Clap de fin

Le bonheur

 

Le gouvernement a décidé de détruire l'école que j'aimais. 

L'Education nationale n'existe plus. 

Le projet de l'État est de se désengager financièrement, d'abandonner l'école publique, de la morceler, d'en affaiblir la qualité, encore et encore, sous couvert de lois progressistes..

La chronobiologie est une fumisterie totale, un prétexte qui ne répond absolument pas aux priorités.

La baisse du chômage est une priorité bien plus présente pour l'État. Les TAP sont là pour ça.

La concentration des écoles.

Le transfert inéluctable des enfants vers les écoles privées. Deux formes d'enseignement à venir : les enfants favorisés par le niveau social de la famille et les autres. 

La territorialisation de l'enseignement. Les charges aux communes, selon leurs moyens, la fin inévitable des petites écoles qui ne pourront financer les activités péri scolaires, des mairies qui iront jusqu'à souhaiter, voire accélerer les fermetures de classe. Le coût des transports suffira à mettre le budget municipal en péril.

 

Je renvoie vers la lecture du cahier numéro 13 de l'OCDE. Le projet n'est pas celui qui est présenté dans les "merdias." 

Cahier numéro 13 de l'OCDE

Les inégalités territoriales seront immenses et source de multiples dérives.

La fatigue des enfants et par conséquent les effets sur les apprentissages renforceront le désastre en cours.

Les effectifs dans les classes atteindront des seuils jamais connus. Fermetures des petites écoles rurales et donc concentration urbaine ajoutée à la diminution du nombre d'enseignants. 

 

Les entreprises entreront inévitablement dans les écoles en "sponsorisant" les activités. L'éducation deviendra un marché. Les enfants subiront un conditionnement considérablement puissant. Futurs consommateurs. Main d'oeuvre exploitable, reconnaissante, soumise, léchant la main tendue de son Maître.

 

La dernière chose qui me tenait encore debout, celle qui nourrissait encore mon engagement, c'était le bien être des enfants dans ma classe. 

Hier, jour de rentrée scolaire...

La directrice m'arrête dans le couloir pour me dire que des parents sont venus se plaindre que leurs enfants subissent un harcèlement constant, dans ma classe, de la part d'autres enfants, un groupe important contre deux enfants. 

Dans MA classe. 

Je n'ai pas été informé, ni invité. Les réclamations se sont faites vers la hiérarchie et la hiérarchie me demande d'être vigilant...

Et qu'est-ce que je fais, à chaque instant, et chaque année, quels sont mes objectifs, mes attentes, mes exigences, mes valeurs, quelle est ma vision de l'enseignement ? Combien de fois je suis intervenu pour que les enfants se respectent, ils savent ce que j'ai subi à l'école, ils savent  à quel point j'en ai souffert, ils savent que c'est inacceptable...

Des heures à leur parler d'amour, de respect, à leur expliquer les phénomènes de groupe, le mal immense que ça peut faire...

Et pourtant...

Tout ce que je dis sur la vie en communauté, tous les textes philosophiques, toute la dimension existentielle, cette volonté constante d'établir un sanctuaire.

Des heures à leur lire des textes de philosophes, à leur expliquer l'importance considérable de l'observation de soi...

Et pourtant...

Constat sans appel : Je ne parviens plus à faire de ma classe un sanctuaire et j'ai toujours pensé que si un jour, je ne me sentais plus en capacité d'élever la conscience des enfants dont j'ai la charge, je partirai.

 

Je suis allé dans ma classe, hier soir, j'ai décroché des murs tous les textes des philosophes écrits sur de grands panneaux calligraphiés, j'ai ramené chez moi tous les livres personnels que je prêtais aux enfants.

De toute façon, ils ne les lisaient pas. Et d'ailleurs, combien d'entre eux lisent encore ? Parfois ...Quelques lignes... 

 

 

Un enterrement. Un désastre.

J'ai fermé ma classe et je n'y retournerai plus.

Trente-deux ans à lutter. 

Clap de fin.

Je n'irai plus.

C'est mort.

Cataclysme.

Il ne reste qu'un champ de ruines. 

Et je vais tourner le dos à ce champ de batailles. 

Il faut que je sauve ma peau.

Pour ma femme, pour mes trois enfants.

Et pour moi.

Je refuse de collaborer au démantèlement de l'école et je n'ai plus l'énergie de lutter contre les dégâts de ce monde sur les enfants que je rencontre. C'est au-delà de mes forces.

Et tant mieux. 



 

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Commentaires (4)

Thierry
  • 1. Thierry | 17/06/2014
Merci à vous pour votre soutien. Je passe un bonjour sincère à Thomas. Je garderai de lui le souvenir très positif d'un petit garçon volontaire, respectueux, souriant. Merci à lui.
pierrot Philippe8
  • 2. pierrot Philippe8 (site web) | 02/06/2014
Monsieur , Ledru.
Juste un petit mot pour vous apporter notre soutien.
Je suis heureux que Thomas est eu la chance de vous rencontrer.vous lui manquez beaucoup.Nous sommes de tout cœur avec vous.À très bientôt je l'espère, l'éducation nationale perd un sage.[
Thierry
  • 3. Thierry | 14/05/2014
La philosophie existentielle n'a plus aucun écho dans l'institution et comme le monde extérieur n'est qu'un vaste chaos, les enfants le reproduisent par mimétisme. Je n'y peux plus rien. "Le cercle des poètes disparus" a disparu lui aussi...Merci pour votre commentaire Sélim.
Sélim
  • 4. Sélim | 14/05/2014
Merci de m'avoir permis de lire ceci....
Quand j'étais plus jeune, je voulait être enseignant;
Prodiguer les bons conseils,
faire comprendre pourquoi tel ou tel mécanisme sociétaire enfonce une philosophie unique qui feras de nous tous, petits et grands, un cercle fermé et divisé à la fois.
Tous cela semble rayé de la carte.
La division est née depuis que le pouvoir est abusé.
Merci de montrer que même après toutes vos années passées à essayer de sauver nos enfants d'un système commanditaire en leur mettant leur yeux au dessus de lui, il ne suffit pas de volonté et de quelconque budget, mais d'unification dans une philosophie unique qui feras de nous tous, petits et grands, un cercle ouvert et soudé à la fois.

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