Illumination et réalité.

 

 

 


 

 

 

 

Etre capable d'expérimenter la réalité telle qu'elle est, sans interférence, sans distorsion, sans apport personnel, dans une complète acceptation, sans projection, sans peur, sans attente, sans espoir, est un état d'illumination. Cela revient à déposer ses charges, ses fardeaux, son passé et toutes les identifications qui s'y sont greffées. Il s'agit des fardeaux d'ordre mental. Ils peuvent bien entendu avoir des répercussions sur le physique. Cette conscience temporelle dont nous disposons peut se retourner contre notre plénitude. Elle installe une charge émotionnelle, majoritairement inconsciente. Pour entrer dans cette acceptation libératrice il est indispensable d'établir la liste de ces fardeaux, de les identifier et de prendre conscience qu'ils ne sont pas ce que nous sommes. Ils sont l'image que nous avons donnée de la vie mais ils ne sont pas la vie. La vie n'est rien d'autre que l'énergie qui vibre en chacun de nous. Elle ne doit pas être salie, alourdie, morcelée par cette vision temporelle à laquelle nous nous attachons. Les pensées que nous avons établies comme l'étendard de notre puissance est un mal qui nous ronge. L'égo y prend forme et se détache dès lors de la conscience de la vie. L'individu se couvre d'oripeaux comme autant de titres suprêmes. Ca n'est que souffrance et dans la reconnaissance que nous y puisons nous créons des murailles carcérales. L'illumination consiste à briser ce carcan. L'individu n'en a pas toujours la force, il manque de lucidité, d'observation, il est perdu dans le florilège d'imbrications sociales, familiales, amoureuses, professionnelles. Il se fie à son mental nourri inlassablement par les hordes de pensées.

Survient alors, parfois, le drame. L'évènement qui fait voler en éclat les certitudes, les attachements, les conditionnements. La douleur physique se lie à la souffrance morale. Les repères sont abolis, les références sont bannies. L'individu sombre dans une détresse sans fond, il en appelle à l'aide, il cherche des solutions extérieures, condamne, maudit, répudie, nie, rejette, conspue, insulte le sort qui s'acharne sur lui alors qu'il est lui-même le bourreau, le virus, le mal incarné. Il a construit consciencieusement les murs de sa geôle et jure qu'il n'est pour rien. Dieu, lui-même, peut devenir l'ennemi juré alors qu'il avait jusque là été totalement ignoré. Tout est bon pour nourrir la révolte.



S'installe alors peu à peu l'épuisement. Le dégoût de tout devant tant de douleur. Ca n'est qu'une autre forme de pensée, une autre déviance, une résistance derrière laquelle se cache l'attente d'une délivrance, un espoir qui se tait, qui n'ose pas se dire. Une superstition qu'il ne faut pas dévoiler. La colère puis le dégoût, des alternances hallucinantes, des pensées qui s'entrechoquent, des rémissions suivies d'effondrements, rien ne change, aucune évolution spirituelle, juste le délabrement continu des citadelles. Cette impression désespérante, destructrice de tout perdre, de voir s'étendre jour après jour l'étendue des ruines.



Il ne reste que l'illumination. Elle est la seule issue. Car lorsqu'il ne reste rien de l'individu conditionné, lorsque tout a été ravagé jusqu'aux fondations, lorsque le mental n'est plus qu'un mourrant qui implore la sentence, lorsque le corps n'a plus aucune résistance, qu'il goûte avec délectation quelques secondes d'absence, cette petite mort pendant laquelle les terminaisons nerveuses s'éteignent, comme par magie, comme si le cerveau lui-même n'en pouvait plus, c'est là que les pensées ne sont plus rien, que le silence intérieur dévoile des horizons ignorés.

Révélation. Illumination.

Je ne suis pas ma douleur, je ne suis rien de ce que je veux sauver. Je ne suis rien de ce que j'ai été.

Je suis la vie en moi. Je suis l'énergie, la beauté de l'ineffable.

 

 

Il ne faut pas prendre le mot "illumination" à la lettre, sinon ça fait fort "illuminé."

Même à un niveau très bas (où je me situe) on prend conscience qu'on n'est pas ses émotions ou ses pensées: elles ne sont que des perturbations, comme les vagues sur la mer qui sont faites d'eau mais ne sont pas l'eau (l'eau c'est H2O).

Ces perturbations sont utiles, à condition de les "dompter" et d'en faire un outil, et non pas un maître. Le dépressif, par exemple, s'identifie à ses émotions, il dit "je suis dépressif", alors qu'il devrait se détacher de ses émotions, ne pas s'y identifier, et dire "j'ai une dépression".

L'illumination (la conscience, la vue claire, non perturbée), permettrait de la même façon de se rendre compte de ce qu'est la vraie nature du monde, et donc d'être beaucoup plus réaliste, de savoir mettre chaque chose à sa place, connaître sa raison d'être, etc.
 
A ne pas confondre avec toutes les fausses illuminations: illusions, névroses, rêves éveillés, fumisteries, etc, qui ne donnent pas du tout le même résultat.

 

Le corps et l'esprit sont liés, donc agir sur l'un a un effet sur l'autre. Pour moi, ce qu'on considère comme notre esprit est aussi un "corps" de matière plus subtile. Physique, énergétique, émotionnel, pensées... tous des corps, de moins en moins structurés à mesure qu'on va vers les matières plus subtiles. Notre « corps des pensées » est le plus chaotique et indiscipliné.

 

Tout ce qui a pu m'arriver pendant des années, c'est justement parce que je n'étais pas dans la réalité. Quant à l'irrationnel, ça n'est jamais qu'une dimension qui ne nous est pas accessible, pas quelque chose qui n'existe pas. Mais ce qui n'a pas de nom n'est pas pour autant exclu de la réalité.  La dimension que l'on connaît par notre raison, notre logique, nos sens, notre intellect n'est qu'une part de la réalité et elle est bien souvent détournée par notre mental qui déraisonne.

 

Notre esprit est comme un verre d'eau boueuse agitée. Les émotions et les pensées anarchiques sont cette agitation. Si on laisse reposer le verre (état de méditation, zen, détachement des émotions), la boue se dépose et l'eau devient claire: on "voit" la vraie nature des choses. La première étape étant justement que nos possessions matérielles et notre corps ne sont pas "nous", et nos émotions non plus (deuxième étape).
Ce sont des "outils", fort utiles, mais des outils quand même.

 

 

L'absence d'attente et d'espoir ne signifie absolument pas que l'individu a abandonné ses rêves mais bien au contraire qu'il se trouve dans un état de perception, de réception absolument complet, qu'il n'y a aucune interférence liée à une projection temporelle. L'individu existe dans le présent, dans l'instant, il n'est pas question de laisser les pensées couper l'individu de cette vie immédiate. Je fais une distinction entre l'espoir et le projet. L'espoir est à mon sens une projection des pensées dans une dimension temporelle, futur et même passé.
"J'espère que demain il va neiger."
"J'espère qu'il va neiger autant que l'hiver dernier."
Ces deux exemples expriment quelque chose qui ne relève pas de la volonté de l'individu. Ce ne sont que des extrapolations imaginaires. C'est très infantile en fait et le meilleur moyen d'être déçu. Le désir est très lié à la notion de manque. Ce que l'individu aime dans cette dimension, c'est l'idée qu'il se fait d'une réalité qu'il espère et dès lors, étant donné qu'il se soumet à des paramètres extérieurs à lui, il se place dans une situation de dépendance.
Le projet est quelque chose qui relève de la volonté de l'individu. Il s'agit de construire des actes par une projection temporelle mais qui s'ancre dans l'instant.
"Je vais préparer mon sac, mes skis, un itinéraire, prendre la météo, et si jamais la neige est au rendez-vous, je pourrai en profiter. Je sais pourtant parfaitement que tout cela sera peut-être inutile. Ca ne dépend pas de moi mais en tout cas je serai prêt si ça s'avère possible. Et si ça ne l'est pas, et bien j'irai marcher mais je ne serai pas déçu pour autant. Je ne pourrais être déçu que si je me laisse emporter par un rêve qui me coupe de la réalité."
Il s'agit en fait pour ma part d'établir clairement et constamment ce qui relève de moi, de ma liberté, et ce qui est extérieur à moi. Si je m'enferme inconsciemment dans des projections mentalisées, je n'ai pas le droit de me plaindre... J'ai "choisi" d'être dépendant de mes rêves. Il faut assumer.
Si je parviens par contre à identifier ce qui relève de ma responsabilité, je me dois de tout mettre en oeuvre pour parvenir à mes fins. Imaginons qu'il ait neigé toute la nuit et que j'arrive sur le parking, que j'ouvre le coffre et que je réalise que j'ai oublié de prendre mon ARVA parce que j'avais vu qu'il n'y avait plus de piles, que je suis allé en chercher, que j'ai rencontré un copain, qu'on s'est mis à parler de la neige, du sommet qu'on allait faire, etc, etc... Le rêve et toutes les images afférentes m'ont coupé de la réalité, je me suis laissé embarquer dans des schémas de pensées temporelles alors que je devais rester dans l'instant pour que ce projet se réalise. Et on ne part pas en montagne sans son ARVA... La sortie est fichue. Il se peut même que je décide d'y aller quand même et là, parce que le rêve est le plus fort en moi, je me mets gravement en danger...
Il ne s'agit pas de ne pas avoir de rêves, d'attentes, d'espoirs mais de faire en sorte que toutes ces pensées ne soient pas des paravents à la réalité.

 

Continuons la balade de ski de randonnée.
Imaginons que je sois parti sans mon ARVA parce que mon copain m'a convaincu que le manteau neigeux était suffisamment stable. Je risque pendant une bonne partie de la sortie de me fabriquer des scénarios catastrophe: si je pars dans une coulée, mon ami ne pourra pas me retrouver. Si c'est lui qui part, il a un ARVA mais pas moi et donc je ne pourrai même pas le chercher. Dans un cas, j'y reste et dans l'autre je suis responsable de sa mort...Super sortie...
Bon, deuxième possibilité, mon copain avait un deuxième ARVA. Ouf sauvé.
Mais étant donné que mon fonctionnement habituel est de créer sans cesse des tensions liées au désir, je vais pendant la sortie me mettre à regretter que la neige ne soit pas tombée autant que ce que j'espérais, que le vent ait soufflé et qu'il y ait des plaques, qu'elles soient croûtées, que le vent au sommet va nous gâcher le plaisir d'être arrivé, qu'on aurait peut-être dû aller faire une sortie sur un versant sud-est pour que le soleil ait le temps de ramollir la croûte, on aurait eu une descente plus agréable, tiens oui, la semaine prochaine on ira faire une autre pente mieux orientée, j'espère qu'il va reneiger pendant la semaine, j'espère que la météo sera bonne pendant le prochain week-end, j'espère que Blandine pourra venir, j'aimerais bien lui montrer les montagnes mais c'est qui ce gars qui lui tourne autour au boulot, quel con celui-là avec sa BMW, quel prétentieux, et ce vent de fou là-haut ça va être l'enfer, y'a toute la poudre qui est soufflée, pas la pêche moi, pas bien dormi à force de penser à cette météo j'ai les jambes en coton et puis Blandine aussi, comment je vais faire pour lui dire, faut pas que je traîne, deux semaines qu'elle est arrivée et y'a déjà trois gars qui lui tourne autour... etc etc etc etc etc etc etc ...

Jamais là. Jamais dans la réalité. On peut considérer que cet individu là continue à dormir d'ailleurs. Et le cinéma qu'il se fait voile le film de sa vie.

 

La qualité de nos pensées, nos bavardages intérieurs, nos rêves nocturnes, mais aussi notre émotion devant un beau paysage, une musique sublime, l'intensité d'un échange affectif, toute notre vie psychique n'est pas mesurable expérimentalement, scientifiquement, et pourtant, on ne peut pas nier que c'est une part et même une part essentielle de la vie.

Le matériel, le tangible tel que nous le percevons au travers de notre conditionnement d'humain est une projection du spectateur qui observe le spectacle, lui donne une myriade de noms, comme s'il en était l'inventeur.
Si nous avions des organes de perception semblables à ceux d'une chauve souris ou d'un serpent, nous verrions le monde bien autrement, si nous étions beaucoup plus petits ou beaucoup plus grands encore autrement.
Si nous avions les organes capables de percevoir le coeur des atomes en mouvement, le monde paraîtrait tellement différent.
Si nous pouvions percevoir les pensées et la conscience des autres, à nouveau le monde serait très différent.

Tout dépend du niveau de conscience auquel on est, la conscience d'un ver de terre n'est pas la conscience d'un chien, qui n'est pas la conscience d'un humain ordinaire, qui n'est pas la conscience d'un Bouddha.

Ce que nous croyons être la réalité tangible, concrète est un aspect du monde seulement, un aspect réel certes, mais relatif.

 

 

Cette perception sensorielle à laquelle nous sommes tellement habitués peut se révéler être un paravent à une perception d'une autre qualité mais qui n'est pas relative à nos cinq sens. Le problème vient du fait qu'elle n'est pas reproductible, qu'elle n'est pas identifiable et que par conséquent elle n'entre pas dans le champ de compétences de la science. Néanmoins il existe de très nombreux phénomènes qui laissent entrevoir une autre "réalité."
Juste un exemple:
Walter Bonatti est un alpiniste italien très connu dans le milieu et totalement respecté. Pendant un hiver il avait décidé d'escalader en solitaire la face de la Brenva au Mont Blanc. Il rejoignit au milieu de la face une cordée de grimpeurs italiens, deux guides qu'il connaissait. Le temps était magnifique, glacial, des conditions idéales pour une ascension hivernale, aucun risque objectifs. Pourtant, après avoir dépassé cette cordée d'alpinistes Bonatti se mit à traverser vers une bande de rochers en criant aux deux guides italiens de sortir du couloir dans lequel ils se trouvaient tous les trois. Il n'y avait aucun signe de dangers perceptibles, aucune chute de neige, de coulée, de séracs, rien. Et pourtant Bonatti continuait à hurler aux deux guides de traverser vers les rochers. Ils ne comprirent pas et ne l'écoutèrent pas, ils continuèrent à avancer dans le couloir. Bonatti rejoignit le bord du couloir. Une coulée, partie du sommet, dévala le couloir et emporta les deux guides italiens. Bonatti y réchappa.
Dans quelle "réalité" était-il lorsqu'il prit conscience de ce danger imminent ?
On peut appeler ça le "sixième sens". On peut lui donner tous les noms qu'on veut. Il n'en reste pas moins que la science n'y comprend rien. Pourtant ça existe. C'est réel.

 


La réalité n'est pas seulement les gens, les objets, l'Univers, mais surtout ma relation à eux, la perception que j'ai d'eux, l'échange, la conscience de notre interaction. Il est remarquable que tous ces moments de bonheur surgissent quand on se sent en harmonie parfaite avec autre chose ou quelqu'un d'autre. Le bonheur et la conscience viennent donc d'une relation, et non pas d'un objet seul.


La réalité est beaucoup plus la relation que j'ai avec mon environnement, que l'environnement lui même. Il n'existe que parce que j'ai une relation avec lui: je le vois, je le sens, je le rejette ou je l'apprécie. Un objet que je n'ai jamais vu ou dont je n'ai jamais entendu parler n'existe pas. Il existe pour d'autres personnes, mais pas pour moi. L'émotion qui m'a submergée devant un beau coucher de soleil est une réalité, c'est ma VIE, c'est une expérience. Or l'expérience, il est impossible de la partager.

Un médecin à qui je racontais les "rémissions" inexpliquées de mes trois hernies discales m'a certifié que ça n'était pas "réel" étant donné que ça n'était pas scientifiquement explicable ni reproductible. Ca n'est qu'une illusion. Ca m'a d'abord bien fait rire et puis ça m'a considérablement effrayé que la "raison" de ces gens là puisse être aussi étroite et limitée. Effectivement, dans les mains (et le "savoir") de ces gens là, une personne malade n'a que peu de chances de guérir. Ca lui est même interdit si ça sort du cadre officiel.
Une "réalité" bien dangereuse.
Dès lors que quelqu'un me dit que la réalité est parfaitement identifiée je vois apparaître une certaine forme d'Inquisition. Au lieu d'avoir à subir une forme théologique de la réalité on subit aujourd'hui une forme cartésienne. On en est donc toujours à une forme de pouvoir qui nie tout ce qui n'est pas exploitable par la pensée dominante.

 

Il n'y a pas qu'une réalité, il y en a plusieurs. Les sciences actuelles confirment cela. Les particules qui composent la matière sont
- soit de l'énergie
- soit une masse
et ce qui détermine que c'est l'un ou l'autre, c'est le postulat de l'expérimentateur.

La matière qui constitue  la « réalité » n'est donc déjà pas définie, ou alors elle est définie en fonction de la relation qu'établit l'expérimentateur avec elle, donc elle n'est plus fixe.




Nous sommes vraiment à "la fin des certitudes » newtoniennes.

 

"Le mot réalité désigne le caractère de ce qui existe effectivement, par opposition à ce qui est imaginé, rêvé ou fictif."

Pour ma part, je trouve ça très incomplet. Je dirai donc que c'est la réalité du dictionnaire.


Ce monsieur est très intéressant aussi.
http://www.trinhxuanthuan.com/indexfr.htm

 

Il arrive parfois qu'une pensée de guérison agisse sur la guérison elle-même. Est-ce que cette pensée a eu un effet "réel" à travers une certaine "réalité" ? Est-ce que ce contenu pourrait être une réalité plus profonde que la réalité tangible, matérielle, évènementielle, palpable, visible ? Est-ce que la pensée de l'individu pourrait transformer d'un point de vue moléculaire et non par auto persuasion un état donné ?

Si cela a un effet dans la matière, c'est que cela existe en soi. Pas possible autrement.


Toricelli a inventé le baromètre grâce auquel il a pu prouver que l'air était une matière. Avant lui, les savants le qualifiaient d'"éther" (terme qui s'est reporté sur une éventuelle matière plus subtile que l'air, actuellement). D'après eux, c'était les arbres et les vagues, qui, en bougeant, créaient le vent !

Alfred Wegener a été conspué lorsqu’il a présenté sa théorie de la tectonique des plaques.


Avec les matérialistes actuels, on est dans la même situation. Ils affirment qu'une chose qui n'est pas mesurable n'existe pas. Pourtant, les effets de ces choses" (les pensées, émotions) sont mesurables, mais ils ont peut-être inversé l'effet et la cause: ce ne sont pas les arbres qui créent le vent (=les courants électriques qui créent les pensées), mais l'inverse ? On doit encore maintenir le point d'interrogation.

En attendant, on doit se contenter de suppositions et de théories.

 

 

Dire qu'une pensée n'est pas réelle est un postulat, simplement, rien de plus, un postulat que le bouddhisme réfute totalement puisque au contraire, par la méditation, on découvre que tout vient de la pensée, tout vient du mental, c'est le mental qui conditionne notre vision du monde.
L'acte dans la matière est toujours précédé d'une pensée, c'est la pensée qui est à l'origine de tout.

La science moderne découvre que l'objectivité chère aux scientistes du XIXème siècle n'existe pas. Il y a interaction entre l'observateur et ce qui est observé.

La qualité des choses est plus importante que la quantité, ne regarder comme réel que ce qui est mesurable, c'est passer à coté de tout un pan de la réalité.
Comment mesurer la beauté d'une oeuvre de Beethoven ? Quelle unité de mesure de sa créativité ? Avec quelle "machine" va-t-on mesurer la qualité de l'éveil d'un Bouddha ? La beauté ineffable de la nature ?

Nous savons pour nous même que nous connaissons des états intérieurs de qualité différente. Des moments de paix et d'harmonie, des moments de compréhension privilégiés. Comment les mesurer ?

 

 

La littérature zen en particulier présente l'illumination comme un événement sans retour, faisant passer la personne de l'état ordinaire à l'état de Bouddha ou presque.
Il y a sur ce sujet le pavé incontournable de D.T.Suzuki, Essais sur le bouddhisme zen, et aussi le livre référence de Philip Kapleau Les trois piliers du zen, malheureusement épuisé en français.
Dans le zen, on distingue 4 degrés d'expérience ou kensho. Dans le Théravada, il y a une classification en 8 degrés d'absorption, chez les Tibétains je ne sais pas.

L'illumination, c'est reconnaître à un degré plus ou moins grand un autre état d'être et de conscience, libre du mental et au-delà du mental, un état qui ne change pas, qui ne dépend pas de notre conditionnement, ce que le bouddhisme tibétain appelle connaître la vraie nature de l'esprit, la claire lumière, la vacuité primordiale.

Expérimenter cet état et le reconnaître sont 2 choses différentes.
L'expérimenter, le reconnaître et rester avec représente une étape bien différente.

Tant qu'on n'est pas parvenu à rester dans cet état de façon permanente, les tendances et les habitudes, autrement dit les chaînes de notre conditionnement dans le temps et l'espace reprennent le dessus.
Ce n'est que lorsqu'on ne peut plus retomber de cet état qu'il y a libération — ce qui représente un accomplissement extrêmement rare, de maîtres dont le nom a traversé les siècles.

 

A part le Bouddha lui-même, il y a des êtres aussi extraordinaires que Shankaracharya, Ramana Maharshi et Swami Ramdas chez les hindous, Milarepa, Dogen, Salim Michael, Ajahn Mun chez les bouddhistes, mais aussi Kabir, Al Hallaj chez les musulmans, Jean de La croix, Maître Eckhart et d'autres chez les chrétiens, tous ces êtres d'exception ont connu un état où il y a détachement de l'identification au moi, et connaissance directe de l'Absolu, ils ne sont plus "normaux", ils ne vivent plus que pour et par ce qu'ils ont connu.
C'est un niveau qui n'a rien à voir avec ce qu'on trouve souvent sur le net où les gens se disent illuminés après avoir seulement connu le début d'un petit quelque chose qu'ils perdent effectivement.
Pour moi, c'est fondamental de savoir qu'il y a des êtres qui ont réussi à atteindre un niveau de conscience si élevé qu'ils accèdent à une perception directe de la Réalité qui reste inaccessible ordinairement.
On sait alors qu'il y a un chemin, que d'autres l'ont parcouru, même si le chemin est ardu et ceux qui parviennent au but peu nombreux. Si on expérimente à un moment donné le début de quelque chose, on sait que ce n'est qu'un pas, mais on est sur la voie et ça donne sens à la vie, mieux, c'est cela le sens de la vie.
Je crois en effet que nous sommes sur terre pour nous éveiller, nous libérer de notre identification au moi et de la vision limitée du monde que nous procurent nos sens.

C'est ce que cherchent tous les mystiques de toutes les religions et ce qui est extraordinaire, c'est de voir que, dans toutes les grandes religions, même si le dogme est largement différent entre elles, la sincérité et les efforts fournis par ces grands êtres font qu'ils arrivent à la même expérience de détachement complet du moi pour connaître un état de conscience indicible que l'on décrit comme la Vacuité dont on ne peut rien dire avec des mots appartenant à ce monde.

C'est seulement depuis cette dimension que les religions peuvent se rejoindre et ne plus être un facteur de division mais de compréhension et de respect mutuel.

 

Il y a des témoignages d'illumination chez les chrétiens, exemple :

« Celui qui connaît, et ce qu’il connaît, sont un. Les gens simples s’imaginent qu’ils doivent voir Dieu, comme s’Il était debout là, et eux ici. Il n’en est point ainsi. Dieu et moi, nous sommes un dans la connaissance. » (Maître Eckhart, XIV ème siècle).

Denys l'Aéropagite (Vème siècle) :
"Les mystères simples, absolus et immuables de la Vérité divine sont cachés dans les ténèbres super lumineuses de ce silence qui révèle en secret. Car ces ténèbres, bien qu'elles soient de l'obscurité la plus profonde, sont pourtant d'une clarté rayonnante ; et bien qu'elles soient au-delà du toucher et de la vue, elles font plus qu'emplir notre esprit aveugle de splendeurs de beauté transcendante. Nous désirons ardemment demeurer dans ces ténèbres transparentes, et, à force de ne pas voir et ne pas connaître, voir  Celui qui est au-delà de la vue et de la connaissance."

Angèle de Foligno XIVème siècle:
"Très souvent, je vois Dieu suivant un mode et une perfection qui ne peuvent être ni exprimés ni conçus. Je vois que c'est le bien absolu, une délectation ineffable. Plus la ténèbre est profonde, plus ce bien surpasse la pensée et se montre inexprimable. Il surpasse même la puissance de Dieu, sa sagesse, sa volonté. Quand je suis plongée dans ce bien et que je le contemple, je ne me souviens plus de l'humanité de Jésus-Christ, ni de l'Incarnation, ni de quoi que ce soit qui ait une forme. Je vois tout, cependant, et je ne vois rien."

Dans les Evangiles naturellement :
“En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu...Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit.” (Jean 3, 3-6).

et bien sûr
"Celui qui cherche ne doit pas cesser de chercher
jusqu'à ce qu'il trouve,
et, quand il trouvera,
il sera stupéfié,
et, étant stupéfié,
il sera émerveillé,
et il régnera sur le Tout.
(Thomas log. 2 1-8)


On est touché, je suis touchée par des textes de ce genre. Malheureusement pour le monde, cette possibilité d'une connaissance mystique directe de l'Absolu en soi-même, qui est ou doit être le but de toutes les religions est complètement ignorée de la plupart des gens.

Chacun de nous se retrouve devant les mêmes interrogations. Et il y a peu d'endroits dans le monde où on propose à un enfant des moyens de trouver la réponse à ses questions, alors la plupart du temps, en grandissant, il oublie ses questions et dort…

 

 

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