L'UE...

Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?

Point de vue | LEMONDE | 02.01.12 | 16h00   •  Mis à jour le 02.01.12 | 18h15

par Michel Rocard, ancien premier ministre, et Pierre Larrouturou, économiste

 

La Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %.

La Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %.REUTERS/BRENDAN MCDERMID

Ce sont des chiffres incroyables. On savait déjà que, fin 2008, George Bush et Henry Paulson avaient mis sur la table 700 milliards de dollars (540 milliards d'euros) pour sauver les banques américaines. Une somme colossale. Mais un juge américain a récemment donné raison aux journalistes de Bloomberg qui demandaient à leur banque centrale d'être transparente sur l'aide qu'elle avait apportée elle-même au système bancaire.

Après avoir épluché 20 000 pages de documents divers, Bloomberg montre que la Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %.

Au même moment, dans de nombreux pays, les peuples souffrent des plans d'austérité imposés par des gouvernements auxquels les marchés financiers n'acceptent plus de prêter quelques milliards à des taux d'intérêt inférieurs à 6, 7 ou 9 % ! Asphyxiés par de tels taux d'intérêt, les gouvernements sont "obligés" de bloquer les retraites, les allocations familiales ou les salaires des fonctionnaires et de couper dans les investissements, ce qui accroît le chômage et va nous faire plonger bientôt dans une récession très grave.

Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ? "Etre gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé", affirmait Roosevelt. Il avait raison. Nous sommes en train de vivre une crise du capitalisme dérégulé qui peut être suicidaire pour notre civilisation. Comme l'écrivent Edgar Morin et Stéphane Hessel dans Le Chemin de l'espérance (Fayard, 2011), nos sociétés doivent choisir : la métamorphose ou la mort ?

Allons-nous attendre qu'il soit trop tard pour ouvrir les yeux ? Allons-nous attendre qu'il soit trop tard pour comprendre la gravité de la crise et choisir ensemble la métamorphose, avant que nos sociétés ne se disloquent ? Nous n'avons pas la possibilité ici de développer les dix ou quinze réformes concrètes qui rendraient possible cette métamorphose. Nous voulons seulement montrer qu'il est possible de donner tort à Paul Krugman quand il explique que l'Europe s'enferme dans une "spirale de la mort". Comment donner de l'oxygène à nos finances publiques ? Comment agir sans modifier les traités, ce qui demandera des mois de travail et deviendra impossible si l'Europe est de plus en plus détestée par les peuples ?

Angela Merkel a raison de dire que rien ne doit encourager les gouvernements à continuer la fuite en avant. Mais l'essentiel des sommes que nos Etats empruntent sur les marchés financiers concerne des dettes anciennes. En 2012, la France doit emprunter quelque 400 milliards : 100 milliards qui correspondent au déficit du budget (qui serait quasi nul si on annulait les baisses d'impôts octroyées depuis dix ans) et 300 milliards qui correspondent à de vieilles dettes, qui arrivent à échéance et que nous sommes incapables de rembourser si nous ne nous sommes pas réendettés pour les mêmes montants quelques heures avant de les rembourser.

Faire payer des taux d'intérêt colossaux pour des dettes accumulées il y a cinq ou dix ans ne participe pas à responsabiliser les gouvernements mais à asphyxier nos économies au seul profit de quelques banques privées : sous prétexte qu'il y a un risque, elles prêtent à des taux très élevés, tout en sachant qu'il n'y a sans doute aucun risque réel, puisque le Fonds européen de stabilité financière (FESF) est là pour garantir la solvabilité des Etats emprunteurs...

Il faut en finir avec le deux poids, deux mesures : en nous inspirant de ce qu'a fait la banque centrale américaine pour sauver le système financier, nous proposons que la "vieille dette" de nos Etats puisse être refinancée à des taux proches de 0 %.

Il n'est pas besoin de modifier les traités européens pour mettre en oeuvre cette idée : certes, la Banque centrale européenne (BCE) n'est pas autorisée à prêter aux Etats membres, mais elle peut prêter sans limite aux organismes publics de crédit (article 21.3 du statut du système européen des banques centrales) et aux organisations internationales (article 23 du même statut). Elle peut donc prêter à 0,01 % à la Banque européenne d'investissement (BEI) ou à la Caisse des dépôts, qui, elles, peuvent prêter à 0,02 % aux Etats qui s'endettent pour rembourser leurs vieilles dettes.

Rien n'empêche de mettre en place de tels financements dès janvier ! On ne le dit pas assez : le budget de l'Italie présente un excédent primaire. Il serait donc à l'équilibre si l'Italie ne devait pas payer des frais financiers de plus en plus élevés. Faut-il laisser l'Italie sombrer dans la récession et la crise politique, ou faut-il accepter de mettre fin aux rentes des banques privées ? La réponse devrait être évidente pour qui agit en faveur du bien commun.

Le rôle que les traités donnent à la BCE est de veiller à la stabilité des prix. Comment peut-elle rester sans réagir quand certains pays voient le prix de leurs bons du Trésor doubler ou tripler en quelques mois ? La BCE doit aussi veiller à la stabilité de nos économies. Comment peut-elle rester sans agir quand le prix de la dette menace de nous faire tomber dans une récession "plus grave que celle de 1930", d'après le gouverneur de la Banque d'Angleterre ?

Si l'on s'en tient aux traités, rien n'interdit à la BCE d'agir avec force pour faire baisser le prix de la dette. Non seulement rien ne lui interdit d'agir, mais tout l'incite à le faire. Si la BCE est fidèle aux traités, elle doit tout faire pour que diminue le prix de la dette publique. De l'avis général, c'est l'inflation la plus inquiétante !

En 1989, après la chute du Mur, il a suffi d'un mois à Helmut Kohl, François Mitterrand et aux autres chefs d'Etat européens pour décider de créer la monnaie unique. Après quatre ans de crise, qu'attendent encore nos dirigeants pour donner de l'oxygène à nos finances publiques ? Le mécanisme que nous proposons pourrait s'appliquer immédiatement, aussi bien pour diminuer le coût de la dette ancienne que pour financer des investissements fondamentaux pour notre avenir, comme un plan européen d'économie d'énergie.

Ceux qui demandent la négociation d'un nouveau traité européen ont raison : avec les pays qui le veulent, il faut construire une Europe politique, capable d'agir sur la mondialisation ; une Europe vraiment démocratique comme le proposaient déjà Wolfgang Schäuble et Karl Lamers en 1994 ou Joschka Fischer en 2000. Il faut un traité de convergence sociale et une vraie gouvernance économique.

Tout cela est indispensable. Mais aucun nouveau traité ne pourra être adopté si notre continent s'enfonce dans une "spirale de la mort" et que les citoyens en viennent à détester tout ce qui vient de Bruxelles. L'urgence est d'envoyer aux peuples un signal très clair : l'Europe n'est pas aux mains des lobbies financiers. Elle est au service des citoyens.

Michel Rocard est aussi le président du conseil d'orientation scientifique de Terra Nova depuis 2008. Pierre Larrouturou est aussi l'auteur de "Pour éviter le krach ultime" (Nova Editions, 256 p., 15€)


NE PAS OUBLIER QUE MR ROCARD ECRIVAIT CECI :

 

Un article signé par - Michel Roccard («Maastricht constitue les trois clefs de l’avenir : la monnaie unique, ce sera moins de chômeurs et plus de prospérité ; la politique étrangère commune, ce sera moins d’impuissance et plus de sécurité ; et la citoyenneté, ce sera moins de bureaucratie et plus de démocratie.» Ouest-France, 27.8.92) et - Pierre Larrouturou.


 

Ni l'Europe, ni même la nation ne seront la solution. On ne résoud pas une crise en usant des mêmes fonctionnements. Ni en écoutant ceux qui ont permis cette crise.


C'est l'une des surprises de l'enquête du magazine Capital du mois de mai 2009. Mais l'information est passée totalement inaperçue, noyée dans l'avalanche de chiffres de ce dossier. L'ancien Premier ministre socialiste, Michel Rocard, perçoit près du double du revenu moyen des responsables politiques de gauche (Martine Aubry touchant par exemple près de 8 000 euros).

Au début de l'année 2009, Michel Rocard a quitté le parlement européen et fait valoir ses droits à la retraite. Mais quelques semaines plus tard, Nicolas Sarkozy lui a confié une mission sur l'Antarctique, qu'il cumule aujourd'hui avec la co-présidence d'une commission chargée de réfléchir sur les objectifs prioritaires du grand emprunt Sarkozy. Avec les dizaines de conférences qu'il continue à donner chaque année et pour lesquelles il est grassement rémunéré, Michel Rocard apparaît comme un véritable businessman de la politique.


L'argent des élus est un tabou. Les informations existent, des enquêtes sont régulièrement publiées dans la presse, des chiffres sont avancés, mais les informations restent cloisonnées, les passerelles entre les différents supports (journaux, magazines, sites d'information, blogs) sont très limitées. L'enquête du magazine Capital de mai 2009 reflète les limites d'un système médiatique cloisonné. Ce mensuel a publié les salaires des principaux responsables politiques et ceux de 500 élus locaux. La presse s'en est fait l'écho de manière très partielle et ces informations sont aussitôt retombées dans l'oubli. Parce que nous considérons que ces informations sont intéressantes en soi, sans chercher à dénigrer tel ou tel responsable politique, ni à tomber dans la dénonciation facile des privilégiés de la République, nous allons publier dans le détail les revenus de 60 responsables politiques de premier plan.

Série 4/60 : Le revenu de Michel Rocard


L'argent des politiques

Michel Rocard cumule 3 retraites : 11 100 euros brut par mois

Agé de 78 ans, Michel Rocard est à la retraite. Il cumule trois pensions différentes : l'une en tant qu'ancien inspecteur des Finances, une autre en tant qu'ancien maire de Conflans-Sainte-Honorine. Selon le magazine Capital, ces deux premières pensions lui rapporteraient 4700 euros. Mais Michel Rocard touche une troisième pension de retraite depuis janvier 2009 et son départ du parlement européen. Et le moins que l'on puisse dire est que l'Union Européenne semble visiblement très généreuse avec ses anciens pensionnaires puisque sa pension d'eurodéputé lui rapporte 6400 euros par mois.
Au total, avec ces trois retraites, Michel Rocard cumule donc 11 100 euros brut par mois.


Nommé ambassadeur par Sarkozy, Michel Rocard perçoit 5 000 euros brut par mois

Mais Rocard est un retraité très actif. A peine a-t-il quitté le Parlement européen que Nicolas Sarkozy lui a trouvé une mission : ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique. Au moment de sa nomination, Michel Rocard s'est déclaré passionné par cette tâche. La rémunération n'est pas non plus anecdotique : 5000 euros brut par mois.


L'ancien Premier ministre donne une dizaine de conférences par an à 10 000 euros la prestation

Retraité hyperactif, l'ancien Premier ministre donne également une dizaine de conférences par an sur des sujets très variés comme "l'avenir des logiciels libres" ou "le microcrédit au Cambodge". Pour une prestation de seulement 2 heures, Michel Rocard peut être payé jusqu'à 10 000 euros selon le magazine Capital.


Une cinquième source de revenu : la commission sur l'emprunt Sarkozy

Au total, Michel Rocard perçoit donc 16 100 euros brut par mois, sans compter les cachets de ses conférences. Mais depuis la publication des informations du magazine Capital, le retraité hyperactif a accepté une nouvelle mission, tout en restant ambassadeur pour l'Arctique et l'Antarctique. Avec Alain Juppé, il a pris la tête de la commission chargée de réfléchir sur les priorités du grand emprunt Sarkozy. Et l'ancien Premier ministre de cumuler un cinquième revenu dont le montant reste inconnu...


Source : le magazine Capital - mai 2009 - page 79


Le revenu de Michel Rocard

 

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