Conscience universelle (spiritualité/conscience)

Entre la conscience morale (phénomène liée à l’éducation et par conséquent au groupe humain), la conscience individuelle (j’ai conscience que j’écris) et la Conscience universelle, nous ne sommes éminemment pas dans des dimensions similaires.

 

Dans la conscience collective, j’ai appris à reconnaître ce qui est bien et mal, deux concepts associés à des modes de vie, un ciment social indispensable que je ne critique pas tant qu’il reste dans le respect de l’intégrité de l’individu. Il suffit de penser à la conscience morale prônée par les dictatures (délation, collaboration, racisme etc…) pour mettre en avant les limites de cette conscience instaurée.

 

La conscience individuelle reflète le fait que je suis conscient de ma pensée. Le problème surgit dès lors que cette pensée s’identifie à l’objet de cette pensée. La douleur à laquelle je pense n’est pas ce que je suis. J’ai conscience de cette douleur mais j’ai surtout conscience que j’en ai conscience. Il n’y a pas dès lors de rupture dans ma conscience, pas de disparition de ce que je suis parce que je reste dans un état de lucidité autorisant la distanciation entre ma conscience et l’objet de ma conscience, entre la pensée et le penseur. Je suis l’observateur sans être l’objet observé. Je ne suis pas l’Amour que j’observe, je ne disparais pas en lui parce que je reste conscient de cette conscience.

Malgré tout, cette conscience est un « travail » nourri par la pensée. J’ai conscience de cela parce que je le pense et c’est parce que j’ai conscience de cette pensée que je suis. Je ne suis pas ce que je suis parce que je pense, ça ne suffit pas, il manque la conscience inhérente à cette pensée. C’est parce que j’ai conscience de penser que je suis. On pense évidemment à Descartes. Je ne suis pas parce que je pense mais parce que je le pense. C’est un double regard en quelque sorte. Dès lors que nos pensées prennent le pas sur cette conscience et ne deviennent qu’un flot ininterrompu et chaotique, il n’y a plus de conscience et par conséquent plus d’individu. La pensée est une nécessité et simultanément un danger.

 

Alors, est-il possible de parvenir à une conscience sans pensée ?

 

« La Conscience est l'océan et la pensée est la vague issue de l'océan ». Une métaphore bouddhiste.


Concrètement, il existerait une conscience sans pensée.
Cette conscience n'est pas conscience de soi ni du monde mais simple conscience d'être, et dans les moments d'unité avec elle, il n'y a ni discours ni réflexion sur ce qu'elle est. Ce serait un état de plénitude sans aucune irruption mentalisée. Je n’ai pas besoin d’avoir conscience de cela en usant de la pensée. Il s’agirait de rester dans un état de silence intérieur, comme un détachement de tout au cœur du rien.
Si la pensée revient, elle lui collera une étiquette, un nom (conscience, esprit...), et reprendra la maîtrise en identifiant cette conscience ou en la mystifiant. (Dieu notamment…)

 

Mais on peut s’interroger sur le centre de réception de cet état de conscience. Si le mental en est exclu, si la raison ou la conscience auto réflexive n’a rien à faire là, de quoi s’agit-il ? Si cette Conscience est un Océan et la pensée une vague, elles sont bien constituées d’une substance identique, il ne s’agit dans la pensée que d’une parcellisation de cette Unité. Pourquoi cette pensée créé-t-elle une distanciation d’avec la Conscience dont elle est issue ? Peut-être parce que le mental cherche à reprendre le dessus dans cette dimension en lui apportant une notion de dualité. Il y a « moi » qui pense au « Tout » alors qu’il ne faudrait que disparaître dans le Tout. Mais survient aussitôt la peur, cette angoisse de ne plus être, cet effroi de se perdre alors que depuis la plus petite enfance, nous vivons dans la constitution de cet individu. Ce cheminement va à l’encontre de tout ce que nous avons appris. Nous devrions disparaître ? Mais c’est terrifiant !! Je ne peux pas m’y résoudre, ce « je » n’étant qu’un « moi » qui se protège. Le « je » étant l’Océan et le « moi » une vague. Ce que nous aimons, c’est l’identification à la vague, à cette forme unique, si belle, si reconnaissable alors que l’Océan est une immensité gloutonne, une dispersion insupportable.

Que se passe-t-il alors lorsque cette conscience, parfois, s’efface et devient Conscience, lorsque cette peur de n’être plus se remplace par le bonheur ineffable d’être Tout et par conséquent rien de connu ? D’où vient ce lâcher prise absolu ? Est-il possible de le maîtriser sans faire appel à la pensée au risque de n’être qu’un moi qui se glorifie d’une fausse trouvaille ?

 

Je ne connais rien d’autre que la Nature. Le silence des montagnes et l’épuisement des pensées dans le creuset bouillonnant d’un corps qui s’exalte.  L’orgasme peut-être une voie mais il ne peut s’alourdir de fantasmes, il se doit d’aller voir plus haut, dans une osmose spirituelle. La voie tantrique peut-être.

 

Rien de tout cela ne sera offert dans l’urgence et c’est là le drame de ce monde. Il n’a pas le temps. Et nous courons avec lui en nourrissant sa folie de nos exigences immédiates.  

Commentaires (4)

Thierry
  • 1. Thierry | 15/09/2010

Oui Françoise, mais c'est déjà arrivé et c'est là toute la différence, on sait que ça existe,que c'est venu en nous. Inutile de nager après, c'est un courant indomptable. C'est vrai que ça peut également être déprimant quand le flot de questions restent sans réponse...Pourquoi moi ? Pourquoi c'est parti ? Pourquoi ca ne revient pas ? Comment c'est venu ? Qu'est-ce qui a déclenché tout ça ?
Mais ce sont des pensées et dans cette conscience elles sont inutiles...Alors vaut mieux écouter le silence. Et l'aimer.

  • 2. | 15/09/2010

Oui,parfois, j'exulte en pensant que je ne suis pas cette vague distincte des autres vagues, de l'océan lui-même, je me sens tout à coup si légère, libérée du poid d'être moi.Oui, je marche et j'y pense puis je me vois marcher et y penser: une pensée en surimpression. Je ne sais pas ne pas penser, j'en ai conscience et si j'essaie, je pense à ne pas penser... Je ne suis jamais dans la Conscience pure, seulement deux fois dans ma vie j'ai connu cet instant et cela s'est évanouï sans doute à l'instant même où j'y ai pensé sans surimpression,sans écouter la petite mélodie.
Françoise.

Thierry
  • 3. Thierry | 14/09/2010

Effectivement, cette conscience ou ces prémices de ce "quelque chose" est déjà à mon sens la perception au moins de la mélodie...

  • 4. | 14/09/2010

Je vais relire... Il est difficile parfois de savoir si l'on a conscience d'être cette vague de l'océan ou bien si l'on croit en avoir conscience. L'oscillation est inconfortable mais n'est-ce pas déjà les prémices d'un début de Conscience? Commencer à voir la danse de cette vague dans le grand bal de l'océan, comprendre qu'il n'y a pas de danse sans le bal, pas de bal sans danses, crois-tu que déjà ce soit un début de Conscience?

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