Connexion

86 amore

"L'impression d'être au-dessus de leurs deux corps unifiés, l'impression d'être une conscience qui s'observe. Elle était venue le chevaucher, elle avait pris son sexe dressé entre ses mains et elle l'avait guidé...Embrasement, flamboyance, des galaxies d'étoiles pétillantes...

Il avait déjà connu cet état de conscience modifiée. C'était une nuit sans lune, des étoiles comme des flocons punaisés sur le tissu noir de l'Univers. Il était sorti manger une pomme. Il aimait ce rituel. Un instant suspendu dans le silence de la nuit, l'immobilité du monde.

Il avait croqué une première bouchée, il avait longuement mastiqué, tourné la chair dans sa bouche, il s'était délecté du jus glissant dans sa gorge, il avait fermé les yeux et le noir de l'Univers l'avait envahi...

Deuxième bouchée. Le bruit de la chair déchirée, comme un don de vie, une création emplie d'énergie solaire coulant en lui, venant nourrir la Vie qui ruisselait dans ses fibres...Transfert d'énergie. La Vie se nourrissant elle-même.

Oui, c'était cela.

La pomme n'était pas une pomme. Et il n'était pas lui-même le bénéficiaire.

La matière n'était qu'une apparence mais il y avait autre chose à saisir.

Troisième bouchée...

Tout ce que nous mangeons a été nourri par la Vie et c'est la Vie qui vient nourrir la Vie en nous.

C'est là qu'il a senti qu'il n'était pas en lui. Une observation extérieure. Il avait conscience de manger une pomme mais il avait surtout conscience d'être en état de conscience.

J'ai conscience.

Je suis une conscience.

Les deux tournures n'avaient pas la même portée. Un choc immense.

La première expression maintenait l'individu dans une identification égotique. "J'ai conscience"...Comme on dirait "j'ai réussi", "j'ai de l'argent", "j'ai bien gagné ma vie". Une idée de l'avoir comme un objectif suprême.

La conscience n'était plus dès lors qu'une possession, une excroissance sortie d'un mental dominant, une raison qui s'observe...

Non, ça n'était pas cela, c'était trop insignifiant, trop réducteur, trop humain finalement. Un détournement du Réel pour enjoliver une réalité adorée.

"Regardez-moi, regardez-moi, j'ai conscience d'être moi..."

Dérisoire, d'une immaturité effroyable.  

Il n'avait pas conscience de tout cela... Il était la conscience de tout cela.

Et c'est là que tout avait basculé.

Il était la conscience. Et non pas lui-même. Il ne mangeait pas une pomme. Il mangeait la conscience matérialisée de la Vie.

Il avait déjà vécu cet état.

Non, mauvaise tournure.

Il avait déjà été dans cet état.

Non, mauvaise tournure.

Il avait déjà été cet état.

Oui, voilà, c'était cela.

Il était la conscience. Il n'était pas dans un état de conscience. Puisqu'il n'était rien d'autre qu'un support.

Il était en dehors du support. Il était en dehors de la réalité matérielle.

Il était le Réel. Il était la conscience.

Non, mauvaise tournure.

La conscience était lui...Inversion des appartenances. Rétablir les hiérarchies. Il n'était qu'une expérience, une excroissance, une forme chargée d'explorer la Vie en elle-même. 

Nous étions tous des parcelles d'une conscience et l'acte d'aimer plongeait les individus dans la joie sublime de l'Univers qui s'observe.

Elle était venue s'allonger sur lui. Enflammée par le désir.

Il avait plongé en elle comme au coeur d'un soleil. Il avait senti cascader dans ses fibres des particules vivaces, comme des courants électriques.

Il était au-dessus des deux corps unifiés et il voyait l'aura lumineuse enlacer d'une clarté orange les arabesques dansantes de l'amour en eux.

Connexion. Comme deux entités aimantées, imbriquées, emboîtées, fusionnées. Leurs sexes comme le point de rencontre du flux originel, reconstitution de l'Un dans les deux.

Se brancher sur l'énergie et la laisser se diffuser, user du canal corporel pour créer une passerelle.

Il avait plongé dans ses yeux et il avait vu la création se réjouir. Ele n'était pas elle, il n'était pas lui. Ils étaient l'énergie.

Il ne caressait pas le corps de la femme qu'il aimait mais les particules unifiées d'une conscience et cette conscience les observait et jouissait de l'amour qu'elle diffusait en eux.

Du haut des cieux, il vit son corps se tendre et son sexe gonfler, il sentit le corps de sa Déesse s'abandonner au flux électrique, il sentit le placenta qui les unifiait se charger de crépitements, il vit les étincelles, il suivit dans ses fibres le torrent se répandre.

Et sitôt l'avalanche calorique répandue, son sexe se chargea de nouveau de la même puissance. Il serra dans ses bras le corps électrisé de sa compagne et plongea plus haut encore. Comme si chaque pause se diluait à des altitudes inespérées, comme si les horizons à atteindre se révélaient inexorablement, infiniment...Infiniment...

Ils étaient la conscience de l'Univers et l'Univers jouissait en eux."

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