veille de 2 %, sa plus lourde perte depuis cinq mois. La perspective d’une contraction de l’activité chinoise a également fait chuter les cours du pétrole qui ont atteint lundi leur plus bas niveau depuis fin octobre.

Lire aussi  Coronavirus : en Chine, les leçons à demi apprises du SRAS

L’épidémie pourrait « potentiellement avoir un impact élevé mais de courte durée » en Chine selon le cabinet Oxford Economics qui fonde son analyse sur les effets qu’avait eus l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2002 et en 2003, à l’origine de la mort de 800 personnes en Asie. La croissance chinoise en rythme annuel avait décéléré à 9,1 % au deuxième trimestre 2003, contre 11,1 % au trimestre précédent. Ce ralentissement avait frappé plus durement les secteurs de la distribution, du tourisme et du transport aérien. Mais la croissance avait vite rebondi pour atteindre les 10 % au deuxième semestre 2003. Faut-il s’attendre au même scénario ? « La consommation est devenue aujourd’hui un moteur plus important de l’économie chinoise », met en garde Julien Marcilly, économiste en chef de la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface), une société d’assurance-crédit. Un moteur d’autant plus important que les exportations chinoises ont ralenti au cours des derniers trimestres, affectés par la guerre économique entre Pékin et Washington avant l’annonce d’une trêve mi-janvier.

Economie « mondialisée »

La consommation intérieure contribue aujourd’hui à hauteur de 57 % des richesses produites chaque année en Chine. Or l’épidémie tombe au pire moment : en plein Nouvel An lunaire, une période où les Chinois consomment et voyagent plus que d’habitude. Le cabinet Standard & Poor’s a calculé qu’un recul de 10 % des dépenses des consommateurs chinois, dans les secteurs des divertissements, des transports ou du tourisme, pourrait freiner la croissance du pays d’environ 1,2 point de PIB. Tandis que la panique se propage dans d’autres provinces, les habitants restreignent leurs déplacements pour éviter les risques de contamination, et reportent leurs achats, ce qui pourrait peser sur la consommation et augmenter le taux d’épargne déjà élevé dans le pays."